Les Parutions

1983

Extrait de « LES TAHITIENS » du Père Patrick O’Reilly.


VAEA, 1950. – Peintre. Née le 10 mai 1950 à Tahiti, elle est la fille de Jeanine et Adolphe Sylvain. Autodidacte, elle commence jeune à peindre, et à partir de 1967, partage sa vie entre Tahiti et Paris où sont organisées ses premières expositions. Gilles Artur lui ouvre le Musée Gauguin en 1979. Expose à Paris en février 1982 à la Galerie Jean-Pierre Lavignes, rue Saint-Louis en l’Isle. Si elle semble proche du mouvement hyper-réaliste, la précision de son graphisme n’empêche pas une certaine poésie de se dégager de ses toiles. Dans cette exposition, Vaea nous présente le témoignage du quotidien qui fut le sien avant qu’elle ne quitte Tahiti pour venir travailler et rechercher le contact et la confrontation avec ses contemporains artistes.
Elle nous présente l’espace le plus large à côté de l’intérieur le plus étouffé ; des scènes les plus publiques telles le mariage ou le repas de famille sous les arbres, aux instants les plus privés : bébé qui dort dans son berceau, recouvert d’un Tifaifai, mère donnant le sein, femme qui sanglote en tenant à la main les restes d’une lettre déchirée, jeune fille qui court à travers les buissons vers on ne sait quel rendez-vous et ses jeunes filles en fleur que l’on se plaît à imaginer à travers les poncifs développés par notre esprit sur Tahiti. Les sentiments sont profonds, et la bataille entre la lumière et l’ombre permanente. Bataille livrée aux souvenirs pressants, que Vaea s’acharne à décrypter pour livrer le paradoxe de l’île hermétique au regard de passage.


1998

Biographie de ROBERT BOLT

« SCENES DE DEUX VIES »

Par Adrian TURNER
Première publication en Grande Bretagne par Hutchinson en 1998
Vintage 1999
(Traduction de Tehani Campignon.)

Extraits.

PREMIERE PARTIE
Chapitre deux
Le lagon pollué
Page 20 à 25
« Nous parcourons le monde à la recherche de la beauté. Emportons-la avec nous, ou nous ne la trouverons jamais. »
Ralph Waldo Emerson

……Pendant ses premiers mois à Tahiti, Robert était à la recherche d’une compagnie féminine. Cela le gênait de se montrer en public avec Lean et Sandy. Certes, il avait dit à Margaret Ramsay « qu’on obtient le sexe aussi facilement qu’une noix de coco », mais il n’en avait pas moins besoin d’une femme à qui parler, de quelqu’un qui puisse remplir le vide laissé par Julie. Vers la fin du mois de mars, comme il devait le dire à ses amis Roger et Liza Gard, il y avait deux candidates possibles :

« J’ai rencontré un certain nombre de jeunes femmes, dont quelques unes fort attirantes, mais une seule d’entre elles présente vraiment de l’intérêt. Elle est peintre, et a eu un certain succès à Paris et à New York. Elle possède une petite maison pittoresque au bord de l’eau. Le problème, c’est que pour elle, toute forme de séduction féminine est une trahison de l’ego. Et ça, c’est dommage.
Cependant, ce soir, je dîne avec une ravissante petite « demie », très « parisienne » et qui utilise tous les ressorts de la séduction féminine. Au téléphone, faisant allusion à ma grande taille et à ma force herculéenne elle me dit des choses comme « je t’embrasse sur les doigts de pied. ». J’aime ça ! Elle s’appelle Tiare et je la soupçonne d’être une allumeuse. La peintre s’appelle Vaea. Je l’aime beaucoup mais elle a plein de poils sur les bras. »
[Robert Bolt 2april 1978]

Robert fit la connaissance de Vaea le 16 mars 1978 à l’Auberge du Pacifique, un restaurant élégant non loin de Papeete. On y fêtait le soixante-dixième anniversaire de David Lean ; tout le monde portait des couronnes de fleurs et dansait au son de la musique tahitienne. L’attention de Robert fût attirée par Vaea. Ils engagèrent une conversation hésitante, lui dans un français morcelé et elle dans un anglais minimal.

Vaea Sylvain avait vingt six ans. Sa mère était demi tahitienne et son père, photographe professionnel, était demi polonais. Il avait couvert le tournage de « Mutiny on the Bounty » avec Brando pour Life Magazine. Malheureusement, la plus grande partie de ses œuvres avait été détruite par un incendie en 1968 et cette perte l’avait littéralement dévasté et ruiné sa santé.

Dans les légendes polynésiennes, Vaea est le nom de la déesse de la comédie; c’est également le nom de la montagne où Robert Louis Stevenson est enterré aux Samoa. Vaea était grande et svelte; il était difficile de voir qu’elle avait du sang tahitien. Quand elle était enfant, une feuille de cocotier lui avait percé l’oeil gauche et il en était resté une petite tache prés de l’iris. Alors que la plupart des tahitiennes étaient issues de familles nombreuses et avaient hâte de se marier et d’avoir des enfants, Vaea était différente ; c’était une perpétuelle outsider. Elle vivait seule et la société de Tahiti, renfermée sur elle-même et isolée du reste du monde, l’étouffait. Elle racontait :

« A Tahiti, vous achetez le journal et à la Une vous avez un article consacré à une pastèque de dix kilos tandis que la mort de Brejnev ne fait l’objet que d’un entrefilet en dernière page. Je n’aimais pas vivre à Tahiti et je voulais en partir. Robert aussi voulait partir (je l’ai toujours appelé Robert, jamais Bob). La grande ville et les gens lui manquaient. Sa famille et ses amis aussi. Il m’a dit : « C’est le dernier film et je ne le fais que pour David ». Bien entendu, il tenait à le faire aussi bien que possible, mais il avait tant d’autres projets, de pièces et de livres à écrire… »
[Vaea Sylvain to AT, 3 May 1996]

Assez rapidement, Robert s’installa dans le bungalow au bord de l’eau de Vaea d’où il faisait la navette avec le Beachcomber. L’anglais de l’une et le français de l’autre s’améliorèrent en même temps que se développait leur relation. Mais, devait-elle ajouter : « Nous avons usé beaucoup de dictionnaires !».

Si Lean paraissait satisfait que Robert se soit trouvé une petite amie, ses propres contacts avec les tahitiens se limitaient par contre essentiellement à des piroguiers et à des serveurs de restaurant. Dans son for intérieur, il pensait que Robert (tout comme Christian Fletcher) devenait indigène, sinon fou, comme en témoignait son apparence qui dérivait peu à peu vers une langueur tropicale. Son ventre débordait par dessus la ceinture de ses shorts élimés, sa barbe hirsute et ses chaussures sales. Il se déplaçait dans une 4x4 Toyota cabossée. Lean se demandait si Robert n’était pas en train de lâcher prise ; Sandy, quant à elle, qualifiait sa conduite de « délinquante ».

