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Adolphe Sylvain

Time-Life International

28 octobre 1947

Mon cher Sylvain,
J'ai à vous remercier pour les photos de l'expédition Kon-Tiki que nous nous avez envoyées tout d'abord parce que nous avons pu utiliser deux d'entre elles - pour une première page.
Nous avons obtenu de Hayerdahl un texte sur l'expédition. Vos photos nous ont donné la touche dont nous avions besoin et ensuite parce que cela nous permet de faire connaissance avec vous, M. Sylvain, qui si nous en jugeons les photos reçues, êtes - à notre avis - un très bon photographe.
L'excellence de votre travail, Sylvain, fait que je me demande si vous ne pourriez pas faire pour LIFE quelques reportages photographiques.
Nous n'avons pas de photographe en Océanie et, à notre connaissance, vous êtes le premier dans cette zone à savoir vous servir d'un appareil pour raconter une histoire. Je n'ai pas pour le moment de sujet de reportage à vous suggérer car nous autres en Amérique, somme guère au courant de ce qui se passe là-bas mais je sais bien, par Hayerdahl et Haugland qui m'en ont beaucoup parlé quelle belle île est Tahiti et combien il fait bon y vivre. Peut-être pourriez-vous faire un reportage photo qui mette ce pays en valeur. Et puis, il doit y avoir des coutumes et des événements dans cette partie du monde susceptible d'intéresser le public américain amateur d'images.
Si cela vous intéresse de faire un reportage pour LIFE nous serons extrêmement heureux de voir votre travail. Nous ne donnons de mission que sur des scénarios précis qui nous intéressent sûrement mais si vous lisez les signatures de nos correspondants, vous verrez que 50% de notre documentation photos nous vient de photographes comme vous, non attachés au journal.
Merci encore de nous avoir envoyé les photos du Kon-Tiki. J'espère avoir le plaisir de voir d'autres photos de vous. Nous nous permettons également de vous mettre sur la liste de nos photographes et nous penserons à vous si nous avons une mission précise de votre côté.

Sincerely yours.
G. W. Churchill
Assignment Editor

XXth Century Fox

1957 ( ? )

Mon cher ami,
Quelques lignes pour accompagner la lettre élogieuse de mon ami Frank, directeur de la publicité des studios XXth Century Fox - il a été enchanté de votre superbe travail, il dit que vous êtes un grand artiste et que personne n'a jamais fait mieux pour lui - toutes vos photos ont été agrandies en tailles gigantesques et celles en couleurs seront utilisées sur des couvertures de magazines américains. Tous vos amis de l'équipe, Gardner et Guy en tête de et Lloyd, Jack Gerstman, Till Jerry etc… se rappellent à votre bon souvenir et adressent leurs amitiés à madame. Nous pensons tous à vous, parlons de vous et vous remercions encore pour votre généreuse hospitalité. Ma femme vous envoie aussi toutes ses amitiés. Tout le monde au studio est enchanté de votre travail et croyez bien que nous ne manquerons jamais de vous recommander à nos confrères.
Merci encore à vous. Excusez la présente tapée en vitesse mais je viens de terminer un " Paradise " et en recommence un autre et n'ai guère de temps à moi. Espérant vous revoir bientôt, je vous envoie une bonne et amicale poignée de mains.

R Florey
11411 Ayrshire Road, Los Angeles, California
Article de Jean-Michel Caradec'h

1982 Mars. PHOTO REVUE N°3.

Le grand garçon aux cheveux courts, à la silhouette longiligne et aux traits durs qui débarque en cette année 1946 à Papeete s'appelle Adolphe Sylvain. Il a vingt-six ans et laisse derrière lui la guerre. De longues années de combat, du Tchad à Strasbourg, en passant par Tripoli et Paris. A côté de son PM, il traîne en bandoulière un vieux Rolleiflex : il fait la guerre et des images. Démobilisé, il continue comme correspondant du magazine " France Illustration " à faire des images de la guerre : l'Indochine, Nankin, Hanoï, Pékin, Calcutta… l'homme qui débarque sous le soleil de Tahiti a connu toutes les morts, il va apprendre la vie. A pleines dents. L'île au bout du monde le comble de cadeaux : les fleurs suaves de ses bouquets, la langueur de ses sables doux, la fraîcheur des brises du soir, ses couchers de soleil sur l'eau verte et la plus belle de ses filles, Tehani. Cela aurait pu être le repos du guerrier, c'est devenu le bonheur d'un homme. Avec Tehani, Sylvain découvre Tahiti, et bientôt le monde entier rêvera de Tahiti. Pourtant le tempérament de Sylvain ne se satisfait pas uniquement de cette contemplation de Paradis terrestre. L'homme d'action démange le poète. Passionné de technique, il se passionne pour la radio et l'enregistrement. L'île est presque coupée du monde, le courrier met plusieurs mois par bateau, et seul le télégraphe assure les communications. Le gouverneur de l'époque charge Sylvain d'organiser l'information, il va se jeter à corps perdu dans cette aventure. Un poste récepteur bricolé, lui permet de recevoir les émissions émises à partir du continent africain. Il les enregistre sur un magnétophone à bande papier : deux heures plus tard Sylvain est au micro de la toute nouvelle " Radio Tahiti ". Un petit bulletin ronéotypé vient compléter cette installation : les Tahitiens ont maintenant une information. Sylvain est partout. Homme orchestre du journalisme, il " enregistre " l'événement sur tous les supports possibles. La fin du Kon-Tiki, la première liaison d'Air France Paris-Papeete, la mort du navigateur Alain Gerbault, le voyage du Général de Gaulle, mais aussi le tournage des " Mutinés du Bounty " ou les visites des stars des années 50. Les plus grands magazines s'arrachent ses photos : " Paris Match ", " Life " en font leur correspondant. " Pathé Journal " lui commande des films. Alors Sylvain le poète disparaît sur un atoll. Et pendant de longs jours, il photographie passionnément les coraux, filme et enregistre les chants et danses traditionnelles polynésiennes, fabrique ses merveilleux portraits de vahinés, dont le plus beau modèle est sa femme Tehani. Et c'est le drame. Un matin, le labo et l'atelier de Sylvain brûlent en quelques minutes : vingt-cinq ans de la mémoire de Tahiti disparaissent en fumée. Les flammes tordent les corps lisses des vahinés, creusent des gouffres noirs dans les calmes lagons, " crament " les chevelures des cocotiers et dévorent les chants magnétiques et les rythmes des batteurs, déposés avec tant d'amour sur 50 000 clichés.
Dix ans plus tard dans son faré au bord du lagon, la silhouette de Tehani fait encore rêver Sylvain, lorsque le soleil se couche lentement derrière l'île de Moorea dans un festival de couleurs si flamboyantes qu'à l'instant où il disparaît, on a un peu peur que ce ne soit le dernier.
Jean-Michel Caradec'h

