Vaea.biz - Articles de presse
Las Provincias
LAS PROVINCIAS (30 mayo de 1972)
« REGALO DEL VIENTO »

Tana se presentó la otra noche en la redacción. Tana nos invitaba a que visitáramos el barco « Gift of the wind » (“Regalo del viento”), en el que viaja el conjunto musical del mismo nombre. La cita se concertó rapidámente : « Entrando al puerto, a la izquierda. Eso es. Donde están las grúas. El barco lleva dos mástiles. Es blanco. » Total, una hora recorriendo todos los muelles. Nunca me había fijado en el gran número de grúas portuarias, ni en la desmedida afición a las embarcaciones blancas. Ya estábamos desesperados, de ir de aquí para allá, cuando descubrimos a Tana en una bicicleta. « Ya no os esperaba. »
Es alta, delgadísima, con un encanto especial en su rostro anguloso. Se excusa : « Es que han quitado los mástiles. Y además, « Gift of the wind » no se ve desde tierra. »
Ha sido una peripecia divertida. El obstáculo del reportaje ha consistido, nada más y nada menos, que en atravesar tres cargueros abandonados, subiendo y bajando por los sitios más inverosímiles, hasta deslizarse por una cuerda, única forma de salvar distancias. Y allí, al final, como olvidado, voluptuoso en pleno mar y pleno sol, « Regalo del viento », con el mundo insólito, libre y hermoso de un grupo de jóvenes que componen, cantan y viajan por el Mediterráneo.
Por la escotilla entra un haz luminoso que da de pleno en el puchero repleto de flores silvestres ; de esas flores amarillas y lilas que crecen entre las rocas de la escollera. Junto al puchero, bandejas de mimbre con fruta, un botijo, vasos y cigarillos. Tana, que es fotógrafo de revistas alemanas y francesas, me presenta a sus amigos. Vaea Sylvain nació en Tahiti y hace gala de una belleza exótica ; Vaea se encarga de mantener el ritmo con la percusio del darbuka. Ellos son todos rubios, todos con ojos claros – azules o grises – y todos llevaban barba ; Olivier Bloch-Lainé, Doc Robinson, Eddy Tuleja y Bookie Binkley son norteamericanos ; Ronnie Bird y Victor Kornacki, polacos ; Victor, ademas, es el patrón. Cantan, tocan admirablementa las guitarras. Han editado tres discos : « Boffa Longo », « Beyond your head » y « King Harvest ». Y en Londres, Julien Reynold, el « public relations », ya les ha concertado nuevas grabaciones. « Ahora iremos a Inglaterra, pero en seguida volveremos al Mediterráneo. Lo vamos a recorrer todo. Actuaremos, compondremos…”
Nos obsequian con café y con conciones. « Regalo del viento » está en periodo de restauración. Dentro de dos semanas, sus mástiles se alzarán de nuevo y también estrenará velas. « Marrones, porque es un color que nos gusta, y porque el sol no deslumbra. »
En la cocina, salchichones colgando del techo, una cesta con huevos ; y otra, con panes. Muchos cacharros de cerámica popular utilizados como candelabros. « No tenemos luz, pero sí muchos cirios. »
La musica es de todos. Cuando uno se siente inspirado lo manifiesta y los demás aprueban o desaprueban. Apenas se balancea el barco. Las literas están hechas. Las muchachas guardaron sus vestidos en unas perchitas que cubre una cortina. « Todos trabajamos. Todos sabemos guisar » Ríen alegremente, y a mí se me antojan que son felices. En el muelle tienen dos coches y motocicletas para desplazarse a la ciudad. « Pero preferimos el mar. »
“Regalo del viento”, como un sueño loco de juventud.
M.a ANGELES ARAZO (Fotos Penalba)


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (7 Octobre 1976)

Le père et la fille exposent à Paris
" Tel père, telle fille ", dit approximativement le proverbe.
En ce qui concerne le talent, au sein de la famille SYLVAIN, le proverbe a raison. On connaît les talents de photographe du père, on connaît moins ceux de peintre de VAEA, la deuxième fille de SYLVAIN, ils sont pourtant réels comme en peuvent juger les parisiens qui visitent l'exposition " La France des quatre coins du monde ".
Les Sylvain y exposent en effet, l'un des photos de vahine (" les Tahitiennes de SYLVAIN "), l'autre des tableaux. Ceux-ci occupent tout un panneau au stand de la Polynésie. Précisons que Vaea SYLVAIN expose régulièrement dans une galerie parisienne où ses œuvres ont beaucoup de succès.
Michel ANGLADE
Affiche exposition Palais des congrésAnémone Giscard d'Estaing et Vaea


PREFACE DE MICHEL POLAC POUR EXPOSITION "ART 3"

C'est une redoutable épreuve pour un tableau que d'être accroché sur un mur où il sera vu tous les jours. (Les Japonais eux déroulent une œuvre pour une semaine et la rangent dans un coffre ensuite). C'est un risque que je ne fais pas subir inutilement à mes amis : chez moi, les murs sont nus à l'exception de trois tableaux dont un de Vaea, daté de 1973, et qui a vaillamment supporté d'être dévisagé quotidiennement. Il s'agit d'une toile bleutée où des jumeaux, chacun dans son œuf, semble attendre le décollage pour un voyage intersidéral ou pour une mise au monde : quelque chose comme la dernière image de "L'Odyssée de l'Espace".
Mais depuis lors, Vaea a cessé d'errer dans un éther glacé et intemporel : son Odyssée l'a ramenée sur la Terre ancestrale au vert paradis des amours tahitiennes. Vaea, c'est la glace et le feu : la froide métaphysique slave et la chaude animalité polynésienne exactement mes deux fascinations contradictoires.
Michel POLAC - Paris, 1976
LA DEPECHE DE TAHITIEnergie vitale - Tahiti - 1973 - Encre - 46x34 cmLe Monde Expositions 27 janvier 1977


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE de TAHITI

Vaea, éclat feutré, paradoxe aux couleurs mordorées qui s'insinuent dans la trame de la création.
Elle ne peint pas Tahiti. Elle ne s'en inspire pas. Elle est !
Etincelle aux mille facettes, elle pose sur le corps sa tendresse agressive et restitue à travers son prisme un univers baroque et fascinant.

Jean DOMINIQUE, 1976
Cheval dans la têteAutera'a


PREFACE EXPOSITION ART 3
PREFACE EXPOSITION ART 3 (décembre 1976)

L'on peut avoir des indulgences pour les œuvres d'une ravissante femme fleur comme Miss Sylvain. Après l'avoir rencontrée et surtout vu un nombre important de ses œuvres, je vous dirais que Vaea est profondément inspirée, que son œuvre est une merveilleuse synthèse de rêve et de la beauté de Tahiti. Je lui souhaite le succès le plus sincère et je suis heureux que le Pacifique compte un peintre de talent de plus.

MICHOUTOUCHKINE


LA DEPECHE DE TAHITI (29 Décembre 1976)

C'est une redoutable épreuve pour un tableau que d'être accroché sur un mur où il sera vu tous les jours. (Les Japonais eux déroulent une œuvre pour une semaine et la rangent dans un coffre ensuite). C'est un risque que je ne fais pas subir inutilement à mes amis : chez moi, les murs sont nus à l'exception de trois tableaux dont un de Vaea, daté de 1973, et qui a vaillamment supporté d'être dévisagé quotidiennement. Il s'agit d'une toile bleutée où des jumeaux, chacun dans son œuf, semble attendre le décollage pour un voyage intersidéral ou pour une mise au monde : quelque chose comme la dernière image de "L'Odyssée de l'Espace".
Mais depuis lors, Vaea a cessé d'errer dans un éther glacé et intemporel : son Odyssée l'a ramenée sur la Terre ancestrale au vert paradis des amours tahitiennes. Vaea, c'est la glace et le feu : la froide métaphysique slave et la chaude animalité polynésienne exactement mes deux fascinations contradictoires.
Michel POLAC, 1976
LA DEPECHE DE TAHITIEnergie vitale


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (29 Décembre 1976)

Tel père, telle fille ! C'est vrai : le bon sang d'artiste de SYLVAIN père, photographe, n'a pas su mentir et a transmis à VAEA un talent certain de peintre. Les parisiens pourront d'ailleurs juger de ce réel talent puisque VAEA Sylvain expose dans quelques jours, du 12 janvier au 2 février à la Galerie ART 3, au 3, Avenue de Suffren.

On connaissait de Vaea les chansons et la voix (c'est elle qui chante la très belle musique du générique de TEVA, composée spécialement pour elle par le regretté François DE ROUBAIX), nous découvrons maintenant sa peinture. Et pour Vaea, la peinture, c'est une fenêtre, une porte de sortie ou d'entrée. C'est comme la vie.