Robert venait juste de s’installer chez Vaea lorsqu’il apprit que sa fille Sally, âgée de trente ans, et la fille d’Ann Queensberry, Tor, s’apprêtaient à venir le rejoindre. Sally venait de se séparer de son mari, Neil Simmons, et elle était en pleine crise émotionnelle. Robert ne voulait pas l’embrouiller ou la bouleverser d’avantage et il décida donc de quitter la maisonnette de Vaea pour s’installer dans un vaste appartement de l’immeuble du Vaima, là où vivait Eddie Fowlie. Robert se mit à déprimer lorsque Sally et Tor se mirent en tête de prendre les choses en main de manière excessivement maternelle dès leur arrivée dans ce triste appartement. Citons Tor :

« Bob voulait voir Sally, mais il savait qu’elle s’ennuierait et il ne voulait donc pas qu’elle vienne seule. Je suis donc partie avec elle et nous avons emmené avec nous nos bébés, âgés respectivement de dix huit et six mois. Bob était rarement là. Il allait tous les jours au Beachcomber, où il travaillait de neuf heures du matin à neuf heures du soir. Il garda quelque temps le secret sur Vaea car elle était plus jeune que nous et il craignait que cela ne choque Sally. » « Bob se faisait du souci pour Sally qui voulait tout le temps être rassurée sur son amour pour elle. Bien sûr qu’il l’aimait ! Mais il en eût vite ras-le-bol d’être perpétuellement testé et mis en question. Elle était comme ça avec tout le monde et culpabilisait au sujet de sa rupture avec Neil, ce qui ne tenait évidemment pas debout. Bob était si occupé, qu’il décida de nous expédier à Bora Bora et à Moorea. Nous avons quand même eu droit à un repas avec David Lean et Sandy ; ce fut absolument hilarant car David ne savait comment gérer la présence de deux bébés en plus de nous. »
[Tor Douglas to AT, 15 April 96]

Alors qu’il s’efforçait tout à la fois de distraire Sally et Tor, de s’occuper de Vaea et de tranquilliser Lean, Bob dût bientôt se charger aussi de l’actrice Mia Farrow, qui venait d’arriver en Polynésie française avec huit enfants et deux nurses. Elle était venue tourner « Hurricane » de De Laurentis. Tout comme Sally, Mia Farrow venait de se séparer de son mari, André Previn, et elle aussi avait besoin d’être entourée et réconfortée. Robert connaissait Farrow depuis plusieurs années (son père avait écrit une biographie de Sir Thomas More). Il l’avait parfois conseillée quant aux pièces de théâtre qu’elle pourrait jouer. Robert l’adorait. Elle était aussi chaleureuse et fofolle que Sarah.

Avec Sarah en permanence dans ses pensées et Vaea et Farrow constamment sous ses yeux, Robert ne pouvait manquer de faire des comparaisons. Il dit à Margaret Ramsay:

« Vaea est une naïve égoïste, même si elle n’est pas tout à fait dans la catégorie de Sarah. Qu’est-ce qui m’arrive ? Mia Farrow se noie dans l’illisible tourbillon d’un chaos émotionnel que Proust lui-même n’aurait pas su déchiffrer. Je pense que, tout comme moi, elle se sent simplement terriblement seule. Privés de notre caisse de résonance sociale habituelle et livrés à nous-mêmes en un lieu totalement étranger, nous sommes rapidement réduits à l’état de petites entités insignifiantes ». [Robert Bolt letter to Margaret Ramsay, 5 mai 1978]

Fin juin, Robert poussa un soupir de soulagement lorsque Sally et Tor repartirent pour l’Angleterre avec deux des enfants de Mia Farrow qui ne supportaient pas de ne pas avoir de piano dans leur bungalow. Quant à Mia Farrow, elle partit à Bora Bora pour le tournage de Hurricane. Il ne restait donc plus que Vaea et il prit rapidement une décision la concernant. Il est clair que cette décision était marquée par les sempiternelles demandes de Sally au sujet de son amour pour elle. Il a écrit à ce sujet:

« J’avais retrouvé l’espoir et l’aptitude au travail lorsque je m’étais laissé aller à vivre une relation décente, c’est-à-dire émotionnelle, avec la jeune peintre. J’ai décidé que je lui faisais perdre son temps et j’ai rompu. J’ai été surpris par l’intensité, la colère et le désarroi de sa réaction. Cela me fit prendre conscience de ma légèreté et analyser mes propres motivations. Elles se révélèrent moins mauvaises, mais plus banales, que je ne l’avais «imaginé.
Tout en ne doutant pas un instant être grandement aimé, je m’étais plus ou moins dit que plus personne ne pourrait plus jamais m’avoir ; la prudence me dictait donc de ne plus aimer personne. Ce ne sont pas les défauts de Vaea qu’il me fallait surmonter mais ma propre peur infantile et mon manque de confiance en moi-même. Sans trop y croire nous-mêmes, nous voici donc, formant un couple établi et reconnu localement. Je suis conscient de ses aspects hors normes de cette liaison (âge, culture, etc…,) mais je préfère ne pas trop m’y attarder et décide, au contraire de jouir de la situation sans trop penser à l’avenir. »
[Robert Bolt letter to Charlotte Taylor, 26 June 1978, Courtesy Lady St Johnston]

Arrêter de fumer fit partie de la grande purge que s’imposa Robert. Alors qu’il fumait soixante cigarettes par jour depuis des années, il ne lui fallut pas plus de trois minutes pour arrêter, motivé qu’il était par le dégoût qu’il s’inspirait à lui-même.