SYLVAIN ADOLPHE
35 ANS PHOTOGRAPHE A TAHITI

Le PHOTOGRAPHE Août 1981.
Article de Dominique Charnay.

Photographe des tropiques ! Sans le hasard d'une escale océanienne, Sylvain ne le serait sans doute pas devenu. Mais le Pacifique a décidé pour lui… Ce matin d'octobre 1946, passager civil de l'aviso "Lagrandière" en provenance d'Indochine, Sylvain découvre Tahiti. Il a vingt-six ans, un diplôme d'ingénieur des Travaux Publics en poche et surtout quelques années de guerre derrière lui. Une période déterminante en vérité. Car à travers les joies terribles d'une certaine forme de reportage sur les chemins de la mort, elle vient de conforter le futur bâtisseur dans l'idée que sa passion de toujours, la photo, pouvait aussi être un moyen d'existence. Conducteur de char, Sylvain a participé à toutes les campagnes de la 2e D.B., son Rolleiflex sur la poitrine.

A la libération, ses images servent ainsi d'illustration pour l'exposition et la plaquette dédiées à la célèbre Division. L'aventure photographique ne fait alors que commencer. Rejoignant Leclerc en Indochine, il devient cette fois correspondant de guerre afin de pouvoir suivre de près les opérations de son Général. Avec sa caméra Bell and Howell 35 mm pour Pathé Journal, et toujours son boîtier 6 X 6 pour le grand journal de l'époque, " France Illustration ", il est partout où il y a de la bagarre : à Nankin, à Hanoï, à Pékin et même aux Indes, à Calcutta. Cependant, une trop longue cohabitation avec le danger fait que celui-ci n'a plus de prise sur sa conscience. Un jour, il réalise que la vie finit par ne plus compter pour lui. D'où la décision lucide de raccrocher, et ce voyage de retour vers la vie civile via les Établissements Français d'Océanie…

Lorsqu'il passe à Tahiti, Sylvain n'a donc pas encore de projet précis. Il ne sait pas ce qui l'attend en France, il n'est guère pressé d'y rentrer. Une disposition d'esprit qui lui permet d'aller à la rencontre des êtres et des choses, dans cette île dont le silence lumineux lui va d'emblée droit au cœur. C'est un double coup de foudre : " Le pays et une femme ; ou plutôt le pays par une femme, Tehani "… Belle Tahitienne aux longs cheveux qui lui donnera cinq enfants, dont un futur photographe, Teva.

" Tahiti à cette époque n'avait pas changé du tout depuis le temps de la dernière reine Pomare. Les liaisons avec la métropole n'étaient encore que maritimes : un bateau tous les six mois, avec, depuis Marseille, un mois et demi de traversée. Le seul échange de lettre avec ma famille pour annoncer mon mariage a même pris une année pour aller et venir ", raconte Sylvain. " Néanmoins, en ce qui concerne la photographie, il y avait déjà plusieurs professionnels de talent. Deux Américains, un Tchèque et un Français avaient une petite boutique et se chargeaient des travaux de laboratoire ". Ces photographes ne sont que portraitistes. Sylvain est journaliste. Le gouverneur en place le presse de rester en Polynésie afin d'y " monter l'information ". Quelques mois plus tard, c'est chose faite. Radio Tahiti est né, de même qu'un bulletin de presse, ancêtre des deux quotidiens actuels. Sylvain ouvre ensuite un magasin de photos avec laboratoire sur le port de Papeete et crée avec son ami Marc Darnois la maison de disques " Mareva ". Façon pour lui de renouer avec une deuxième passion : la musique. Car il est bon guitariste et folkloriste depuis toujours et cet ancien métier le rapproche encore des Polynésiens.