Vaea ne peint pas de vrais paysages : ses toiles sont des paysages de rêves de la terre polynésienne au milieu desquelles évoluent des personnages détendus, les femmes cambrées à l'air libre, à la peau libre, une certaine nonchalance dans les gestes. Baignées de chaleur tropicale, les images, les formes sont traduites par des couleurs nettes, précises, à dominante du vert, du bleu et de feu, comme si la réalité s'était fondue avec le rêve.
Michel ANGLADE
Cheval d'or sauvageTiki ADN-ARN


FRANCE INTER

Une exposition à voir à la Galerie Art 3, 33 Avenue de Suffren, Vaea, une jeune artiste tahitienne qui n'a rien à envier à Gauguin.
Pierre BOUTEILLER, 1977


TEMOIGNAGE CHRETIEN
TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN (Paris 1977)

Une jeune femme, Vaea, peint Tahiti. De l'art décoratif, un exotisme multicolore, une naïveté un peu surréaliste : un éclat de soleil au cœur de l'hiver.
Ariel GAINSBOURG


RADIO FRANCE INTERNATIONAL (Paris Février 1977)

Une voix, VAEA, née il y a 26 ans à TAHITI.
VAEA qui peint ce qu'elle voit, mais ce qu'elle voit, elle seule le voit.
L'atmosphère des êtres et des choses, le confluent du réel et de l'imaginaire, le choc de mille effets de couleurs crues. Des couleurs qu'elle a cueillies là-bas à MOOREA, et dont elle habille ses souvenirs et ses rêves.
Des paysages à la végétation folle qui se meurent dans le soleil, des corps nus dont les lignes nourrissent le sable et l'eau. Tout un pays, un climat, un chant à la douceur de vivre, à la douceur de rêver aussi. Des hommes-oiseaux, des corps de lune, une chaleur, celle de là-bas, celle de MOOREA, mais également la drogue d'ici, celle de Paris.
Edouard DOR


L'ECHO DU LAGON
L'ECHO DU LAGON (Paris Avril 1977)

VAEA, paraît-il, ne peint que depuis quatre ans. Eh bien, bravo ! Elle avait certainement un don irrésistible pour maîtriser en si peu de temps plusieurs manières et plusieurs palettes. L'étude et l'habileté n'ont rien gommé de ce don original ni d'un talent d'évocation qui fait transparaître à travers les sujets les plus divers les liens intimes de l'artiste avec la Polynésie. La Polynésie du feu et de l'eau, celle des couleurs ardentes et profondes, mais aussi transparentes et fluides, celle des tableaux apparemment innocents de la vie la plus simple et celle des images où la nature est sublimée par le rêve.
Le symbolisme des œuvres récentes semble ne plus résulter d'une recherche voulue, il émane des sources d'inspiration et affleure à travers une surface curieusement lisse et vernissée qui ménage pourtant des reliefs profondément contrastés.
On passe ainsi de la jolie maison sur pilotis où se précise une silhouette féminine à travers le savant filigrane d'un store, à la crique forestière dont le ciel absent est tout entier dans son reflet sur l'eau, au paysage à contre-jour où des enfants sortant du bain ruissellent d'eau fraîche et de soleil tandis que, plus loin, des baigneuses vertes évoluent dans la lumière aquatique des jardins sous-marins.
Quelques images frappantes et opposées forcent le souvenir, celle d'une aube glaciale et surprenante, traduite par quelques à-plats d'une rigueur polaire, celle d'un jaillissement solaire dont les feux flamboient sur fond turquoise tandis que semblent à la fois s'unir et combattre des formes de centaures dont le trait inachevé mais intact garde tout l'élan our et sûr de l'esquisse à jamais parfaite.
Françoise MARCHAND
Les Enfants BlancsMaison sur pilotis


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (17 août 1977)

Vaea, l'enfant prodigue prépare à Tahiti sa prochaine exposition à New-York.
L'enfant prodigue est de retour. Après deux années d'absence, la jolie Vaea SYLVAIN a retrouvé son fenua - ce pays de lumière qui est en elle et qui éclaire de toute sa beauté, chacune de ses toiles.
Depuis bientôt dix ans, Vaea vit à Paris. Son compagnon est le compositeur bien connu Olivier BLOCH-LAINE. Ensemble ils ont trouvé un style de vie stimulant et riche. Lui fait des disques au premier étage de leur grande maison. Elle, peint au rez-de-chaussée.
Pourtant, si chacun a son domaine, les chemins de la création se croisent parfois. Ainsi il n'est pas rare qu'Olivier compose sur un tableau de Vaea, ou que celle-ci mette en image une de ses musiques. Et comme tous deux sont " possédés " par le talent, les œuvres n'en sont que sublimées.
Peintre depuis cinq ans, Vaea SYLVAIN n'a cessé d'étonner par la haute qualité de ses toiles. La pureté y préside dans un jeu de couleurs remarquable. Tout est atmosphère et toujours animé d'une grande densité poétique.
Il y a quelque chose de très chaleureux aussi. De très humain. Même si les thèmes, relativement intimistes, prennent leur envol dans le fantastique voire le surréalisme. Car toujours Beauté et Vie se conjuguent en forme de symbole. Ou d'appel...
Ce réel talent, Vaea ne se l'explique pas, bien entendu. Et de fait, il ne supporte aucune introspection, il est là. Elle le porte en elle et le fait s'épanouir par un travail quotidien. La magie qui la pénètre s'occupe alors du reste.
Après le succès de sa dernière exposition, à Paris, à la Galerie " Art 3 ", au mois de janvier de cette année, Vaea SYLVAIN en prépare donc une autre. Elle se tiendra à New-York en avril 1978 et promet certainement de constituer un véritable événement dans le domaine de l'art sur le grand continent.
D'ici quelques jours Vaea va ainsi se mettre à sa palette. " J'ai déjà les doigts qui brûlent ", dit-elle avec le sourire de la passion. " Je vais trouver un coin de solitude. Cela m'est nécessaire. Ce sera sans doute à Huahine ". Et d'ajouter sur les mille projets qu'elle a dans la tête : " Je vais demander une prolongation à Dieu de 150 ans ! "
Michel ANGLADE
Les Enfants BlancsAutera'a


LE JOURNAL DE TAHITI
LE JOURNAL DE TAHITI (19 janvier 1977)

Vaea Sylvain expose à Paris
Vaea Sylvain expose ses œuvres jusqu’au 8 février dans une galerie parisienne : Art 3, avenue de Suffren. Le vernissage avait lieu le mercredi 12 janvier.
De nombreux amis, parisiens et tahitiens, de Vaea étaient venus la féliciter. Parmi eux, Jean Dominique (ancien directeur du Journal de Tahiti), qui dit de sa peinture : « Elle ne peint pas Tahiti. Elle ne s’en inspire pas. Elle est ! »
Jacques Martin et Mme Olivier Stirn étaient également venus à Art 3.
Depuis la première fois, il y a seulement quatre ans, où Vaea s’est essayée à la peinture, elle a brûlé les étapes. En janvier 1974, elle exposait à la Foire Internationale d’Art Contemporain à la Bastille, en septembre dernier à « La France aux quatre coins du monde » au Palais des Congrès et en décembre à la Maison des Arts de Créteil. Tahiti est bien toujours un lieu privilégié pour l’éclosion des artistes.
Michel Lefèbvre
Te Manu Ninamu ou l'oiseau bleuLe PartageLe ciel dans l'eau ou l'enfant et le cielCheval dans la tête


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE de TAHITI (22 janvier 1977)

Vernissage Vaea Sylvain à Paris
Il y avait beaucoup de monde, et du très beau monde, au vernissage de l'exposition de Vaea Sylvain le 12 janvier à Paris, à la galerie ART 3. Parmi les très nombreux invités, on reconnaissait quelques membres de la famille GISCARD D'ESTAING, Mme STIRN, le Ministre Jacques MEDECIN, Jacques MARTIN et bien d'autres membres du " Tout Paris ".
Inutile de préciser que cette exposition connaît un grand succès. Le lendemain du vernissage, dans l'émission de Pierre Bouteiller à France Inter, le chroniqueur spécialisé dans l'art et qui rendait compte de cette manifestation, devait dire que " cette jeune artiste n'avait rien à envier à Gauguin ".
Le mois derniers, Vaea a eu le plaisir de se voir décerner le Grand Prix International d'Art Contemporain de Monte-Carlo.
Son exposition à Paris, organisée par Mlle Yvette SAUTOUR, se poursuivra jusqu'au 2 février.
Michel ANGLADE