« Ce fût un peu comme si je m’étais coupé un doigt. Aujourd’hui encore il m’arrive de souffrir d’état de manque, surtout après le petit déjeuner, lorsque je me mets au travail et après dîner. A ces moments là, je marche de long en large et je serais capable d’arracher le papier peint ou de bouffer des carottes crues… »
[Robert Bolt letter to Charlotte Taylor, 26 June 1978, Courtesy Lady St Johnston]

Le 23 juillet 1978, soit dix mois après son arrivée à Tahiti, Robert termina le script de The Law Breakers. Il ne le considérait pas comme sa meilleure œuvre. A Margaret Ramsay il devait le décrire comme étant :

« … brillant second choix, si vous voyez ce que je veux dire. Pas vraiment de première classe. Ils disent tous que c’est génial. Or je ne pense pas avoir jamais vu un film génial. En tout cas pas dans le sens ou la 5éme de Ludwig ou Guerre et Paix de Léon sont des œuvres géniales. Si je survis à cette expérience, ce qui est peu probable, je veux : a) me reposer et, b) écrire une autre pièce. De grandes pièces, j’en ai vu. Je n’en ai pas écrit, mais j’en ai vu. Aller jusqu’au bout de mes forces pour voir combien de temps je pourrai soutenir un rythme de boulot aussi dingue relève du masochisme pur. David et moi avons la même relation que Dorian Gray avec son portrait. David, lui, reste innocent et ne prend pas une ride. »
[Robert Bolt letter to Margaret Ramsay, 5 May 1978]

Les deux DL (David Lean et Dino De Laurentis) étaient, à juste titre, enthousiasmés par le script de Robert. Il faut dire que c’est un véritable chef d’œuvre qui se lit comme un roman, ce qui est une belle réussite quand on sait que les scénarios sont écrits selon des règles très strictes. Robert prétend qu’il n’a écrit ce script que pour de l’argent. Mais sa qualité dément cette affirmation. The Lawmakers traite soi-disant du voyage vers Tahiti, culminant avec la mutinerie, le voyage en canot de Bligh et l’arrivée des mutinés à Pitcairn. Mais la trame très compliquée de sa construction donne à l’histoire un jeu de perspectives tout à fait remarquable.

Tout débute avec la mutinerie elle-même… à cette réserve près que nous sommes très vite stupéfaits de réaliser que nous n’assistons pas à la mutinerie elle même, mais à sa représentation en 1790 sur une scène de théâtre à Londres. Parmi les spectateurs, Bligh honteux et bouillant de rage. On le retrouve ensuite à Portsmouth, s’approchant de la frégate Pandora dont le commandant, Edward Edwards, a été chargé par l’amirauté de traquer les mutinés et de les ramener en Angleterre pour y être jugés. Après une conversation assez tendue, Bligh quitte Edwards avec le journal de bord du Bounty. Il commence à le lire à voix haute et un flash back nous ramène en arrière, aux préparations du voyage de la Bounty. Aux moments clefs de l’histoire, des flash-back nous ramènent à Edwards en train de lire le journal de bord de la Pandora voguant vers Tahiti. En tant qu’évocation de la marine du dix-huitième siècle et comme étude d’un mythe populaire, le scénario de Robert est sans égal.

Lean était pressé d’avoir le deuxième script, The Long Arm. Il traiterait du massacre de Pitcairn, de l’échouage d’Edwards sur la Grande Barrière de Corail et de son voyage en canot jusqu’à Coupang, où Bligh lui-même avait débarqué après son voyage. Cette épopée s’achèverait par la deuxième mission de Bligh à Tahiti (celle-ci réussie), l’exécution à Londres de trois mutinés et la découverte tardive à Pitcairn de l’unique mutin encore en vie.

Mais Robert tenait instamment à prendre des vacances. Il avait désespérément besoin de retourner au Old Manor dans le Devon et de se retrouver parmi sa famille et ses amis. Mais, sachant que le percepteur en voudrait à son argent, il préféra opter pour la ferme d’Ann Queensberry à Cogolin, dans le sud de la France. C’est là qu’il fût rejoint par ses quatre enfants, Sally, Ben, Joanna, et Tom, ainsi que par les trois enfants d’Ann : Tor , Emma, et Alice. Robert décida que Vaea l’accompagnerait aussi Ainsi, ils seraient tous réunis pour fêter ses cinquante-quatre ans.

Même si Robert savourait son rôle de patriarche, sa relation avec Vaea était tendue. Il attribuait cela, non seulement à son propre fatras de motifs et de principes moraux, mais aussi au fait que Sally avait les nerfs à vif. L’intérêt que Robert portait à Vaea provoquait le ressentiment, pour ne pas dire de la jalousie, de Sally. Mais Vaea avait son propre point de vue:
« J’ai compris combien il aimait Ann et j’ai pensé qu’il l’épouserait sans doute un jour. Et puis, j’ai déprimé lorsque j’ai appris que mon ex-ami s’était marié et allait avoir un enfant. Ce furent des moments difficiles pour moi et j’ai donc décidé de partir pour Paris et de retourner seule à Tahiti. »
[Vaea Sylvain to AT, 3 May 1996]

« Vaea était nettement plus jeune que Papa, dit Ben », le fils de Robert. Il ne semblait pas y avoir la moindre affinité intellectuelle entre eux et j’en ai déduit qu’elle n’occuperait pas longtemps la place qu’elle avait prise dans sa vie. Elle ne semblait pas être amoureuse de lui, ni lui d’elle. Leurs rapports semblaient dépourvus de cette légèreté et de cette bonne humeur que j’avais remarquées avec des femmes qu’il avait aimées. Cela mis à part, nous passâmes de super vacances. Papa avait arrêté de fumer, il nageait un mile tous les jours, buvait du vin, bavardait et adorait sortir et aller au restaurant. Il paraissait heureux, détendu et en pleine forme. »
[Ben Bolt to AT, 29 October 1996]

Dès son retour à Tahiti, Robert expliqua à Vaea qu’ils devaient se séparer mais qu’il espérait qu’ils resteraient amis. Il l’encouragea à quitter Tahiti pour aller vivre à Paris. Vaea le prit très mal ; elle avait le sentiment d’avoir été utilisée, d’avoir été traitée comme une enfant, comme une fille des îles un peu arriérée.

« Je ne sais pas », lui dit-il, ce qui a mal tourné quand Sally était ici et en France. On n’aime plus et on cesse d’aimer pour des raisons rationnelles. Ça arrive, tout simplement. Je m’en veux. Crois moi Vaea, je voulais vraiment que ça marche entre nous. Ça m’avait donné de l’espoir pour mon propre avenir. J’ai sérieusement essayé ; pour moi, ça n’a jamais été un jeu ou un passe-temps. Ça a été très difficile pour moi d’accepter le fait que je ne voulais pas, que je ne pouvais pas, te demander de partager ma vie. Et ça a été difficile pour moi de te le dire. Je ne suis ni un monstre qui aime faire souffrir, ni un imbécile qui ne se rend pas compte qu’il fait souffrir. En fait, je suis un lâche qui préfère souvent louvoyer ou mentir plutôt que de faire de la peine. »
[Robert Bolt letter to Vaea Sylvain, 14 December 1978. Courtesy Vaea Sylvain]