POUR ACCUEILLIR LE KON TIKI

L'année suivante, correspondant pour le Pacifique de Life et de Paris Match qui vient de redémarrer avec une rallonge à son titre, il assure les images de la fin du radeau Kon Tiki : échoué après 101 jours de navigation sur le récif de Raroia, dans l'archipel des Tuamotu. Doublant l'événement avec son matériel cinéma, il signe des séquences que l'on retrouve incluses dans le film de Thor Heyerdhal. Même opération pour la première liaison aérienne d'Air France et le retour des cendres du navigateur Alain Gerbault à Bora Bora. Mais cette fois, le film est destiné à Pathé Journal. - " Le jour de la cérémonie, il y avait une pluie torrentielle ", évoque Sylvain. Pour les photos et le film, c'était catastrophique. À ma demande on a tout simplement reporté au lendemain. Et là, on a dû faire un enterrement pour le cinéma ! Une vraie mise en scène (mais de toute façon, il s'agissait d'une cérémonie). Je faisais stopper le cortège pour changer d'angle, etc. Comme il n'y avait pas d'arbre autour de la tombe - Gerbault les ayant tous fait couper quelques années plus tôt pour aménager un terrain de football - j'en ai alors fait replanter. Ce sont les cocotiers qui s'élèvent aujourd'hui autour du monument.

DE GAULLE REFUSE LES COLLIERS

Puis il y a les reportages de commande sur la vie tahitienne et là aussi, il faut maîtriser les deux techniques : photo et cinéma. À la demande du professeur Ranson du Muséum d'Histoire Naturelle, Sylvain réalise un documentaire très approfondi sur la culture des nacres et la vie du plancton. Avec l'urbaniste Robert Auzelle, qui a " inventé " la piste de l'aéroport international de Tahiti-Faaa et lui a fait faire des photos aériennes pour convaincre les bureaux parisiens, il photographie l'envers du décor de Papeete. La vétusté misérable de ses faubourgs est révélée. " Un travail passionnant " qui devait servir à l'urbanisation nouvelle de la ville, et constitue aujourd'hui un irremplaçable document. Tout comme les clichés illustrant les méfaits de la filariose qui, eux aussi, sont toujours utilisés. Bref, Sylvain se fait le témoin attentif de l'histoire et de l'évolution de ce qui est devenu son pays d'adoption. Dans les îles, où il va aussi projeter de temps à autre de vieux films 16 mm dans des hangars à coprah, il photographie toutes les familles. Il repique les photos anciennes qui existent encore et établit par l'image de véritables arbres généalogiques. Quelques-uns de ses plus beaux portraits sont repris en timbres et constituent les effigies des billets de banque actuels. Quant aux personnalités de passage, elles sont bien entendu également mises en boîte " à l'infini ", de Martine Carol, Bardot, Belmondo à Romain Gary, en passant par Catherine Deneuve, Reggiani, etc. Le tout est diffusé bien sûr par l'agence Magnum, dont Sylvain est devenu correspondant. Parmi ces visiteurs de marque, le Général de Gaulle reste le plus grand. Il vient à Tahiti en 1956. Contrairement à la tradition, il refuse tous les colliers de fleurs et de coquillages. Une fois pourtant, il acceptera d'être couronné. C'est qu'il n'a pas pu résister au charme et au sourire de Tehani Sylvain. La photo fait la couverture de Paris-Match et commence une longue carrière : elle symbolisera à elle seule la visite polynésienne du chef d'État. Le tournage des Mutinés de la Bounty avec Marlon Brando marque le début des années soixante. Sylvain est sur le terrain. Fidèle au format 6 X 6, il dispose de trois boîtiers Rolleiflex lui permettant de " doubler " ses clichés en couleur. Dans son laboratoire, il développe déjà l'Ektachrome, encore à ses débuts en France.

LES ARCHIVES BRÛLENT

Sans quitter son île de lumière, non sans continuer à " faire " des mariages pour assurer le quotidien, il est bien alors le photographe le plus heureux de la terre. Il connaît le bonheur d'une existence paisible et aussi la réussite du grand reporter puisque ses photos font régulièrement le tour du monde ! Il est publié dans les plus grandes revues, les atlas ou les livres de géographie, ce dont rêverait tout artisan coincé dans sa région. En 1969 pourtant, Sylvain décide de se lancer dans le cinéma et la télévision. Il va à Paris, travaille son projet avec un scénariste professionnel, rentre à Tahiti, et donne le premier coup de manivelle de " Teva ", un film qui deviendra une série et dont le rôle principal est tenu par son fils de dix ans. Plus qu'aucun documentaire touristique, ce feuilleton de 6 heures pour la télé a eu en son temps le mérite d'avoir donné à tout le monde l'envie de voir Tahiti. Tout le monde, c'est-à-dire les millions de téléspectateurs français qui l'ont vu trois fois, et leurs voisins européens, dont la Belgique et la Suisse où " Teva " est passé à deux reprises. Ce succès, hélas, ne peut effacer le drame… " Ce matin-là, raconte Sylvain, nous tournions une scène du film sur le port de Papeete, lorsque mon magasin et le labo ont été détruits par un incendie accidentel. Tout a complètement flambé, il ne restait plus rien " Plus rien en effet. Vingt ans d'archives, soit 50000 clichés noir et blanc et couleur, partis en fumée en quelques minutes ! Pour ainsi dire la photothèque de Tahiti… " Le film terminé, ça a été le déclic. Un écœurement total. Je me suis dit : plus de photo, c'est fini. Puis le temps a passé. Après trois ans, j'ai refait ma première image : Tehani sur un cocotier. Une photo de famille avec son modèle préféré ! Le retour au travail photographique s'est fait tout doucement. Et petit à petit, je me suis plus orienté sur les sujets esthétiques que sur le document ou les news comme autrefois.