LE JOURNAL DE TAHITI
LE JOURNAL DE TAHITI (17 août 1977)

Vaea Sylvain est revenue au fenua pour peindre (1ère page)
Vaea Sylvain exposera l'an prochain à New York

Elle se voyait chanteuse, tâta de la musique puis rêva au cinéma. A vingt deux ans Vaea Sylvain exécuta son premier tableau. Elle le fit encadrer chez Winkler et des américains désireux de ramener un souvenir de Tahiti l'achetèrent. Vaea se souvient :
" Ils étaient entrés pour acheter des cocotiers. Moi je n'avais pas du tout peint des cocotiers mais ils sont repartis avec mon tableau. J'ai alors pris conscience que je pourrais vivre avec la peinture comme profession ".
Une profession et non un travail. C'est d'ailleurs là que réside une partie du succès de Vaea. Elle éprouve surtout du plaisir devant ses toiles qu'elle fabrique sans idée préconçue :
" J'équilibre, je déséquilibre, j'équilibre. Lorsque tout est équilibré et que je ne peux plus déséquilibrer, mon tableau est terminé " conclut-elle dans l'un des larges sourires qui lui viennent souvent sur le visage. Et c'est ravissant.
Beaucoup de monde aime en tous cas. Vaea Sylvain qui n'était pas rentrée au fenua depuis deux ans a été ravie de retrouver les couleurs de Tahiti. Elle passe ses loisirs à peindre. A Moorea ou Huahine car elle est trop sollicitée et tentée lorsqu'elle vit à Puna'auia. Elle avoue d'ailleurs :
" Je suis venue pour peindre ".
Mais il ne s'agit nullement de contrainte même si le succès appelle d'autres expositions. Ainsi Vaea exposera au " Salon d'outre mer " à Paris à Paris en novembre et pour la première fois à New York au mois d'avril l'année prochaine.

Légendes des photos (sans rappel des titres des tableaux) :
1) Sous le portrait : Vaea Sylvain : On se réjouit pour la peinture que la chanson et le cinéma soient restés des rêves.
2) " La femme et l'oiseau " : Comme une vierge tahitienne au bord de son lagon.
3) " Cheval dans la tête " : Des compositions riches en couleurs et en recherche.
4) " Tiki " : L'atmosphère des marae, qui était interdit aux femmes ressort de ce tiki.
5) " Enfants blancs " : Un jeu d'ombres très précis qui témoigne du souci de bien faire de Vaea.
Cheval dans la têteTiki ADN-ARNLes Enfants Blancs


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (13 janvier 1979)

Vaea en chair et en rêve ou la voie du tifaifai.
Exposition Vaea Sylvain au Musée Gauguin.
Elle peignait des hommes - oiseaux surgis d'un rêve où les enfants semblaient savoir parler aux feuillages et aux ruisseaux. Elle peignait aussi des fenêtres ouvertes sur des lagons calmes et masqués par des rideaux de perles. Elle figeait ses jeunes filles dans un geste saisi et le temps semblait s'étirer et s'oublier. Naïveté, poésie et exotisme donnaient à ses tableaux l'illusion de venir d'un ailleurs où le mystère participe à la beauté et devient source d'un bonheur tranquille.
Avec son pinceau méticuleux et ses couleurs fraîches, acides parfois, Vaea avait au fil des années donné naissance à un style qui lui est propre. Sa peinture légère, l'atmosphère intimiste qui baigne ses tableaux, cette émotion qui se contente du silence parce que les mots sont trop précis pour une imagination qui aime se laisser dériver au gré de l'instant, tout cela contribuait à rendre ses œuvres accessibles à toutes les sensibilités.
Vaea aurait pu continuer encore longtemps à vivre dans ses belles chimères mais elle sentait qu'elle se condamnait au tic. Même les plus beaux paradis finissent par lasser lorsqu'ils se répètent.
Depuis qu'elle est revenue au Fenua, elle cherchait confusément un autre ailleurs. Il semble qu'elle l'ait enfin trouvé et l'exposition qu'elle prépare avec Gilles Artur, le conservateur du Musée Gauguin promet d'être passionnante à plus d'un point.
D'abord ce sera la première exposition de Vaea Sylvain à Tahiti. On avait vu ici ou là quelques uns de ses tableaux. On en verra une quarantaine réunis au Musée de Papeari, dans la salle Bing, réservée aux grandes occasions.
On pourra surtout suivre la transformation de Vaea au cours de ces deux dernières années. Il y aura plusieurs tableaux de son ancienne manière, alors qu'elle la possède au mieux : couleurs vives, beaucoup de verts, des bleus glacés, égayés de rouge vifs. Les personnages semblent pétrifiés et présentent une certaine gaucherie. Maladresse d'artiste ? Pourtant, un jour, Vaea peint une jeune fille sur fond d'envol d'oiseaux de mer. Une jeune fille non pas comme elle la voit mais comme elle est réellement. Et on découvre que Vaea sait aussi peindre des personnages qui ressemblent à ce qu'ils sont. C'est peut-être là son nouveau point de départ. Elle se trouve alors un penchant irrésistible pour les coussins, les tifaifai qu'elle reproduit en gros plan. On la sent fascinée par le courant hyperréaliste, mais elle ne le suit pas dans ses outrances. Son pinceau s'exerce. Elle revient à ses premières amours le temps d'un tableau mais elle a trouvé quelque chose, elle le pressent et fouille un peu plus dans cette voie. Ses tableaux datés de 1977 et surtout de 1978 racontent en détail cette mutation profonde. Survient cette toile où elle représente Maima, sa jeune sœur, où les bruns chaleureux, inhabituels dans sa palette, dominent en des dégradés que nous ne lui connaissions pas. Et puis surtout, il y a ces jeunes boxeurs sur fond de tifaifai, terminés peu avant Noël. Vaea leur donne une présence et une vie comme elle n'avait jamais cherché à faire. On la retrouve dans la douceur des visages juvéniles, dans la gaieté du tifaifai qui éclaire l'ensemble du tableau mais il est indéniable que la mutation est presque faite. Presque, car Vaea veut, tout en conservant l'acquis de ses dernières expériences, dépasser la vague hyperréaliste qu'elle n'a fait qu'effleurer et qui devient une impasse. Elle veut aussi peindre sur des grands formats. " Il me faut plus d'espace ". Mais ce sera pour Paris, car dès l'exposition finie, Vaea Sylvain nous quittera et certainement pour longtemps.
Raison de plus pour ne pas manquer le rendez-vous du 4 février au Musée de Papeari. A côté de la Vaea qu'on connaît un peu, on en découvrira une autre, très prometteuse. Le ton est neuf, on y sent quelque chose de vif et décidé, les rêves ont été quelque peu mis à côté mais le sol que foule Vaea n'appartient toujours qu'à elle. Un grand vent a soufflé dans son jardin imaginaire mais il est encore trop tôt pour savoir vers quels rivages la jeune artiste se dirige. Car elle n'a pas encore abordé.
Abordera-t-elle jamais ?
Claude MARERE
Oiseau-fille, oiseau-feuAnge fatiguéRendez-vous des âmes bleuesL'homme qui marcheTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'


LA JOURNAL DE TAHITI
LE JOURNAL DE TAHITI (6 février 1979)

Vernissage de l'exposition Vaea vendredi au Musée Gauguin
Du 9 février au début mars une exposition consacrée à un jeune peintre du territoire se déroulera au Musée Gauguin à Papeari.
Vaea SYLVAIN qui expose à Paris où elle réside depuis 1972, nous présentera une sorte de rétrospective de ses œuvres, couvrant une période s'étendant de 1972 à 1978. Remarquée par un amateur d'arts, Vaea avait, il y a quelques années signé un contrat avec ART et VALEUR. Les clauses de ce document stipulaient que l'artiste devrait avoir une production de 6 tableaux par mois. Vaea qui a une idée bien précise de l'art eu toutes les peines du monde à remplir son contrat. Elle devait par la suite le résilier. " Je veux, dit-elle, pouvoir faire un tableau en plusieurs mois. L'art, ce n'est pas du travail à la chaîne... "
Avant de peindre, Vaea faisait du spectacle à Paris, où elle était incorporée à une troupe d'artistes.
" En 1972, dit-elle, j'ai décidé tout d'un coup de me mettre à la peinture. Pour ce faire, j'ai abandonné toutes mes autres activités. Au début, et maintenant encore parfois, je travaillais 10 heures par jour. "
Il y a quelques 18 mois, Vaea quittait Paris pour revenir se retremper dans l'ambiance de son pays natal.
" Il est nécessaire quelquefois, nous avoue-t-elle, de revenir aux sources. Bien sûr mes amis peintres et l'ambiance culturelle dans laquelle j'évoluais à Paris me manquent un peu. Je compte d'ailleurs retourner en Métropole après l'exposition. "
Pour sa première exposition à Tahiti, Vaea nous présentera une cinquantaine d'œuvres, huiles, gouaches, aquarelles. L'amateur n'aura aucun mal dans cet éventail d'œuvres de suivre la progression, les recherches, les tâtonnements, la remise en question perpétuelle de l'artiste.
Certaines de ses peintures sont remarquables. Les couleurs vives soulignent la poésie et l'état d'âme de l'artiste.
Certaines œuvres ont une inspiration nettement naïve, d'autres pourraient être classées comme réalistes, d'autres encore méritent les qualificatifs d'hyperréaliste...
Le vendredi 9 février, un cocktail sera offert à partir de 18h 30.
Une exposition à voir.
B.B.
Le souffleur de soleilEveilOmbres ou Coussins PeueMon lit