Ayant mis difficilement fin à sa liaison avec Vaea, Robert rassembla ses impressions de vacances et écrivit à Ann :

« En dépit des petits inconvénients, ce furent les plus belles vacances de ma vie d’adulte ! J’ai apprécié la compagnie de Tom. Pour toi qui aimes naturellement et sans efforts, ce serait un curieux événement à fêter, mais pour moi ce fût une révélation et un soulagement. J’ai expliqué sans détours la situation, ou absence de situation, à Vaea et je me suis excusé pour mes erreurs (les siennes n’étant pas mon problème). Dans l’ensemble, elle a compris et a bien pris les choses.
Une des conséquences de ma liaison avec Vaea, c’est qu’elle m’a permis de prendre conscience de mon incapacité à réfléchir sur quoique ce soit me concernant tant que je serai ici. Je suis assez îlien pour être un peu dingue. Prétendre que ça pouvait marcher entre nous relevait, de ma part, de l’auto-indulgence et de la faiblesse. De sa part à elle, ça relevait plutôt de l’opportunisme. Son tort était moins grave et plus respectable que le mien. Le fait que j’ai pris conscience des choses à temps est le seul point à porter à mon actif. Donc, comme je le dis, c’est le travail, tout le travail et rien que le travail. Mais il s’agit là d’un régime bien misérable… »
[Robert Bolt letter to Ann Queensberry, 16 September 1978. Courtesy Ann Queensberry]

Robert confia aussi à Ann que, depuis son retour à Tahiti, il avait la nette et désagréable impression que les films allaient à vau-l’eau et que cela était dû à une mésentente fondamentale entre Lean et Dino De Laurentis.

Ce qu’il cacha à Ann, à Sally, à Ben, à Joanna, et même à Julie ou Margaret Ramsay, c’est que pendant le voyage de retour il avait été victime d’une crise cardiaque.

(…)


TROISIEME PARTIE

Fucking hell
p. 387
‘Do write on any case. I shan’t be I proper letter until about the centre of Jerusalem. But see how I am longing to.’
Robert Bolt to Vaea Sylvain
[Letter 24 november 1979]


Version originale :

ROBERT BOLT
“SCENES FROM TWO LIVES”
By Adrian TURNER


Published by Vintage 1999
First published in Great Britain by Hutchinson in 1998

ADRIAN TURNER is the author of several books on the cinema, including Journey Down Sunset Boulevard, a critical study of Billy Wilder, and the making of Lawrence of Arabia. A former programmer of the National Film Theatre, where he arranged the internationally renowned series of Guardian Lectures, he is also a film critic and journalist, his reviews and features appearing in The Times, The Sunday Times, the Observer and The Radio Times. He is married and lives in London.
Also by ADRIAN TURNER :
Billy Wilder
Hollywood in the Fifties
A Celebration of Gone With the Wind
The Making of David Lean’s Lawrence of Arabia



PART ONE

Chapter two.

The Littered lagoon

‘Though we travel the world over to find the beautiful, we must carry it with us or we find it not.’
Ralph Waldo Emerson

(…) During his first months in Tahiti, Robert had been on the prowl for female company. Going out in public with Lean and Sandy made him like a gooseberry. Although he told Margaret Ramsay that ‘sex is to be had as easily as a coconut’, he needed a woman to talk to, someone to fill the vacuum left by Julie. By the end of March there were a couple of likely candidates. He told his friends, Roger and Liza Gard :

I have met a number of young ladies, some of them physically pleasing but only one of real interest. She is a painter, nicely tainted with a modest success in Paris and New York and she has a quaint little house by the sea. But she regards all forms of feminine blandishment as a betrayal of the self ; so that’s no good.
This evening however I am to dine intimately with a strikingly handsome little person of mixed extraction who is very Parisienne and goes in for feminine blandishment a good deal. On the telephone she says things like, ‘I kiss you on my toes’ in reference to my towering stature and herculean strength. I like this. Her name is Tiare and I suspect she is a flibbertgibbet. The name of the painter is Vaea. I like her a lot but she does have these hairy forearms.
[Robert Bolt 2april 1978]

Robert met Vaea on 15 March 1978 at the Auberge du Pacifique, a smart restaurant near Papeete. It was David Lean’s seventieth birthday and everyone wore traditional leis, and there was island music and dancing. Vaea caught Robert’s eye and they began a halting conversation in his fractured French and her minimal English.
Vaea Sylvain was twenty-six, the daughter of a part-Tahitian mother and a part-Polish father who was a professional photographer. He had covered the filming of the Brando version of Mutiny on the Bounty for Life magazine, though most of his work was destroyed in a fire in 1968, a loss which devastated him and wrecked his health.
In Polynesian legend, Vaea is the goddess of comedy and it is also the name of the mountain on which Robert Louis Stevenson is buried in Samoa. Vaea was tall and slender with only subtle suggestions of Polynesian blood. Her left eye had a tiny blood spot near the iris, the result of a palm-frond piercing her eye when she was a child. Whereas most Tahitian girls lived extended families and looked forward to marriage and children, Vaea was different, a perpetual outsider. She lived alone and felt stifled by Tahiti’s enclosed society and by its isolation from the rest of the world.

‘In Tahiti’, she said, ‘you would buy a newspaper and on the front page there would be story about a ten kilo water melon and on the back page there would be a tiny announcement about the death of Brezhnev. I hated Tahiti and wanted to leave. Robert – I always called him Robert, never Bob – also wanted to leave. He missed the city, the people, his family and friends. He told me, “This is the last movie and I’m only doing it for David.” Of course, he wanted to do it as well as he could, but he had so many plans for other projects, plays and books he wanted to write.’
[Vaea Sylvain to AT, 3 May 1996]

After a short while, Robert moved into Vaea’s seaside cottage and commuted to the Beachcomber. As the relationship developed, so too did Robert’s French and Vaea’s English. ‘We used a lot of dictionaries,’ she said.
Although Lean seemed pleased that Robert had found himself a girl-friend, his own contact with Tahitians was largely confined to boatmen and waiters. Privately he thought that Robert – like Fletcher Christian – had gone native, if not mad, as evidenced by the way his appearance had slowly capitulated to tropical languor. His belly hung over the waistline of his frayed shorts, his beard was unruly, his shoes were filthy and his mode of transport was a battered Toyota truck. Lean wondered if Robert was losing his grip and Sandy thought his behaviour was ‘delinquent’.
Robert had just moved in with Vaea when he learn that his thirty-year-old daughter, Sally, and Ann Queensberry’s daughter, Tor, were coming out to see him. Sally was in the middle of an emotional crisis, having recently separated from her husband, Neil Simmons. Not wanting to upset or confuse Sally, Robert decided to move out of Vaea’s cottage and into a large apartment in the Vaima Building, which is where Eddie Fowlie was living. On Sally’s and Tor’s arrival at the gloomy apartment, Robert became depressed when they took it over in a ‘messily maternal manner’. Tor said :