L'ÉPOQUE DES POSTERS

Sorti de cette terrible épreuve, Sylvain a donc changé. Désormais, sa démarche professionnelle - qu'il considère comme une évolution - est totalement artistique. N'assurant que des reportages importants (personnalités politiques ou gens du spectacle en visite), il se consacre tout entier à la photo d'art " qui rejoint la peinture par le souci de la composition, des formes et de la lumière ". Excellent technicien et artiste très sûr, il se rapproche ainsi de sa fille peintre, Vaea, dans l'égal souci de construction et d'équilibre des sujets. Et de même que les impressionnistes (Gauguin en particulier) donnaient la forme par la couleur, lui sait qu'en photo comme en peinture " une couleur violente, par exemple un grand ciel, peut remplacer un gros plan ". Il ne remonte pas de magasin mais crée un laboratoire ultramoderne, entièrement électronique, de sa conception. Des milliers de posters 40 X 50 (" je travaille toujours en format unique ") en sortiront pour être vendus dans le monde entier, de même qu'à Tahiti. Ces images de la nature polynésienne, filles ou paysages, sont le fruit d'un travail très élaboré auquel participe étroitement Tehani Sylvain. Car l'un ne va pas sans l'autre. Depuis toujours, elle est sa styliste. Chaque prise de vue est le résultat de cette communion, de cette symbiose si parfaite qui est le fait de l'amour partagé. " Quand je suis avec elle, je suis en assurance, en sécurité. Même si elle est, en plus, un critique sans complaisance ! " affirme volontiers Sylvain qui utilise à présent deux Mamiya. Un 6 X 7 et surtout un 4,5 X 6 à moteur électronique et automatisme (pourquoi pas ?) : - " Lourd mais fantastique de maniabilité ". - " Pour ainsi dire je n'ai jamais fait de 24 X 36. C'est un format qui ne me convient pas. Même en reportage, je travaille beaucoup mieux en 6 X 6, qui permet de recadrer et de n'exploiter qu'un morceau du cliché. Et puis, la moindre manipulation d'un 24 X 36 est aussitôt menacée de rayures, de poussières qui apparaissent facilement. Tandis que le 6 X 6 est beaucoup moins fragile. On peut l'utiliser des quantités de fois avant qu'il ne commence à perdre sa pureté initiale. Mais j'avoue que quand je passe en petit format pour la famille ou autre, j'ai évidemment une impression de libération : la légèreté, le zoom, que peut-on souhaiter de mieux ? C'est fabuleux. Je pense que si je devais aujourd'hui me remettre au reportage, je passerai probablement au 24 X 36. D'autant qu'en reportage, l'exploitation n'est pas aussi importante qu'en photo d'art, où le même cliché est tiré et retiré d'innombrables fois ". " Je travaille en cinéaste, poursuit Sylvain. En Polynésie, la luminosité est extrêmement dense. Cela donne des contrastes forts et des ombres violentes. D'où la nécessité d'équilibrer la lumière. J'utilise donc la technique cinéma en photo. Certes, le système simple consiste à donner un coup de flash, mais je préfère rectifier la lumière avec des panneaux recouverts de papier d'argent ou de projecteurs. J'obtiens ainsi une luminosité, des reflets, et des détails dans les ombres. C'est un apport presque pictural à la photo. D'ailleurs, même à Paris, des projecteurs… " Paris ? Oui, depuis un an, Tehani et Sylvain ont temporairement troqué leur bord de lagon pour un bord de Seine. Ils se sont installés dans une jolie péniche, près du pont de Neuilly. - " Je ne voulais pas évoluer uniquement sur Tahiti. Vivre en professionnel trente-cinq dans un archipel, même à la surface plus étendue que l'Europe, c'est beaucoup et il y a un moment où on a besoin de retrouver ses racines ", confie Sylvain, qui aime se partager entre le continent et le Pacifique. Avec pour formule de départ une opération " poster de rêve ". Huit grandes photos de Tahiti à l'affiche dans des centaines de points de vente en Europe. Mais ce serait oublier que la capitale des peintres et des poètes est aussi celle des photographes… " Je refais Paris ! ", lance Sylvain avec cet enthousiasme plein de clarté et de jeunesse qui le caractérise. Pour le compte des Éditions de France, société de distribution notamment chargée de la série " Les grands noms de la photographie ", il retrouve en effet sa ville natale (il est né rue Montmartre) qu'il a aussi connue dans la liesse de la Libération, lorsqu'il fut le deuxième char de la Division Leclerc à faire son entrée par la Porte d'Orléans. Pour ce reportage complet (1), il a conservé la technique utilisée en Polynésie. Au lieu d'attendre que le cliché envisagé dispose dans son cadre de toutes les " informations " nécessaires à la situation du sujet, il appréhende le tout, avec ses propres éclairages et personnages. Dès lors, les prises de vues ont lieu de jour comme de nuit. Par exemple la place de la Concorde figée au petit matin dans une lumière pure sur l'eau des bassins encore parfaitement plate. Ou bien une rue de Pigalle à l'heure des néons et du trottoir. Avec Sylvain, pendant trente-cinq ans, un regard s'est posé amoureusement sur la Polynésie. Aujourd'hui, le même regard, encore tout plein de cette Polynésie, et avec le même amour, est en train de se poser sur Paris. L'aventure de Sylvain continue.