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (6 février 1979)

A partir de samedi au Musée de Papeari : Vaea chez Gauguin
Gauguin reçoit une hôte de marque en la personne de Vaea qui expose (enfin !) ses peintures au Musée de Papeari à partir de vendredi. Exposition très intéressante dont nous aurons l'occasion de reparler, d'une artiste passionnante que nous présenterons plus longuement comme elle le mérite, ces jours prochains.
Une manifestation en tous cas à retenir : l'exposition des peintures de Vaea au Musée Gauguin, vernissage Vendredi 9 février à partir de 18 h 30.
Aussi fascinante que ses tableaux, Vaea vaut, je vous l'assure le déplacement jusqu'au Musée Gauguin où Gilles Artur a mis à sa disposition la salle la plus prestigieuse de Tahiti.
Elle a construit, détaillé, creusé, marqué de son empreinte dans chaque tableau la crainte d'oser et de rêver. Elle a mêlé avec bonheur l'incongru et le fantastique à la réalité. Incarnant à la fois le refus du mal et du laid, la tentation de s'étourdir dans la sérénité et la rage de vivre, Vaea fait merveille. Cette drôle de petite bonne femme sans chichis et sans fard, avec ses gestes amples, son regard profond et sa drôle de voix faisant surgir l'émotion et les ratés au cœur court vers le succès comme un assaut de la nature.
Christine BOURNE
Ta'aroaMahana


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (8 février 1979)

Exposition Vaea demain au musée Gauguin
Les fascinants tableaux d'une attachante artiste
Le pinceau déjà bien en main mais débordée, harassée, radieuse, rassurante, piégée, flouée, têtue, obstinée, désordonnée, méticuleuse, jusqu'à l'obsession dans ses peintures, femme-enfant mais femme avant tout, c'est Vaea, 28 ans. Des yeux et une voix. Gris vert ou mordorés selon le ciel ; rauque, basse, cassée, sensuelle selon ce qu'elle raconte. Avec des riens et des mots, avec son regard qui fait oublier son visage, pétillant ou embué, son étonnant sourire sur des dents larges, saines, puissantes, avec sa voix qui soudain chavire et déraille, elle explique sa vie, ses déceptions, ses envies et son avenir.
A 17 ans, elle part à Paris comme une grande. Mai 68, les barricades. Pourquoi ? " Mais parce qu'à 17 ans on marche pour n'importe quoi... " Tu peignais ? " Non, je me suis dit : je chante juste, alors je chante... " Et alors ? " Je me suis vite aperçue qu'il fallait faire plaisir au producteur ! Moi, je ne mange pas de ce pain là. A cette époque ils ne recherchaient pas la valeur mais à satisfaire leur libido d'abord. Ce n'est plus comme cela aujourd'hui. Ils écoutent. " Dix ans à Paris faits de coups de folie, de coups d'éclats et de coups de chien, avec en toile de fond une délirante succession de " types fantastiques comme Olivier Bloch-Lainé. Elle a un imperceptible haussement d'épaules, au bout des doigts la cigarette décrit une courbe évasive, le regard soudain perdu, la voix basse elle dit " Il m'a faite ". Les saveurs de la vie la pousse un jour vers Jean-Michel Folon et c'est avec lui qu'elle découvrira les pinceaux, les couleurs et cette exquise envie de peindre. Joies et amertumes mordues au jour le jour, elle se rappellera longtemps de ces quelques mots du peintre : " Le fond, Vaea, pense toujours au fond... "
" A chaque fois que je peins je me souviens de ces mots " avoue-t-elle " cela m'a marquée ". Un silence enveloppé de fumée de cigarette puis : " Il avait raison ".
Cette timide qui cache sa fragilité sous des airs bravaches et des mots crus ne recule pas devant la vie, mais elle hait la haine et le fanatisme. Vaea, tahitienne dans l'âme, reconnaît mal ceux qu'elle côtoie car, dit-elle, profondément désabusée : " Si on est cultivé ici, c'est presque une tare, un stigmate ou un privilège !... C'est parfois déprimant. Bien que je vois beaucoup de monde, j'ai été seule pendant un an... " Elle aime Paris : " On peut tout faire ". Elle vit rue de l'Echaudé dans la maison même où vécut J. Rimbaud. " Une maison hantée, je suis sûre que c'est lui qui revient faire claquer les portes ou grincer le parquet. "
Elle rit et cache sa figure dans des mains courtes aux ongles carrés.
Dès son exposition terminée, elle plaque à nouveau famille et Tahiti et part retrouver son petit groupe cosmopolite de peintres anglais et italiens. " On a les mêmes idées, on pense pareil ! C'est formidable et ils peignent tellement bien ! " Sa sensibilité aiguë aux choses de la vie la rend vulnérable. Dans son jardin secret il y a un amour de huit ans qui n'est plus une réalité. Elle résorbe sa peine et affronte mon regard : " Non, je n'en parlerai pas. Mais j'ai été et je suis fidèle ".
Insatisfaite ? Peut-être mais à la recherche des actes qui lui manquent. Elle assouvit sa passion d'aimer et sa soif de création dans un art dont elle assume déjà la plénitude. Et, lorsqu'on lui dit " Tes tableaux sont chers " elle répond " mais on peut les acheter à crédit ! Après tout on achète tout aujourd'hui avec des prêts pourquoi pas ce qui est beau aussi... Faut-il donc toujours que ce soit utilitaire ? "
Christine BOURNE
EveilMon lit


LES NOUVELLES DE TAHITI (12 février 79)

La une : Vernissage Vaea Sylvain à Papeari. Gauguin aurait aimé y être
Gauguin a regretté de ne pas être là !
Le public tahitien connaissait mal Vaea Sylvain. Quelques articles dans les journaux, une émission de télévision et l'annonce d'un vernissage au diable vauvert ont excité la curiosité des amateurs. On lui faisait une bonne réputation, on lui attribuait beaucoup de talent, mais que ne dit-on pas des artistes, surtout lorsqu'ils sont enfants du pays !
Les œuvres exposées, le choix du cadre - le Musée Gauguin à Papeari, mais aussi les invités de Vaea ont fait de ce vernissage une soirée tout à fait inhabituelle, bien loin des traditionnels cocktails donnés en semblable occasion. Ce fut un régal total.
D'abord l'impact d'une quarantaine d'œuvres, huiles et dessins, aux couleurs vives, jetant des notes fortes et gaies dans la salle Bing. Bleus et verts, acides, glacés même, personnages distants et figés, surgis d'un rêve intérieur inaccessible, avec en prime l'itinéraire de la jeune artiste depuis les gouaches des débuts aux dernières huiles aux tons plus nuancés avec des gris et des bruns doux et chaleureux.
Le public a d'instinct réagi et participé pleinement à cette fête des yeux. Va et vient continuel entre la salle, le bar et la pelouse où l'on s'asseyait par petits groupes pour bavarder et écouter des musiciens qui s'étaient retrouvés : guitare, flûte, harmonica, etc. Enivrements des parfums des couronnes de fleurs et de pichets de punch. Il y avait de bonnes vibrations au Musée Gauguin ce vendredi et Gilles Artur rayonnait de plaisir presque autant que Vaea !
Gauguin a dû se retourner dans sa tombe et regrettait c'est sûr de ne pas être là.