Bob wanted to see Sally, but he didn’t want her to go on her own because he knew she’d be bored. So I went with her and we took our babies with us, eighteen months and six months. Bob was hardly there. He’d tootle off every day to the Beachcomber to work from nine to nine. He kept Vaea under wraps for a bit because she was younger than us and he thought Sally would be shocked.
Bob worried about Sally who always wanted to know if he loved her. And of course he did love her, but he got pretty fed up with being pushed and tested. She had to do it with everybody and blamed herself for the split up with Neil, which was total rubbish. Because Bob was so busy, he sent us off to Bora Bora and Moorea, though we had one token meal with David Lean and Sandy which was hilarious because David couldn’t cope with having two babies as well as us.
[Tor Douglas to AT, 15 April 96]

As Robert tried to keep Sally and Tor amused, while at the same time entertaining Vaea and appeasing Lean, he had yet another person to attend to, the actress Mia Farrow, who had arrived in French Polynesia with eight children and two nannies. She was there to make Hurricane for De Laurentiis. Like Sally, Mia Farrow had just separated from her husband, André Previn, and was in need of reassurance. Robert had known Farrow for some years – her father, a film director, had once written a biography of Sir Thomas More – and he had occasionally advised her on which plays she might perform on stage. Robert adored her ; like Sarah, she was intense, warm and as mad as a hatter.
With Sarah permanently on his mind, and Vaea and Farrow always within his sight, Robert could not avoid making comparisons between them.

‘Vaea is a naïf egoist, if not quite in Sarah’s class,’ he told Margaret Ramsay. ‘What is the matter with me ? Mia Farrow is clouded in a whirling chaos of emotional small print which Proust himself couldn’t cut into clauses. I take it that she like me is just vulgarly lonely. What small and insufficient entities we are, when denied our customary social echo chambers and dumped down somewhere really alien.’
[Robert Bolt letter to Margaret Ramsay, 5 mai 1978]

Robert breathed a sigh of relief when, at the end of June, Sally and Tor returned to England with two of Mia Farrow’s children who had complained of not having a piano in their rented bungalow. Farrow herself moved on to Bora Bora to make Hurricane. Only Vaea was left and he rapidly came to a decision about her, one which was coloured by Sally’s incessant demands for confirmation that Robert loved her. He wrote :

I have been restored to hope and working order, by allowing myself to become decently, I mean emotionally, involved with the younger painter… I decided I was messing her about and broke it off and was amazed by the intensity, the mingled anger and distress, of her reaction. This made me feel sufficiently trivial to take another look at my own motives which proved to be less nasty though more banal than I had imagined.
I had more or less assumed that nobody any longer could have me – though I credited myself with being widely liked – so that prudence dictated my not loving anybody. What I had to surmount was no shortcomings in Vaea but a hump of infantile fear of mistrust in myself. So here with incredulity are Vaea and myself, a locally recognised couple. I admit but do not dwell upon the improbabilities (age and culture differences) and am resolved to be grateful and not too far-sighted.
[Robert Bolt letter to Charlotte Taylor, 26 June 1978, Courtesy Lady St Johnston]

As part of the purging of his system, Robert also stopped smoking. A sixty-a-day man for years, he quit through

‘self disgust, the whole process taking about three minutes. It was a bit like cutting off a finger and I’m still suffering withdrawal symptoms after breakfast, upon commencement of work and after dinner, at which times I pace about a good deal, tearing the wallpaper and eating raw carrots’.
[Robert Bolt letter to Charlotte Taylor, 26 June 1978, Courtesy Lady St Johnston]

Robert completed the script of The Lawbreakers on Sunday, 23 July 1978, ten months after his arrival in Tahiti. He did not rate it amongst his best work, describing it to Margaret Ramsay as:

‘Top Second if you know what I mean. Not really First Class. They are all saying “great”. I don’t think I’ve ever seen a great film. Not in the sense that Ludwig’s 5th or Leo’s W&P are great. In the improbable event of my surviving this experience I want : (a) a rest and (b) to write another play. Great plays I have seen. Written, no ; seen, yes. It really is enormously demanding, this that I am doing. It’s almost like a masochistic experiment, to see exactly what intensity of sheer hard graft for how long I can sustain. David and I have the same relationship as Dorian Gray and his portrait. David remains unlined and innocent.’
[Robert Bolt letter to Margaret Ramsay, 5 May 1978]

However, the two DLs – David Lean and Dino De Laurentiis – were ecstatic about Robert’s script, and with good reason, for it is a masterpeace that reads like a novel, no mean achievement considering the rigid format in which screenplays are written. Its quality also belies Robert’s claim that he was only doing it for the money. Although The Lawbreakers ostensibly deals with the voyage out to Tahiti, culminating in the mutiny, Bligh’s open boat voyage and the mutineers’ arrival on Pitcairn, it weaves a particularly intricate structure that gives the story a remarkable set of perspectives.
The script begins with the mutiny itself, except that we are soon shocked to discover that what we are watching is not the mutiny at all but a theatrical rendition of it, performed on a London stage in 1790. Bligh is in the audience, shamed and quietly seething. He is next seen in Portsmouth, approaching a frigate called the Pandora whose captain, Edward Edwards, has been ordered by the Admiralty to hunt down the mutineers and bring them back to England for justice. After a rather tense conversation, Bligh leaves Edwards with the Bounty’s log and as he reads it out aloud, we flash back to the preparations for the Bounty’s voyage. At key dramatic moments the screenplay flashes back to Edwards reading the log as the Pandora makes its way to Tahiti. As an evocation of life in the eighteenth-century navy and as an investigation into a popular myth, Robert’s screenplay has no equals.
Lean was anxious to press on with the second script, The Long Arm, which would deal with the slaughter on Pitcairn, Edwards’ a shipwreck off the Great Barrier Reef and his open-boat voyage to Coupang, which is where Bligh struggled ashore after his own journey. Bligh’s second – and successful – breadfruit mission to Tahiti, the execution in London of three mutineers and the belated discovery of the sole surviving mutineer on Pitcairn would conclude the epic project.
Robert, though, insisted on taking a holiday. He desperately wished to return to the Old Manor in Devon and he wanted his family and his friends around him. But because the tax man would want his money, he went to Ann Queensberry’s farmhouse at Cogolin in the South of France. His four children – Sally, Ben, Joanna and Tom – joined him there, as did Ann’s three daughters, Tor, Emma and Alice. Robert also decided to take Vaea with him. They could all celebrate his fifty-fourth birthday together.
Although Robert revelled in his role as patriarch, his relationship with Vaea was strained, a fact which he ascribed not only to his own jumble of morals and motives but also to Sally’s raw emotional state. Robert’s interest in Vaea had made Sally resentful, if not jealous. Vaea, though, had her own perspective on the holiday :

‘I saw how much he loved Ann,’ she said, ‘and I thought that he would probably marry her. Then I got depressed when I heard that my previous boy-friend had married and become a father. It was a difficult time for me, so I decided to leave for Paris and go back to Tahiti on my own.’
[Vaea Sylvain to AT, 3 May 1996]

‘Vaea was quite a bit younger than Dad,’ said Robert’s son, Ben.