Dominique Charnay

lettre de Georges BUIS

Paris le 30 Mars 1991
Chère Jeannine,
Tahiti. Le soir. Vous au téléphone, tout de suite j'ai su. L'an dernier alors que nous nous sommes beaucoup vus au cours de son voyage à Paris, j'avais été très inquiet pour sa santé. La première chose. Après, son charme, son entrain, son fourmillement de projets, la chaleur de notre amitié dans le tutoiement retrouvé, avaient corrigé cette première impression. Cela malheureusement ne faisait pas lâcher prise à la maladie…
Notre amitié a été forte, solidaire, la plus naturelle et spontanée qui soit. En 44-45, encore qu'il n'appartenait pas au détachement sous mes ordres mais au voisin, il venait dès que possible, avec sa guitare me rejoindre, rejoindre mon équipage. Et l'on fabriquait des chansons entre deux attaques, sous l'auvent d'une grange de rencontre. Comme deux enfants, dans les Vosges, nous sommes partis pour Mirecourt, bled des luthiers, sans savoir si les Allemands y étaient encore. Ils y étaient. On s'est fait flinguer… mais on a eu une guitare.
Puis l'Indochine où j'ai pu l'emmener et, compte tenu de mes fonctions, lui permettre de circuler librement, jusqu'à Pékin. Il revenait avec des photos, des récits de rencontres, et nous passions des soirées Jean Lacouture, lui et moi.
Quand je vous ai connue j'ai su que là encore il avait trouvé la perle rare et, cette fois ci, son port. Et quelle famille !
A peu près chaque jour je passe devant le café du Cadeau, rue Montmartre, où il est né. Il me sera impossible, chaque jour, de ne pas penser très fort à lui. Mes condoléances, Jeannine, vous en devinez la force. Elle vont à vous et à ses enfants magnifiques qui sont votre chef-d'œuvre commun.
Je vous embrasse très tristement, très tendrement.
Georges BUIS.

Préface de Jean Lacouture pour livre "Tahiti Sylvain" aux éditions Taschen

Qui n'a pas connu Sylvain Adolphe au débouché de la guerre, en 1945, une guerre qu'il venait de faire en citoyen courageux, dans son char de la 2ème DB, à la pointe même du péril le plus constant, ne sait pas ce qu'est l'allégresse d'un homme amoureux de la vie et des formes, d'un artiste avide de s'abreuver du monde.
J'ai eu pour ma part la chance de le rencontrer alors que se formait la grande unité qui, sous les ordres du Général Leclerc, était dirigée sur l'Indochine par de Gaulle pour y " réaffirmer la présence de la France ". Peut-être me croira-t-on si j'affirme que ni lui, miraculé de la guerre, ni moi, échappé de quelque maquis tardif et d'une vague occupation en Allemagne, n'étions avides d'exploits militaires et moins encore de " casser du Viet ", comme on disait alors. Nous étions deux hommes jeunes qui l'un son Rolleifleix en bandoulière et moi mon stylo à la main, rêvions de mieux connaître le monde : pourquoi pas sous cet uniforme léger, dans un cadre incertain, avec un grade flottant au gré des latitudes et en mission indéfinie ?
C'est un homme magnifique (et récemment disparu) Georges Buis, qui avait été le chef direct de Sylvain pendant la guerre, qui nous avait fait nous rencontrer en août 1945 à Paris, avant de s'envoler pour Saigon dans l'avion de Leclerc. Nous devions suivre par mer, impatient de le retrouver. La légende guerrière de mon nouvel ami m'avait d'abord attaché à lui. Mais bientôt, il n'y eut plus entre nous que l'amitié la plus rieuse, la plus fructueuse, tissée du goût des formes et de l'amour pour la musique.
Je n'oublierai jamais cette soirée en rade de Colombo, en octobre 1945, où Sylvain, improvisé chef d'orchestre, nous fit chanter son merveilleux répertoire de vieilles chansons françaises.
C'était un animateur incomparable, aux yeux et aux oreilles duquel rien ne semblait, et même n'était impossible. Me faire chanter juste, moi ? En tous cas, ma voix se perdait dans un juste ensemble.
Plus tard, ce fut d'Angkor à la baie d'Along, du plateau Moï aux sables de Camranh, la découverte d'une Indochine que n'avait pas encore ravagé la guerre... Nous avions loué (ou occupé, sans trop de gêne... ?) une espèce de villa-cabane aux portes de Saigon. On y buvait sec. Des dames passaient, plus farouches que le veut la légende... Le lendemain matin, il était dans le Dakota pour Phnom-Penh, moi dans un piper-cub pour Nha-Trang...
Comment ai-je résisté à son offre de partir bras dessus bras dessous sur le Lagrandière, aviso en route pour les îles du Pacifique ? Le rêve était là, et son amitié. Le fait est que l' " affaire d'Indochine " me passionnait. Lui est parti, s'immergeant dans un bonheur tahitien qu'il décrivait sans se lasser, et qu'évoque avec grâce ce beau livre.