Claude MARERE


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (9 février 79)

Vernissage Vaea ce soir

Rappelons que c'est ce soir qu'a lieu le vernissage de l'exposition Vaea Sylvain au Musée Gauguin de Papeari. C'est loin pensez-vous. Réjouissez-vous, le dépaysement sera plus complet et vous prendrez votre temps, l'artiste le mérite bien. Une quarantaine de toiles seront accrochées dans la salle Bing qui montrent le cheminement de Vaea depuis qu'elle est revenue au fenua. Des œuvres naïves et intimes, des débuts aux irruptions du réel d'aujourd'hui. A ne pas manquer, d'autant que c'est la première expositions de Vaea à Tahiti.
Tendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'


LIBERATION
LIBÉRATION Paris 15 février 1982

Un boxeur dans les Tifaifai.
VAEA, Peintre et Tahitienne, a su échapper au syndrome GAUGUIN. Résultat : de l'hyperréalisme doux.
C'est un petit boxeur qui a une gueule d'ange. Je l'ai tout de suite vu, en entrant chez Vaea. Il était perdu dans un coin de la pièce, au milieu de tableaux plus grands, plus chiadés. Mais le boxeur m'a regardé. Il a un drôle de casque, comme un gladiateur. Il a l'air un peu triste, il est un peu trop maigre, il a des gants trop grands. A ses côtés, au pied du ring, un tout jeune homme, au sourire doux, un aficionado, et puis un petit malin en casquette jaune, tête à claques, qui attend que ça cogne. C'est un petit tableau très coloré, un peu bizarre. En fond, gigantesques, des tifaifai, les coussins tahitiens. C'est Vaea qui m'a dit que ça s'appelait comme ça. C'est un nom magique, pour un coussin, tifaifai. On a envie de s'y vautrer rien qu'en entendant le nom.
Parce que Vaea est tahitienne. Peintre et tahitienne, ça vous a tout de suite un petit côté exotique, pareo, vahinés, noix de coco et lagons bleus. Mais elle a su, en grandissant, échapper au syndrome Gauguin, ce qui ne doit pas être de la tarte sans doute, quand on fait de la peinture à Tahiti.
Je suis tombé amoureux du boxeur, et aussi de la dame qui l'avait peint, le boxeur. Elle a une sacrée voix, Vaea. Rauque comme une chanteuse de blues. Ça m'a ému. J'aime bien le blues. Et puis elle a un accent pas possible. C'était foutu pour mon indifférence. Un accent qui lui fait prononcer les " r " comme des " j ". Ça rend parfois la conversation improbable. Quand elle m'a proposé un verre de " vin jouge ", j'ai pensé à un breuvage des antipodes, et je me suis trouvé plutôt aventureux d'accepter. C'était un beaujolais très honnête.
Elle est comme ses peintures, Vaea. Un cocktail détonnant d'indolence et de bonne humeur. Et si elle prononce les j pour les r, c'est tout simplement parce qu'elle trouve fatiguant de prononcer les r. Voilà. Et ça la fait rire, un rire de femme à la voix rauque. Epatant.
Ses tableaux, c'est un peu comme si l'hyperréalisme devenait doux et la réalité nonchalante. Comme si la torpeur avait soudain de bien jolies couleurs. Son boxeur est sans doute le tableau le plus " actif " de Vaea, et pourtant, il ne boxe pas. Il attend, accoudé aux cordes du ring. C'est un des rares mecs debout chez Vaea, les personnages sont plutôt couchés, entre l'ombre et la lumière, dans une pénombre un peu beige. Une femme qui dort, enroulée dans un drap, en chien de fusil, dans une lumière que l'on devine être celle d'un après-midi ensoleillé, tamisée par des volets clos. Un bébé, qui dort dans un lit cage, dans des draps fleuris. Une mère qui allaite son enfant, dans un hamac. C'est un monde de la chaleur, de la torpeur, de la douceur. Un bel hymne à la paresse, l'éloge de la nonchalance, de la douceur et du temps qui passe, peinard, pas pressé, bien d'être là.
Peindre des coussins, les somptueux tifaifai, des draps froissés, des plumards et des hamacs, et des gens dessus qui se la coulent douce en attendant la fraîcheur, est une activité joyeuse. Vaea est joyeuse. Elle évoque - sa voix rauque ! - ses copains, la lumière de l'air, le plaisir planant de peindre un par un des milliers de brin d'herbe, pendant des jours. Elle me parle de son père, un " type pur ", des lagons, des bébés.
Elle a l'air d'une rockeuse, Vaea la bluseuse, avec son pantalon de cuir et son vieux blouson. Il faisait froid et gris. Nous sommes allés manger des huîtres, parce que " c'est un filtre les huîtres ". On a parlé des hommes et du joli boxeur. Et j'en apprends l'audace. " Tu sais, ça ne se fait pas, à Tahiti, de peindre des hommes. " Au dessert, j'ai ressenti l'urgence d'un voyage aux antipodes...
Michel FAURE
Les Arrière-MondesLa femme ensevelieManuTe Fenua


FRANCE SOIR

Elle se nomme Vaea, elle est Tahitienne, jeune et belle. Elle est peintre et elle a beaucoup de talent. Elle expose à Paris. Courez-y. C'est remarquable.

Paul WERMUS - Paris, 1982
FRANCE SOIRJean Sablon, VaeaVaea par Jean françois Jonvelle


MADAME FIGARO

Depuis Gauguin, ses femmes tranquilles en paréo et ses paysages polynésiens, personne n'avait joliment parlé de Tahiti : Vaea renoue avec l'élégance du dessin, la magie des couleurs.

Véronique PRAT - Paris, 1982
MADAME FIGAROTe Fenua - Paris - 1980 - Huile sur toile - 92x73 cm


LE POINT
LE POINT

Vaea. Entre Gauguin et l'hyperréalisme, les tableaux récents d'une splendide Tahitienne de trente ans.
Jean-Marie FERRIER, 1982


LE FIGARO
LE FIGARO et L'AURORE Paris février 1982

VAEA au pays des merveilles.
Couleurs roucouleuses, dessin très appliqué et peintures du bout du rêve... Tahiti en hiver, c'est tout de même mieux qu'une cure d'oxyde de carbone.
L'aurore est grise et les réveils râpeux. On en a bien besoin, par ces temps qui traînent de regards candides et d'humeur buissonnière. Pourquoi ne pas se donner une féerie dans une bulle de bonheur ?
Alors mettons pour quelques instants l'ennui en quarantaine et découvrons Vaea.
Un univers qui s'ouvre comme une coquille et laisse apparaître des peintures magiques. Des peintures du bout du rêve qui fondent comme un bon petit berlingot acidulé. Voici Tahiti, ses plages aussi belles que la pochette des dépliants du club Méditerranée et ses nymphettes brunettes. Un éclaboussement de lumières pimpantes, de bleus tropicaux, de roses fluos fixés une fois pour toutes par le pinceau méticuleux de Vaea.
Tout est soigné dans les moindres détails : couleurs roucouleuses, dessin très appliqué. Attention les yeux ! La mer éblouit et le paysage donne le vertige comme un verre de punch. C'est kitsch, éthéré et léger, léger.
Le peintre s'invente en permanence, des dimanches jours fériés. On se retrouve en plein air, bien loin des mondes convulsifs. Dans ces tableaux vaguement hyper-réalistes, la peinture en jette comme une belle américaine. Nous butinons aux pays des merveilles. Les scènes de mariage s'enchaînent au repas de famille sous les arbres, un bébé dort dans son berceau, une jeune fille rêve enroulée dans les plis d'un drap... C'est un joli travail, sans aucune prétention et qui s'en tient aux joies de divertir l'œil. Naturellement, ces œuvres sans problèmes se regardent simplement, avec plaisir. Il suffit de les accompagner, le plus librement du monde et le plus innocemment aussi.
Conclusion : si vous aimez rêvasser, si vous avez des rires d'enfant, si vous êtes allergiques aux problèmes de cœur et de plomberie, si vous vous moquez de rater le train de votre génération, la peinture de Vaea vous tend les bras. Vous en sortirez sans remords.
Jean-Marie TASSET
La RondeMara'amu ou l'Homme BlancManuLa femme ensevelie


JEAN-LUC CHALUMEAU POUR ARTS

Vaea vient de Tahiti. Mais est-il bien nécessaire de donner ce genre de précision qui, irrésistiblement, invite à comparer ses tableaux à ceux de l'Ermite d'Atuona ? Le parcours de Vaea ne s'est pas fait de Pont-Aven vers les îles chaudes, mais de ces dernières, où elle vit parce que cette ville demeure l'un des deux ou trois endroits du monde où tous les peintres, d'où qu'ils viennent, sont chez eux. Vaea est chez elle à Paris et plus encore dans la peinture dont elle connaît les ressources en technicienne douée. Son exposition prouve avec surabondance sa virtuosité dans le "rendu" d'une étoffe ou d'un visage, dans l'appréhension de la grande lumière solaire traversant des feuillages... Mais là n'est pas l'essentiel bien sûr. A travers ses thèmes emprunts de banalité, et malgré le charme qui arrête le visiteur pressé, Vaea fait tomber les masques et la facilité s'estompe. Le peintre pose un regard lucide sur un monde dur, un regard assez vaillant pour tout voir parce qu'il se sait sauvé par la joie de peindre.