‘Since there didn’t seem to be any kind of intellectual marriage between them, I deduced she was not due for longevity in his life. She didn’t seem to be in love with him or he in love with her. There wasn’t any of the banter or fun in their relationship which I saw with women whom he did love. Otherwise, it was a great holiday. Dad had given up smoking, he’d swim for a mile a day, he’d drink wine and talk and he loved going out to all the restaurants. He seemed happy, un-neurotic and in very good nick.’
[Ben Bolt to AT, 29 October 1996]

As soon as Robert arrived back in Tahiti, he told Vaea that while they should live apart, he hoped they would remain friends. He urged her to leave Tahiti and live in Paris. Vaea took this badly ; she felt as if she had been used, that Robert had been treating her like a child, a backward island girl.

‘I do not know what went wrong when Sally was here and in France,” he told her. ‘One does not love and cease to love for sensible reasons. It happens. I reproach myself. Believe me Vaea, I wanted to make it work very much. It gave me hope for my own future. I tried seriously ; it was never a game or a pastime. It was a hard thing to accept that I did not want to, could not, ask you to share the rest of my life with me. And it was hard to tell you. I am not a monster, to enjoy giving pain, nor an idiot not to know that I am giving pain. I am in fact a coward and often lie or equivocate to avoid inflicting pain.’
[Robert Bolt letter to Vaea Sylvain, 14 December 1978. Courtesy Vaea Sylvain]

Having messily extricated himself from Vaea, Robert gathered his impressions of the holiday and wrote to Ann :

That was, despite the various little handicaps, the best holiday of my adult life ! I liked being with Tom. To You, who are so effortlessly and naturally loving, that will seem a curious circumstance to celebrate, but for me it was a revelation and relief. I have explained, point blank, the situation or lack of situation to Vaea and apologised for the error of my ways (her errors are not my business) and on the whole she has accepted it with good grace.
One consequence of my brush with Vaea is the realization that I absolutely cannot judge of anything closely concerning myself while I am here. I am sufficiently an ‘island hand’ to be a bit potty. It was largely self-indulgent weakness on my part to pretend it was suitable, on her part largely strong-willed opportunism. Her fault lesser and more respectable than mine, my only credit being to have realized in time. So like I say it’s the work, the whole work and nothing but the work. But that is a miserable diet. [Robert Bolt letter to Ann Queensberry, 16 September 1978. Courtesy Ann Queensberry]

Robert also told Ann, in confidence, that since his return to Tahiti he had the distinct and uneasy impression that the films were falling apart, owing to a fundamental misunderstanding between Lean and Dino De Laurentiis.
What he dit not tell Ann, nor Sally, Ben nor Joanna, nor even Julie nor Margaret Ramsay, was that on the journey back to Tahiti he had suffered a heart attack.

(…)


PART THREE

Fucking hell

‘Do write on any case. I shan’t be I proper letter until about the centre of Jerusalem. But see how I am longing to.’
Robert Bolt to Vaea Sylvain
[Letter 24 november 1979]

Extrait :

Deadlines and Lifefines

Page 401
(…)
He started on a screen adaptation of The Thwarting of Baron Bolligrew in the hope that Ben would direct it. But even though the words seemed to come easily, they were often the wrong words, the result of dysphasia. He sent his various drafts to his brother Sydney, the first time that Sydney had ever been asked to read anything of his, and Sydney, in turn, sent Robert his writings. In the end, the Bolligrew screenplay was adapted into a novel, which Robert published in 1995.

‘It was a huge labour for him,’ said Gillian Harrison. ‘I used to take his work home and try and make sense of it. I made a point of always going back to him with queries because I knew that was therapeutic. It was very, very difficult.”
[Gillian Harrison to AT, 11 September 1996]

Robert explained his problems and his progress in a letter to Vaea, who was living in Paris trying to make a career as an artist :

‘Please note I am writing this all at once ; no fair copies to let me correct any mistakes in the first one. I conitue (or conictue) with the filmscript of the children’s play ; it is rotten but keeps me from falling into bottomless gloom. My mood, dear heart, alternates between unreal bottomless gloom (see above) and equally unreal high and mighty.’ [Robert Bolt letter to Vaea Sylvain, 11 april 1980. Courtesy Vaea Sylvain]

Roald Dahl and Paticia Neal recognised the effort he was making and urged him on :

‘The Bolt Mechanism appears to be clean and well-oiled,” wrote Dahl. The firing-pin is extended, the cartridge in place, and now all you have to do is pull the trigger. Bang !’ (…)


page 405.

(…) Robert had pocketed a respectable fee for A Wrinkle in Time, about $ 150,000, and waited for further offers. The three changes of residence had cost a great deal of money -- there was currently a boom in house prices -- and Robert also felt responsible for some of his friends, notably Vaea who was having a tough time in Paris. He wrote to her :

‘How am I ? Well OK since I am throwing the effects of this serious, poisionous illness, and look like doing so for another year at least. Typing is improving, reading ditto, and my speech is improving hands over arm-pits. That is enough for me. Except that I still can’t write at all, well hardly any way…
Oh Hell, I wish I could help with your uphill struggle. Money. I wish I had enough to see my friends into and out of the liquiding putrescence into they fall, just as often as me. I mean that Vaea, I am -- well I well as bag as fix as you, but I don’t know how I am going to get through the intervening period leading inevitably to death. Healthy or unhealthy. Strangely enough of course one does. Oh I do wish I could help. Do keep writing my dear, even if my ever open pocket remains so firmly shut.
[Robert Bolt letter to Vaea Sylvain, 1 october 1981. Courtesy Vaea Sylvain]