Jean Lacouture

AREA

Mai / Juin / Juillet 2002
Le Bonheur d'une vie
A life of joy

Une sélection de photos de Jeanine Tehani Sylvain
A selection of photos by Jeanine Tehani Sylvain
2295 - Area page 6, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain - 2296 - Area page 7, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain - 2297 - Area page 8, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain - 2298 - Area page 9, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain - 2299 - Area page 10, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain - 2300 - Area page 11, parution - Tahiti - 2002 - Collection Sylvain -

Nous l'avons rencontrée dans l'intimité de sa maison de Tahiti. Epanouie et chaleureuse, Jeanine Tehani Sylvain nous a ouvert les portes de son bonheur, celui d'avoir partagé son existence avec son mari, le grand artiste du noir et blanc Sylvain, disparu il y a une dizaine d'années. Ensemble, ils ont sillonné la Polynésie comme ils ont parcouru le monde, Sylvain réalisant des clichés qui inspirent une profonde joie de vivre en même temps qu'ils se font les témoins du Tahiti d'autrefois. Jeanine raconte.

We met her in her home in Tahiti. A warm and happy person, Jeanine Tehani Sylvain let us into the joyful world she shared with her husband, the renowned black and white photographer Sylvain, who died some ten years ago. Together, they travelled Polynesia and the rest of the world, Sylvain taking photos that speak of intense joie de vivre while recording traces of the Tahiti that used to be. Jeanine tells the story.

Le 26 octobre 1946, Sylvain me fut présenté par un ami qui l'avait connu en Indochine. Sylvain, beau comme un dieu, était l'homme de mes rêves, grand, mince, élégant, son costume de reporter, son Rolleiflex en bandoulière et son merveilleux regard bleu tendre qui ne me quittait pas. Nous avons compris tout de suite que nous étions faits l'un pour l'autre. J'ai quitté la maternité où j'étais sage-femme, lui quittait le Lagrandière avec la bénédiction du commandant. Nous nous sommes mariés en 1947, avons eu cinq enfants, Moea, Vaea, Hina, Teva et Maima, que l'on voit tous petits autour de la table familiale, à l'exception de Maima qui n'était pas encore née. Aujourd'hui, ils sont tous artistes également : musicien, styliste de mode, peintre, réalisatrice de films, photographe et danseuse. Dans la série des portraits de famille, une photo prise par Sylvain réunit quatre générations, ma mère, moi, ma fille aînée Moea et ma petite fille Marania. Voilà la maison qui a marqué mon enfance, construite par mon arrière grand-père William Irwine Johnston et ma grand-mère Eva Tuariimaraeroa Handerson, anglaise par son père et tahitienne par sa mère Louisa Hunter, ce qui explique la multitude de yeux clairs, bleus, verts et dans la famille, un rêve pour moi, la seule très brune aux traits polynésiens. Cette maison de style colonial a ensuite abrité le musée de Tahiti et a finalement été démolie pour faire place à l'actuel hôpital de Mamao.

On October 26th 1946, a friend who had met Sylvain in Indochina, introduced us to each other. Sylvain was as handsome as a god and the man of my dreams, tall, slim and elegant in his reporter attire, with his Rolleiflex slung over his chest, and his wonderful tender blue eyes gazing at me. We immediately knew we were made for each other. I left my job as a midwife; he left the Lagrandiere with his Commander's blessing. We married in 1947 and had five children, Moea, Vaea, Hina, Teva and Maima, that you can see here as small children, except Maima who wasn't yet born. Today they are artists too (musician, fashion creator, painter, film director, photographer and dancer). Another family shot is a photo Sylvain took bringing together four generations, with my mother, me, my eldest daughter Moea and my granddaughter Marania. Here is the house that marked my childhood, built by my great grandfather William Irwin Johnston and my grandmother Eva Tuariimaraeroa Handerson. Her father Irwin Johnston was English and her mother, Louisa Hunter, Tahitian, which explains all the blue and green eyes in the family, that remain a dream for me, the only very dark child with Polynesian characteristics. This colonial style residence then housed the Tahiti Museum and was eventually destroyed, to be replaced by the Mamao hospital.

MES PASSIONS
Lors de ma rencontre avec Sylvain, j'étais sage-femme : c'était une passion qui me tenait à cœur, mais nous étions souvent envoyées en mission dans des îles éloignées de Tahiti. A cette époque, je devais partir en mission à Rangiroa. On comprend que j'y ai vite renoncé. J'ai aussi fait partie de la troupe de danse de Madeleine Moua qui a marqué le retour de la danse polynésienne traditionnelle. Ayant comme marraine la princesse Tekau, le groupe fut baptisé Heiva. Avec Sylvain, nous avons beaucoup voyagé, rencontré une foule de gens et réalisé des milliers de photos. A son contact, devant ou derrière l'objectif, je me suis épanouie. Pour preuve de notre bonheur conjugal, les remariages rituels à Hawaï tous les ans, comme si notre lune de miel avait duré toute la vie.

THE THINGS I LOVED
When I met Sylvain. I was a midwife. I loved my work, but we were often sent on missions to far away islands from Tahiti. In those days I had to go on missions to Rangiroa. It is easy to understand why I rapidly gave up the job. I was also a member of Madeleine Moua's dance troupe that signaled the return of traditional Polynesian dancing. Our patroness was princess Tekau, which is why the group was called Heiva. Sylvain and I travelled extensively, met many people and took thousands of photos. With him, either behind or facing the camera, I blossomed. A sure sign of our happiness together were our ritual remarriages in Hawaii every year, as if our honeymoon lasted our whole life together.