Jean-Luc CHALUMEAU - Paris, 1982
ARTSMareva - Paris - 1981 - Huile sur toile - 81x65 cmOiseau-Vague - Tahiti - 1974 - Mélange - 44x58 cmToerau - Paris - 1980 - Huile sur toile - 116x89 cmJean Castel, Vaea


L'OEIL
L'OEIL

Vaea fait souffler sur ses toiles un vent de poésie venu d'ailleurs. Hautes en couleur, ses œuvres restituent l'image d'un Tahiti intimiste et vécu qu'elle traite d'une manière hyperréaliste qui lui est bien personnelle.

Monelle HAYOT, 1982
Hei Tiare


NOUVELLES LITTERAIRE
LES NOUVELLES LITTERAIRES

Elle est de ce pays immémorial dont Victor Segalen nous a restitué la parole. Tahiti est pour Vaea un lieu matriciel, l'espace électif des naissances et des amorphoses. Et au travers de cette luminosité que Gauguin jugeait incomparable, Vaea s'attache surtout à traduire une certaine convivialité polynésienne ou l'indolence, les langueurs nacrées, les immobilités intérieures font infuser un bonheur vaguement inquiet.
Gérard SPITFRI, 1982


ELLE
ELLE

Vaea : l'anti-Gauguin.
Tahiti c'est la beauté, Vaea est tahitienne par sa mère, donc Vaea est belle. Vaea est peintre. Gauguin lui a lâché le paréo puisque c'est façon hyperréaliste nonchalant qu'elle peint les habitants de son île.

Françoise TOURNIER, 1982


LA DÉPECHE DE TAHITI (28 avril 1982)

"Pays des Merveilles... Paradis perdus" : des mots qui résonnent particulièrement dans l'œuvre de Vaea. Il y a dans sa palette, tout à la fois le choc de l'inattendu par le dépaysement, le fantastique, le rêve et l'imaginaire. Et puis une audace des compositions qui recule chaque fois un peu plus les codes établis, bouscule la bienséance d'un certain académisme, taille en brèche le conformisme. C'est dire si Vaea n'a pas choisi la facilité ! En abordant les grands problèmes métaphysiques qui la hantent, elle fait route vers l'inconnu. Elle est "en recherche" perpétuelle. Et perpétuellement elle lutte contre ses peurs et ses doutes. Car il n'est pas évident de saisir l'autre côté des êtres et des choses.
Témoin cette grande toile (146 x 114 cm) intitulée "Les Immémoriaux" qui, entre les 5140 autres accrochées au Grand Palais par les 2500 artistes présents, brille d'un éclat tout particulier et révèle, s'il en était besoin, que sous le masque de la naïveté se cache parfois celui de la gravité...

Dominique CHARNAY


TEXTE DE ROLAND TOPOR

"Vaea, un mélange vrai de sens critique et de déconnage."

Roland TOPOR - Paris, 1982
Henri Xhoneux, Brigitte Thomas, Roland Topor, VaeaVOGUECrépuscule - Paris - 1981 - Huile sur toile 100x81 cm


EXPO INFORMATIONS HEBDO
EXPO-INFORMATIONS-HEBDO (Paris janvier 1982)

Peintures de Vaea.
Vaea est à moitié originaire de Tahiti et à moitié d'un monde enthousiaste qui la fait peindre et vivre en même temps. Elle peint avec les couleurs d'un lieu d'origine ses propres images quotidiennes. Femme nerveuse qui hésite entre son paquet de cigarettes et les réponses à donner à un journaliste, Vaea trouve, dit-elle "l'équilibre dans le fait de peindre". Donc, née à Tahiti en 1950, elle dit néanmoins, en interview comme en peinture "aimer autant ici et... là-bas. "Du bleu, du blanc, du jaune dans des huiles qui traitent de tout ce qui bouge, Vaea ne fait pas dans l'hyper-impressionisme mais elle impressionne par son sens figuré des gens qu'elle dépeint ou peint. On peut aimer ou ne pas aimer ce que fait Vaea, mais on ne peut pas passer outre. Elle offre tellement de joie de peindre qu'on ne peut ignorer qu'elle a raison de le faire. Ses toiles lui ressemblent ; c'est à en désespérer. Tour à tour gaies, grandes, minces ou les yeux clairs, c'est un tableau d'enfant derrière des barreaux mais la main est ouverte, c'est le thème de l'affiche de son exposition, femme suspendue et enfermée dans un drap, c'est libre et bien défini, triste aussi, bien que... c'est indéfiniment une scène qui serait impossible à photographier, c'est aussi quelquefois perdu. Vaea peint pour peindre. C'est devenu rare par les temps qui ne courent plus. D'autres presses ont dit qu'elle était social-peintre, il n'y a pourtant rien à écrire d'autre que ce qu'elle déclare en faisant les cent pas de son paquet de tabac à ses toiles : "je veux peindre".
Loïc LE GUÉNÉDAL
La femme ensevelieManu


GUNNAR'S
GUNNAR'S (Paris 1982)

Vaea ou les sentiments d'une femme...
Vaea est née à Tahiti, Vaea est femme, Vaea est belle, Vaea a tout un vécu différent du nôtre, mais Vaea est peintre et lorsque Vaea peint, il s'agit d'une peinture si totalement contemporaine et sociale qu'elle rompt les barrages. Dans son exposition, Vaea nous présente le témoignage du quotidien qui fut le sien avant qu'elle ne quitte Tahiti pour venir à Paris travailler et rechercher le contact et la confrontation avec ses contemporains artistes. Elle nous présente l'espace le plus large à côté de l'intérieur le plus étouffé. Les sentiments sont profonds, les douleurs intenses, les joies palpables à l'œil nu, et la bataille entre la lumière et l'ombre permanente. Peintre social, Vaea déteste qu'on parle d'elle comme "peintre social", dessine une harmonie avec les heures du soleil et de la lune. Un grand voyage vers l'intérieur dont toutes les balises sont lumières.

Horner ALGSTADT
VanessaTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'Le masque de l'Echaudé


L'OFFICIEL
L'OFFICIEL (Paris 1982)

Vaea, femme-peintre née à Tahiti. Peintures inspirées par sa terre natale, avec des scènes de la vie quotidienne : mariage ou repas de famille, bébé qui dort dans son berceau, etc. Une œuvre sensible, colorée, où la nature prédomine dans une fête des sens et des formes. Peinture sociale, ensoleillée, qui est aussi une réflexion sur la condition humaine. Une œuvre proche de la terre et des éléments, qui est aussi une sorte d'hymne au vent et au feu.
MarevaLa RondeMara'amu ou l'Homme BlancManu


VOTRE BEAUTE
VOTRE BEAUTÉ (Paris 1982)

Dans cette Galerie de la rue Saint-Louis-en-l'île, exposition séduisante à partir du 9 février, d'une jeune peintre au talent prometteur, Vaea. Un prénom tahitien car Vaea est née à Tahiti où son père, le photographe le plus célèbre du Pacifique, et sa mère habitent toujours, lorsqu'ils ne séjournent pas dans la capitale. Vaea, qui expose depuis 1974, à Paris, à Tahiti et à l'étranger, a hérité le charme de sa mère et un talent fou pour peindre la lumière, les couleurs, le grand voyage vers l'intérieur. Dans son exposition, elle nous présente le témoignage du quotidien qui fut le sien avant qu'elle ne quitte Tahiti pour venir s'installer à Paris, y travailler, rechercher le contact et la confrontation avec ses contemporains, artistes comme elle, Vaea possède tout un vécu différent du nôtre ; mais lorsqu'elle peint, si elle fait aussi penser à Gauguin, sa peinture est si totalement contemporaine et sociale qu'elle rompt les barrages. Mariage, repas de famille sous les arbres, bébé endormi dans son berceau, maternité, jeune fille courant, elle montre la vie simple mais avec un regard tourné vers l'intérieur.
Renée DUMAS
La RondeMara'amu ou l'Homme BlancManuTe FenuaMareva


FEMMES D'AUJOURD'HUI
FEMMES D'AUJOURD'HUI (Paris 1982)