***


2006


BIOGRAPHIE :
FRANÇOIS DE ROUBAIX
Charmeur d’émotions

Par Gilles LOISON et Laurent DUBOIS
Editions CHAPITRE DOUZE. BRUXELLES-PARIS.
(Première parution 3ème trimestre 2006)

Extrait :
Page 270-280

… Le mardi 8 septembre 1970 est diffusé à la télévision le premier épisode d’ « Opération Gauguin », réalisé par Adolphe Sylvain. Olivier Bloch-Lainé connaît la famille Sylvain pour avoir passé quelque temps à Tahiti au printemps 1968. De retour à Pairs, il avait ramené deux jeunes filles qu’il avait présentées à François de Roubaix. A l’époque, le compositeur a un coup de cœur pour l’une d’entre elles et note son téléphone. La jeune fille a dix-huit ans, se nomme Vaea Sylvain. Elle fait ses études à Neuilly, au lycée Saint-James. Elle est courtisée par Robert Hossein. François l’invite à dîner. Vaea a un talent pour le dessin. Elle passe beaucoup de temps à dessiner des poissons avec François. Elle lui parle de sa famille. Sa mère, Jeanine, laisse son métier de sage femme qu’elle exerce avec passion pour s’unir à Adolphe Sylvain, photographe et cinéaste qui a parcouru le monde pour couvrir les événements les plus chauds, notamment la guerre d’Indochine avec le Général Leclerc. Sylvain a découvert Tahiti en quittant justement l’Indochine et a déclaré d’arrêter sa course trépidante et dangereuse dans ce paradis isolé et préservé. Il continue à employer son Rolleyflex mais se consacre désormais à capturer la beauté qui l’entoure, la mer, les plages, les femmes - surtout la sienne- et toutes les personnalités qui passent par Tahiti : Bardot, De Gaulle, Martine Carol, Catherine Deneuve, etc. Au début des années 1960, il assiste avec sa famille au tournage d’une nouvelle version des « Révoltés du Bounty », dernier film réalisé par Lewis Milestone, avec Marlon Brando. Jeanine est une belle figurante, Sylvain photographe de plateau. Le tournage dure deux ans. Brando devient un ami, tombe amoureux de Tarita, l’héroïne du film, l’épouse et achète l’atoll de Tetiaroa. En 1967, Sylvain écrit avec Georges « Ami » Tardy un feuilleton d’aventures et d’évasion qu’il réalise et dont e rôle principal est confié à son fils de dix ans, Teva. Toute la famille participe à la production d’ « Opération Gauguin ». Un grand moment de bonheur assombri cependant par l’incendie du laboratoire et du magasin de Sylvain. Vingt ans d’archives, cinquante mille clichés sont détruits.

Au moment où Vaea rencontre François, elle travaille sur le pré-montage du film avec son père. Sylvain vient à Paris avec sa femme pour commencer le montage définitif du feuilleton. Vaea lui présente François au cours d’un dîner. Sylvain joue de la guitare et compose des chansons. Il s’entend tout de suite très bien avec François et lui montre son film. Le compositeur est émerveillé par les images de Tahiti. Sylvain lui propose alors de composer la musique d’ « Opération Gauguin ». François accepte avec enthousiasme.

Le premier épisode du feuilleton est diffusé le mardi 8 septembre 1970 sur la deuxième chaîne de télévision. Télérama le présente : « Un jeune garçon de treize ans rencontre un Européen fraîchement débarqué en Polynésie : cet homme vient à la recherche du dernier tableau de Gauguin que lui a légué son père, un marin, et dont il n’a pu jusqu’alors retrouver la trace. Un vilain mercanti, Damoclès, fait tous ses efforts pour retrouver la peinture avant son légitime propriétaire et empêcher celui-ci d’entrer en possession de son héritage. Teva, et avec lui toute la bande de ses camarades, ne ménage pas ses efforts pour assurer le triomphe de la justice et de son nouvel ami. L’histoire de la poursuite policière n’est qu’un prétexte. Ce nouveau feuilleton, en fait, est une promenade à travers les îles enchantées de l’Océanie, débarrassée du folklore traditionnel. Le blond Teva est un authentique enfant des îles comme ses frères et sœurs. C’est avec ses propres parents, ses camarades et les gens de son pays qu’il interprète cette série de treize épisodes. Et non seulement la famille de Teva interprète l’histoire, mais elle en assure aussi toute la réalisation technique : prises de vues, enregistrement sonore, montage. On peut dire que cette production, tournée en 1967, est le premier film purement polynésien français. » François compose pour le film une musique en totale harmonie avec les images de rêve des îles polynésiennes. Elle est enregistrée à la Comédie des Champs Elysées en trois séances au cours du mois d’octobre 1969. La première est consacrée aux musiques symphoniques et jazz pour les thèmes de Damoclès, Gauguin, du cheval, du ski nautique. Suivent deux autres séances, l’une pour les musiques « tahitiennes », l’autre pour le re-recording. Pour le générique est écrite une chanson par un ami de la famille qui travaille au Club Méditerranée. « Mareva » est interprétée par Vaea et enregistrée au studio Marcadet. Vaea chante debout devant un micro sur pied, François est installé sur une chaise et la dirige en souriant, rythmant les répétitions avec ses fameux claquements de doigts. Bientôt, le rêve de Vaea et François va s’achever brutalement. Le compositeur, qui avait un moment douté sur sa relation avec Charo, retourne vers elle.

L’idylle entre Robert Enrico et Joanna Shimkus a lentement pris fin. Joanna est partie tourner à Rome et n’a revu Enrico que pour la post-synchronisation de « Ho ! ». Elle est restée très froide, refusant que le réalisateur la raccompagne à l’aéroport où un avion l’attend pour repartir en Italie. Bientôt elle rencontrera Sidney Poitier au cours d’un tournage et défraiera la chronique en l’épousant. Enrico, abattu, essaie d’évacuer sa peine en réalisant un film inspiré de son histoire avec Joanna, « Un peu, beaucoup, passionnément… ». Maurice Ronet joue le rôle de Didier, un flûtiste marié qui vit la fin d’une liaison avec une jeune Russe, Neda, rencontrée lors d’un concert à Belgrade, puis ramenée en France. Il rompt avec elle, elle se suicide, il la sauve, l’héberge chez lui. La jeune femme sympathise avec la femme de Didier, interprétée par Lucienne Hamon, et son fils, joué par le propre fils d’Enrico, Jérôme. Après un séjour estival à Ibiza, Neda réalise que son amour n’a pas d’avenir et quitte Didier. Le film est coproduit par Paul de Roubaix et tourné de mai à juillet 1970 dans une ambiance quasi familiale. François participe au tournage dans le cadre de ses compétences. Il est, en effet, la doublure des mains du flûtiste Maurice Ronet pendant les gros plans du concertiste en représentation. Ce qui donne lieu encore à des fous rires, François étant assis, les mains en l’air tenant la flûte à la hauteur de la bouche de l’acteur. Pour une scène se déroulant dans une boîte de nuit à Ibiza, François est cette fois sollicité comme comédien par Enrico qui a eu de la peine à le convaincre. Dans cette séquence, il joue le rôle d’un hippie flûtiste harangué par le personnage de Ronet, éméché. Le hippie continue à jouer, l’air narquois, devant l’homme enivré qui s’énerve de plus en plus.