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PORTRAIT
Sylvain participe au débarquement en Normandie, à la Libération de Paris, de Strasbourg, à la prise de Berchtesgaden dernier bastion nazi. Démobilisé en 1945 à Paris par le général Leclerc avec attribution de la croix de guerre, Sylvain le rejoint de nouveau en Indochine, comme correspondant de guerre. Il filme les actualités pour Paris Journal et assure la correspondance des principaux journaux de l'époque, dont France Illustration. Il est envoyé par le général Leclerc et l'information d'Indochine dans les endroits les plus chauds : à Calcutta (après le départ des Anglais), à Pékin, avec l'amiral Auboyneau et avec le Haut Commissaire Thierry d'Argenlieu, il prend part à la prise de Hanoï. Il réalise la Cité Engloutie, film documentaire 35 mm sur les ruines du temple d'Angkor. Fin 1946, Sylvain embarque sur le Lagrandière, premier bateau de guerre français à toucher les îles françaises d'Océanie ; il parcourt les Nouvelle Hébrides, la Nouvelle Calédonie, Wallis et Futuna et Tahiti, où il rencontre Jeanine.

Sylvain took part in the Normandy landings, the Liberation in Paris and Strasbourg and the taking of the last nazi stronghold Berchtesgaden. In 1945, he was demobilized in Paris and awarded the Military Cross by General Leclerc, who he subsequently rejoined in Indochina, as a war correspondent. He filmed events for Paris Journal and coverd the war for the main newx papers at the time, including France Illustration. General Leclerc and events in Indochina sent him to hot spots like Calcutta (after the English left), Peking, with admiral Auboyneau, and with the High Commissioner Thierry d'Argenlieu, with whom he took part in the taking of Hanoi. He directed La Cité Engloutie, a 35 mm documentary about the ruins of the temple of Angkor. At the end of 1946, Sylvain embarked on the Lagrandière, the first French war boat to reach the French islands of Oceania ; he travelled through the New Hebrides, New Caledonia, the Wallis and Futuna islands and Tahiti, where he met Jeanine.

PARMI LES CELEBRITES DE PASSAGE A TAHITI
A SELECTION OF FAMOUS PEOPLE WHO CAME TO TAHITI

Ecrivains, cinéastes, acteurs, hommes politiques, Sylvain les a tous photographiés pour le compte de l'Agence Magnum qui diffusait les clichés dans les plus grands magazines de l'époque : Paris-Match, Life, National Geographic et Neue Illustrierte. Des amitiés passionnantes, comme celle en I960 de Brigitte Bardot prise en photo au côté de Gunter Sachs, le gouverneur Sicurani, Marlon Brando, Mme Sicurani, ses enfants et moi-même. Plus tard, en 1966, Jean-Paul Belmondo et Ursula Andress sont venus séjourner un mois en Polynésie. En 1956, le Général de Gaulle est venu. Contrairement à la tradition polynésienne, il refusait tout collier de fleurs ou de coquillages. Au moment du départ, juste avant la Marseillaise, j'ai eu le grand bonheur de lui mettre une couronne de fleurs autour du cou… Une photo qui fit la couverture de Paris-Match ! Ici Jacques Chirac, Président de la République Française, venu en visite officielle à Tahiti il y a une quinzaine d'années.

Sylvain took photos of many writers, filmmakers, actors and politicians for the agency Magnum that published the photos in the major magazines of those days - Paris-Match, Life, National Geographic and Neue Illustrierte. Wonderful friendships were born, like our relationship with Brigitte Bardot in I960, seen next to Gunther Sachs, governor Sicurani, Marlon Brando, Ms Sicurani, her children and myself. Later, in 1966, Jean-Paul Belmondo and Ursula Andress came to spend a month in Polynesia. In 1956, General de Gaulle came. Contrary to Polynesian tradition, he refused all flower or seashell necklaces. Just as he was leaving, before they started playing the Marseillaise, I was immensely lucky and happy to put a necklace of flowers around his neck : the photo made the cover of Paris-Match ! Here is Jacques Chirac, President of the French Republic, who came on an official visit to Tahiti some fifteen years ago.

SOUS LE SIGNE DES VOYAGES
Dans les années 50, avant que l'aéroport de Tahiti-Faa'a ne soit créé, le seul aérodrome de la région était celui de Bora Bora, construit pendant la deuxième guerre mondiale par l'armée américaine. Seuls quelques rares hydravions qui faisaient la fameuse route du corail entre l'Australie et la Nouvelle- Zélande s'y arrêtaient parfois. Ce fut donc un événement sans commune mesure quand le gouvernement français décida d'envoyer pour la première fois un DC6 de la T.A.L, la société des Transports Aériens Intercontinentaux, une compagnie à l'époque moins connue qu'Air France qui exploitait la ligne Paris-Nouméa et le Pacifique Nord, mais qui a marqué l'histoire aéronautique de l'après-guerre. Parti d'Orly le 28 septembre, ce vol qui inaugurait la ligne Paris-Nouméa-Nandi-Bora Bora arriva après 5 jours de voyage, le 3 octobre 1958, à Bora Bora. Sylvain et moi, venus de Papeete en hydravion, le Bermuda du RAI, étions sur place pour couvrir l'événement. Le soir même, nous avons embarqué sur ce même avion qui est reparti en direction de Paris... aux flambeaux ! Un instant magique pour moi qui effectuais mon premier voyage en avion ! On me voit ici poser comme modèle : cette photo fut retenue pour la campagne publicitaire de la T.A.L Depuis lors, j'ai conservé ce même attrait des voyages. Car même si l'on prend aujourd'hui l'avion avec la même facilité que le truck, on se retrouve néanmoins plongé dans un espace hors du temps et finalement rempli du silence des souvenirs qui ressurgissent. Propices au recueillement, les voyages m'inspirent et sont l'occasion pour moi d'écrire tranquillement mes souvenirs.