Une peintre tahitienne.
Née à Tahiti, Vaea peint avant tout des scènes de son pays : un mariage, un repas sous les arbres, un merveilleux bébé qui dort enroulé dans un "tifaifai" (tissu imprimé), des fleurs exubérantes... S'inspirant souvent de Gauguin ou du Douanier Rousseau, elle affectionne les atmosphères lourdes, les couleurs chaudes et violentes. Tantôt poétiques, comme cet étrange tableau naïf où la lune se découpe nettement dans le bleu profond de la nuit, tantôt réalistes, les œuvres de Vaea sont plus qu'une simple bouffée d'exotisme. Elle nous révèle avec force le débordement de la vie et de la lumière.
Manuelle ORTOLLI
Lecture des mémoires d'Auguste RenoirLa RondeMara'amu ou l'Homme Blanc
ManuPehe pehe maina ou 'la bringue'


INFOS EXPOS
INFOS-EXPOS (mars-avril 82)

Une exposition avec les peintures de Vaea, à la galerie Jean-Pierre Lavignes, jusqu'au 27 février. Vaea est née à Tahiti, en ce moment, elle vit en France. Entre de nombreuses huiles sur toile, elle peint souvent des corps, des visages, des situations d'enfants. Bébé qui dort dans son berceau recouvert d'un tifaifai, mère donnant le sein, jeune fille qui court. Entre le bleu, le blanc et le jaune de sa peinture et la lumière qui lui vient sans doute de Tahiti, Vaea a une façon enthousiaste de parler de l'enfance : " Ça sert à rien de vieillir "... et " les enfants ? Ce sont des humains petits qui vont apprendre à vivre."
Loïc LE GUÉNÉDAL
ManuTe FenuaMareva


TOURISME INFORMATION
TOURISME INFORMATIONS (Paris février 1982)

" Quand VAEA met le soleil de Polynésie dans ses toiles... "
Vaea est jeune, belle et elle est née à Tahiti. Ce jeune peintre de talent vit et travaille à Paris dans le quartier pittoresque de la rue de l'Échaudé, mais elle n'a jamais pu oublier le soleil, les fleurs et la douceur sans pareille de la vie quotidienne dans son pays. Pourtant, si elle s'en inspire forcément, puisque chaque création se nourrit de nos racines profondes, elle est aussi influencée par des tendances bien contemporaines et des recherches personnelles.
Elles sont très diverses. Elles peuvent porter aussi bien sur les draperies d'un lourd tissu, les transparences d'un voile, ou les contrastes de deux couleurs.
Les toiles exposées reflètent l'ambiance de la vie quotidienne à Tahiti. On y trouve souvent des scènes familières ensoleillées, un mariage, un repas de famille sous les arbres, un bébé qui dort dans son berceau, recouvert d'un "tifaifai", ou encore une adolescente qui sanglote en tenant à la main une lettre déchirée. Un portrait traité à la fois avec force et finesse - caractéristique de l'œuvre entière de Vaea - y voisine avec une toile "le regard du temps" qui montre une femme en paréo bleu, assise devant un portrait de Gauguin. C'est précisément parmi les nombreuses expositions faites dans le monde que pour la première fois, elle exposait en 1979 à Tahiti, au Musée Gauguin, remportant un énorme succès. Monte-Carlo et Düsseldorf l'avaient déjà accueille, et depuis 1974 elle a exposé à Paris sans discontinuer, notamment à "Art et Valeur", au "Palais des Congrès", à "Art 3", à la Galerie Jean-Pierre Lavignes, etc.
Très recherchées, ses œuvres figurent, aujourd'hui, dans les collections à Tahiti, Paris, Los Angeles, Londres, Genève, ou Milan. Cela n'a rien de surprenant... Fort attachée au réel dans sa manière même de le traduire, Vaea laisse transparaître les joies et les douleurs profondes, ombres et lumières qui agitent ses personnages., dans le mouvement même de la vie...
Solange SILBERMANN
La femme ensevelieLa RondeMara'amu ou l'Homme BlancManuLa lettre déchirée
Le regard du temps ou 'A Gauguin, à mon père'


LA DEPECHE DE TAHITI page 1 LA DEPECHE DE TAHITI page 2
LA DÉPECHE DE TAHITI (16 FÉVRIER 1982)

Exposition Vaea Sylvain à Paris.
"UNE FILLE DES ILES DANS L'ILE-SAINT-LOUIS"
Annoncée et saluée par l'essentiel de la grande presse, de Libération à Playboy, en passant par Femmes d'Aujourd'hui, Vogue, Les Nouvelles Littéraires, Elle, Gunnar's, L'Œil etc., l'exposition de Vaea Sylvain constitue un événement de premier plan dans la rentrée artistique. Témoin son vernissage du 9 février dernier qui a réuni, quelques heures durant, une foule impressionnante d'amateurs et d'amis, parmi lesquels nombres de polynésiens et de personnalités. Il y avait ainsi les chanteurs Pierre Vassiliu et Georges Moustaki, les comédiens Danièle Evenou (compagne de Jacques Martin) et Philippe Nicaud, des responsables du domaine public tels que François Bloch-Lainé et Aymar Achille-Fould, ancien ministre des armées, le sénateur Daniel Millaud, Patrick Robson de l'O.D.T., Louis Doucet, chroniqueur d'art à Antenne 2, Marc Coulon, maître d'œuvre d'un important programme de promotion des DOM/TOM, le peintre Jean-Pierre Zing, le docteur Jonville, Hina et Maima Sylvain sœurs de Vaea, Patrick Pons de FR3 Tahiti, Eliane Golaz de la Délégation, Francine Goupil, Noni et Christian Gleizal, le Père O'Reilly, Yvon Ségalen, la famille Rota, Éliane de Gennes, Colette Adam, Marc Cassart, Jean Dominique et bien d'autres encore - l'animation musicale étant assurée avec brio par Jimmy et son groupe, désormais basé à Paris.

Et comme le sympathique Jean-Pierre Lavignes qui préside aux destinées d'une galerie (elle porte son nom) réputée pour ne présenter que les peintres les plus "moteurs" de la nouvelle génération avait bien fait les choses, l'équivalent d'une vraie petite cave a été vidée en un clin d'œil. Bref c'était la fête. Avec toutefois une pointe de tristesse pour Vaea à qui Jeannine et Sylvain, actuellement à Tahiti, ont beaucoup manqué. Mais s'ils étaient là par la pensée, ils ont aussi fait l'émouvante surprise de téléphoner au beau milieu du vernissage. Au point que Vaea n'a pu retenir ses larmes d'émotion. Emotion prolongée, peu après, par un autre coup de téléphone "polynésien". Celui de l'ami attentif et fidèle Gilles Arthur, conservateur du musée de Papeari qui avait, il est vrai, une autre bonne raison d'appeler... Un grand journal parisien n'avait-il pas annoncé dans ses colonnes, une semaine plus tôt : "Vaea, jeune peintre née à Tahiti, expose ses dernières œuvres du 9 au 27 février au Musée Gauguin, 15 rue Saint Louis en l'Isle, à Paris. " !!...
Néanmoins, on en conviendra cette belle coquille journalistique avait tout de même quelque chose de bien pensant !
Dominique CHARNAY


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DÉPECHE DE TAHITI (16 FÉVRIER 1982)