Pour le film, François compose une partition pop et jazz qu’il confie à ses copains. Georges ‘Pops’ Billecard chante « I want to suggest (my scat is the best) » accompagné par Michel Klotchkoff à l’orgue et Maurice Lecoeur à la guitare basse. Stef Guérault écrit les paroles d’ « Another day ». Il l’enregistre avec François, rue de Courcelles, sur deux Revos. Ils y passent toute la nuit. Au petit matin, Stef rentre chez sa mère et lui dit, encore enthousiasmé : « On vient de faire un truc super avec François. » Sur « Gabriel », Olivier Bloch-Lainé est à la guitare et la basse, François aux percussions. Les deux musiciens s’amusent également à faire des maquettes pour la saoûlerie de Maurice Ronet pendant la séquence de la boîte de nuit évoquée plus haut. Les deux hommes se laissent aller à diverses imitations (conversation de deux créoles, Gainsbourg en plein délire poétique…) qui ne figureront pas dans le film. Olivier de Funès chante un « Don’t cry » complètement déjanté en s’accompagnant à la batterie. François demande à Stef et Nancy Holloway d’écrire des chansons pour le film d’Enrico mais également pour « Les Novices » de Guy Casaril. Le couple y passe des nuits, chacun écrivant de son côté, buvant café sur café. Stef a parfois du mal à trouver l’inspiration. Il tombe de sommeil, se disant : « C’est pas possible, je ne peux pas arriver à neuf heures du matin à une séance et dire à François que je n’ai rien fait ». Cette pensée le maintient éveillé et, après une nuit blanche, il s’engouffre dans sa voiture et fonce au studio de la Comédie. Les chansons sont prêtes. Pour « Un peu, beaucoup, passionnément… », Nancy a écrit « Can’t get over you » qu’elle interprète et « Your lovelight won’t shine » chanté par Stef. François compose une chanson, basée sur le thème principal, « Une saison en amour », qui est le premier titre du film. Les paroles sont écrites par Pierre Delanoë. François fait des essais avec Neda Arneric, la jeune actrice qui joue le rôle de la maîtresse de Didier. Elle interprète quelques chants russes. Cela ne convient pas. François enregistre des maquettes avec diverses chanteuses. Même Nicole Croisille est sollicitée. Mais François cherche une voix moins travaillée, plus simple, capable de chanter sur un souffle. Il contacte Vaea. Elle est à Majorque, commence à peindre. Pierre Grimblat vient de lui proposer le rôle d’Evelyne dans le film qu’il réalise, « Slogan ». C’est Jane Birkin qui obtiendra finalement le rôle et rencontrera l’homme dont elle allait partager la vie pendant un long moment. Vaea accepte de chanter « Un peu, beaucoup, passionnément… » qui représente également pour elle une rupture.
Le film mené difficilement à son terme par Enrico, ne restera pas un bon souvenir pour son réalisateur, ni pour François, ni pour Vaea. A sa sortie, il est toutefois remarqué par Télérama qui lui consacre un long article. Le journaliste Claude-Marie Tremois pense que Lucienne Hamon, l’épouse de Robert Enrico, est la révélation du film : « Dans « Un peu, beaucoup, passionnément… » apparaît un nouveau visage de femme. Un visage qu’on n’oubliera plus et qui est celui d’une grande comédienne. (…)


2006

Nanomonde Nature des Sciences
CNRS Editions

Technologies convergentes
Et problèmes éthiques

Pluridisciplinaires, les nanosciences réunissent physique, chimie, biologie, médecine, sciences de l’information et de la communication, sciences cognitives…


La convergence des nanotechnologies avec la biologie, les technologies de l’information et les cognisciences a même donné naissance à une expression nouvelle : les « technologies convergentes », devenue rapidement à la mode.

Cette convergence est un atout certain pour l’innovation, mais elle suscite aussi de nombreuses interrogations, qui ont pour origine la frontière de plus en plus perméable, l’interfaçage de plus en plus facile entre le vivant et le non-vivant. L’intervention de l’homme sur la nature et les êtres vivants prend une nouvelle dimension. Au-delà des implants électroniques communicants, déjà mentionnés, qui permettent notamment de protéger ou soigner l’individu, certains étudient les possibilités d’aller plus loin, de transformer cet individu, d’ « améliorer l’humain » en quelque sorte, à l’instar d’un rapport américain de la NSF (Agence nationale de la Science) « Converting Technologies for Improving Human Performance » (Les technologies convergentes pour l’amélioration des performances humaines) ! Dans cette perspective, les interventions sur le cerveau, son couplage éventuel avec des dispositifs implantés ou des systèmes externes, qui en renforceraient les capacités, sont importantes par les perspectives offertes et par leur caractère symbolique. En effet, elles remettent en cause notre conception de l’individualité et de l’identité de la personne humaine.

On ne s’étonnera guère que les stratèges de la défense militaire, notamment aux Etats-Unis, soient intéressés par les promesses et les projets d’amélioration du corps et de l’esprit de l’homme-soldat.

Par ailleurs, les perspectives, réalistes ou utopiques, qui sont associées à la convergence des technologies sont au centre de l’argumentation actuelle des mouvements « transhumanistes ». Ceux-ci considèrent que l’homme est une espèce en transition (d’où le néologisme « transhumain ») et militent pour que les recherches scientifiques et techniques accélèrent l’évolution vers cet humain « amélioré ». L’idéologie qui sous-tend ces mouvements transhumanistes prête bien sûr à controverse.

Le surhomme ou le couple homme-machine, hier personnage de science-fiction, correspondent-ils à un avenir désormais envisageable ? Cet avenir est-il souhaitable ou faut-il au contraire tenter de l’éviter ? De nombreux problèmes éthiques, autrefois théoriques, rejoignent à présent l’actualité. Ils s’inscrivent dans une évolution générale qui est appelée à modifier en profondeur nos rapports avec la nature.