A LIFE OF TRAVEL
In the fifties, before the Tahiti-Faa'a airport was created, the only aerodrome in the region was on Bora Bora, built during the second world war by the American army. Only a few hydroplanes that followed the famous coral route between Australia and New Zealand occasionally stopped off in Tahiti. So it was a huge event when the French government decided to send the first T.A.I. DC6. The T.A.I. (Intercontinental Air Transport company) was less well-known in those days than Air France, that liked Paris to Noumea and the North Pacific, but left its mark in the history of aeronautics after the war. The first Paris-Noumea-Nandi-Bora Bora flight left Orly Airport on September 28th and arrived five days later on October 3rd 1958, on Bora Bora. Sylvain and I had come from Papeete by hydroplane, the RAI Bermuda, and were there to cover the event. That same evening we boarded the plane that returned to Paris… by torchlight ! A magical moment for me, since it was my first trip by plane ! This photo shows me posing like a model : the TAI chose this photo for its advertising campaign. Ever since then I have had the same love for travel. Although today we take planes as easily as trucks, planes still immerse you in a space out of time and full of the silence of memories floating up to the surface. Travel is perfect moment for contemplation ; they inspire me and give me the opportunity to write my memoirs peacefully.

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L'AEROPORT INTERNATIONAL DE TAHITI-FAA'A
TAHITI-FAA'A INTERNATIONAL AIRPORT

L'urbaniste Robert Auzelle est venu un jour chercher Sylvain et ils sont partis ensemble faire des repérages à bord d'un Vini, un piper hydravion de l'aéroclub. Survolant Faa'a, c'est à partir du tournant du flamboyant que Sylvain a photographié le lagon avec son Rolleiflex. Ses photos ont contribué à convaincre les bureaux d'étude parisiens. Construire une piste sur un lagon, c'était tellement extraordinaire que les journaux du monde entier en ont parlé lors de l'inauguration de l'aéroport le 5 mai 196l. Les DC7 de la T.A.I pouvaient atterrir sur la piste et décollaient pour Honolulu où Air France prenait le relais jusqu'à Los Angeles. La boucle était bouclée et Tahiti, l'île au bout du monde, s'est mise à vivre à l'heure des jets.

The urban designer Robert Auzelle came to get Sylvain one day, and they went to check out locations on a Vini, a seaplane that belonged to the aero club. Flying over Faa'a, Sylvain took photos with his Rolleiflex as the plane swept over the lagoon. His photos helped convince the Parisian planning departments. Building a runway on a lagoon was such an extraordinary idea that is was covered by newspapers all over the world when the airport was inaugurated on May 5th 1961. T.A.I. DC7s could land on the runway, and then take off for Honolulu where Air France took over and finished the route to Los Angeles. The circle was completed and Tahiti, the island at the edge of the world, entered the jet era.

SUR LE TOURNAGE DES REVOLTES DU BOUNTY…
DURING THE SHOOTING OF THE MUTINY OF THE BOUNTY…

L'arrivée de la Metro Goldwin Mayer au début des années 1960 a été un autre tournant : nous avons vécu dans une ambiance de fête pendant les deux ans qu'a duré le tournage. Les dollars pleuvaient, les prix flambaient et la vie commençait à être chère. J'étais une des " stock girls ", appelées pour les scènes de premier plan. Sylvain, lui, était engagé comme photographe sur un autre plateau.
Marlon Brando était un ami ainsi que tous les autres acteurs, comme Trevor Howard et les autres.
Je découvrais le cinéma, et c'était pour moi une aventure fabuleuse. Pour les besoins du film, un village avait été reconstitué à Mahina. On me voit sur une photo, prise par Sylvain, avec Tarita, la très belle héroïne du film, qui devint la femme de Marlon Brando. Pendant le tournage, Marlon est devenu propriétaire de l'atoll de Tetiaroa, à 20 minutes de Tahiti, un havre de paix.
The arrival of Metro Goldwin Mayer at the beginning of the sixties was another turning point. The following two years the shoot lasted were spent partying.
Dollars flowed, prices took off and life started to get expansive.
I was one of the firsf "stop girls" called in for the foreground scenes. Sylvain was engaged as a photographer on one of the other sets. Marlon Brando was a friend, as were all the other actors, like Trevor Howard. I discovered movies and it was a fabulous adventure for me. For the film, an entire village was restored at Mahina. You can see me on one photo, taken by Sylvain, with Tarita, the very beautiful heroine of the film, who was to become Marlon Brando's wife. During the shooting, Marlon bought the Tetiaroa atoll, 20 minutes away from Tahiti, a haven of peace.

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Adolphe Sylvain