Exposition Vaea Sylvain à Paris. UN GRAND VOYAGE VERS L'INTÉRIEUR.
"Un grand voyage vers l'intérieur dont toutes les balises sont lumière".
Cette phrase tirée du texte de présentation de l'actuelle exposition des œuvres de Vaea Sylvain à la galerie Jean-Pierre Lavignes, île Saint Louis à Paris, ne pouvait mieux la définir. La trentaine de toiles accrochées sont, en effet, autant de métaphores plastiques et poétiques. Il y a là rassemblé tout un univers peuplé d'ombres et de mystère, dans lequel souplesse, force et unité oscillent sans cesse entre une tension sereine et une inquiétude saillante. Quelque chose de tout à la fois limpide et indéchiffrable. Des questions, des fantasmes. Femme et fille de Tahiti, Vaea évoque la maternité, l'enfance, l'amour, la mort, et bien sûr la Polynésie qu'elle a au cœur. Agissant par symboles, elle nous invite à nous interroger à notre tour, sur le présent, le passé et l'avenir qui ne font peut être qu'un...
Car le pouvoir de peindre, c'est aussi celui de ralentir le temps. De pénétrer le réel par le rêve et l'imaginaire, de tout immobiliser en faisant passer dans la matière, la couleur, le graphisme, ce vertige qui nous ronge quand nous tentons de sortit de notre quiétude animale.
On dit que l'histoire d'un écrivain est l'histoire d'un thème et de ses variations. Il en est de même pour un peintre. Et il me semble que chez Vaea l'inspiration maîtresse puise ses sources magiques dans la fascinante dualité des êtres et des choses. Ainsi, entre le crépuscule et l'aurore, travaille-t-elle toujours en harmonie avec les heures de la lune et du soleil. Elle tâche de remonter le temps et s'avance sur un territoire où se perdent, une après l'autre, toutes certitudes. Parfois même Vaea perd sa propre trace. Elle en revient alors épuisée par le long cheminement de ses sens, mais éblouie par cette luminosité précieuse qu'elle nous restitue ensuite avec la candeur de l'enfant prodigue. Une aventure passionnante.
Où est-elle Vaea ? Je ne l'ai jamais vraiment su. Elle dit "quelque part", sans en être sûre. Je crois plutôt qu'elle navigue le plus souvent sur un Océan particulier qui relie d'un trait de lumière Puna'auia à Saint Germain des Prés, son nuage depuis une dizaine d'années.
De fait Vaea Sylvain est bien la Tahitienne la plus tahitienne du quartier le plus parisien de Paris. Siège au début du siècle des éditions du Mercure de France, la rue de l'Échaudé où elle habite ne compte certes que 33 numéros. Mais elle débouche glorieusement sur le très romantique boulevard Saint-Germain qui a vu "naître" quelques uns des plus grands noms de la littérature et des arts. "Germanopratine" donc (féminin de "germanopratin", terme désignant selon feu Boris Vian les autochtones du cru), Vaea a hérité d'un triple étage dans un immeuble ancien qui, après avoir longtemps servi d'hôtel de passe, abrita plusieurs années l'atelier du dessinateur-ami Jean-Michel Folon. Un escalier de bois, obscur et raide, conduit en colimaçon jusqu'au quatrième et dernier palier où commence, derrière la porte, le domaine du peintre. Toutefois le visiteur étranger est déjà prévenu. Avant même de jeter un doigt sur la sonnette (entre parenthèses, ce genre de sonnette dont on ne sait jamais si elle sonne réellement ou agit par télépathie...), un grand panneau blanc et bleu collé au mur indique en sorte de préambule : "Chefferie de Hitia". Le ton est donné.
Des trois étages, le premier est tout entier voué à la peinture. Hormis, parfois, un verre de rouge venu réchauffer le cœur angoissé de l'artiste, rien que tubes de couleurs, pinceaux de toutes tailles, toiles et chevalets. L'atmosphère ici ne respire guère la décontraction et le plaisir tranquille. Ça sent la fièvre et la souffrance. Surprise en plein travail, Vaea parait brutalement émerger d'un songe profond et agité. Avec son gros tablier tâché, ses manches retroussées et ses cheveux en bataille, elle ressemble à un manœuvre. C'est qu'elle remue des tonnes d'idées et de sensations, ouvre sans fin des milliers de fenêtres. Car, tout en demeurant fidèle à elle-même, Vaea n'en a jamais fini de changer. Son imagination est continuellement sur la brèche pour trouver le mouvement qui est lumière. Et pour arriver à ce résultat, il lui faut bannir toute vision alanguie au profit d'une vision dynamique qui écorche et saigne au besoin. Comme la vie qui se cherche, et, à chaque toile, avec force, est remise en question. Le reste n'est que mystère de la création. Mais, pour en avoir perçu l'écho éternel et grave sur ses tableaux, je soupçonne fort Vaea d'écouter lorsqu'elle peint, par delà la distance, le bruit incessant et sourd des vagues sur le récif. La plus magique invitation au grand silence du Pacifique.
Dominique CHARNAY
Mahana no TahitiLe livre de GéographieLe regard du temps ou 'A Gauguin, à mon père'VanessaLes Immémoriaux


"Tahiti vu par le regard d'un peintre dont la précision n'exclut pas la poésie"

Père Patrick O'REYLLY (Paris 1982)


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (16 février 1982)

"Vaea expose à Paris"
Quand Vaea expose c'est l'événement. Ce fut donc l'événement lors du vernissage de son exposition à la Galerie Lavignes, au milieu de la belle pirogue parisienne que constitue l'île Saint-Louis.
Vaea est à la mode du changement puisque ses nouvelles toiles donnent dans l'hyperréalisme. Cependant, elle reste fidèle à son style particulier qui s'accommode du symbolisme, de l'onirisme et même d'un certain impressionnisme (le Tupapau par exemple). A ces "ismes" manque bien sûr le surréalisme qu'elle a toujours affectionné, mais sans jamais quitter l'inspiration des scènes familières de la vie polynésienne. Elle peint avec sentiment et jette sur la toile une lumière bien particulière. Ses nouvelles œuvres aux dominantes bleu-ocre et gris en demi-teintes, voire pastellisées, sont incontestablement très ressenties et elles ne pourraient l'être à moins puisque l'hyperréalisme oblige à une fidélité parfaite au sujet.
Vaea, vêtue simple mais romantique, un sombrero gris sur la tête pour qu'on ne la perde pas de vue dans la foule, a donc accueilli ses amis, avec son éternel sourire aux lèvres et son beau regard bleu perdu dans ses rêves. Et foule il y eut. La petite galerie ne suffisait pas à contenir ses admirateurs. Le tout Tahiti de Paris était là, entouré de personnalités de Tahiti comme le docteur Jonville, Patrick Robson etc. On vit un chanteur bien sympathique en la personne de Georges Moustaki côtoyer un ancien ministre, Aymar Achille-Fould et un sénateur, Daniel Millaud. Plusieurs danseurs et danseuses des groupes de Jimmy Maraiauria, de O'Tahiti ou de Manava s'étaient placés au fond de la Galerie pour assurer une ambiance musicale, tandis qu'un solide bar dispensait punch et kir aux invités qui réussissaient à surmonter la densité excessive de population. Pendant plusieurs heures on vit ainsi défiler de nombreuses personnalités comme le R.P. O'Reilly, l'Amiral et Mme Vallaux, puis le Commissaire général de la Marine et Madame Galtier qui représentaient l'A.A.P.F avec J.M. Isabelle et Roger Cadiou. Jean-Claude Paulard avait quitté quelques instants l'Eléphant bleu pour féliciter Vaea et rejoindre son nouveau cabaret : l'Ours Blanc. Hina Sylvain confiait qu'elle avait posé pour sa sœur et l'on se prenait à rechercher les toiles sur lesquelles elle pouvait figurer.
Vaea a fait une éblouissante rentrée parisienne, souhaitons-lui le grand succès qu'elle mérite de plus en plus.
Philippe BINET
Les Immémoriaux


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DÉPECHE DE TAHITI (28 avril 1982)

"Vaea au Salon des Indépendants".
Avec sa participation remarquée au Salon des Indépendants qui se tient actuellement à Paris, au Grand Palais, jusqu'au 5 mai prochain, Vaea Sylvain est entrée dans une des plus grandes familles de la peinture française. Fêtant cette année leur 93ème anniversaire, les "Indépendants" ont en effet compté dans leurs rangs, à un moment ou à un autre de leur itinéraire, quelques uns des artistes les plus importants du siècle, du Douanier Rousseau à Yves Brayer en passant par Seurat, Odilon Redon, Van Gogh, Rouault, Vlaminck, Soutine, Gromaire, etc.
Au départ, la Société des Artistes Indépendants est née d'une révolte. Celle d'un petit groupe de novateurs las de l'omnipotence du Salon annuel. Car ce salon très officiel inauguré pour la première fois en 1667 et qui était exclusivement réservé aux membres de l'Académie Royale de peinture et de sculpture, restait encore, à la fin du siècle dernier, le sanctuaire de l'académisme. On y gagnait des médailles et les carrières des peintres consacrés ne différaient pas sensiblement de celles des hauts fonctionnaires. Et bien entendu la peinture sortant des normes était refoulée par un jury aussi draconien que décadent. Situation qui devait ainsi aboutir à la création d'un circuit nouveau afin de permettre à la jeune peinture de se faire connaître.
Ce fut d'abord, dès 1863, autour de Manet, le Salon des Refusés. Puis, sept ans plus tard, la première exposition de groupe des impressionnistes, chez le photographe Nadar. Du "beau monde" : Renoir, Monet, Sisley, Cézanne, Degas, Pissarro... Paul Gauguin, quant à lui, présentera 19 toiles à la huitième et dernière exposition du genre, en 1886. Mais, par un caprice de la destinée, il n'exposera jamais au salon des Indépendants fondé en 1884. Un salon, nous l'avons dit, ouvert à tous, "sans jury ni récompense", qui révéla, à sa deuxième édition, le maître de l'art naïf, Rousseau, dit "le douanier", dont les amours, la fausse duplicité, les mensonges, les engagements, les passions, les rêves, les maladresses et les audaces marquent la trame d'une vie à la mesure d'une légende.
D'où cet hommage que lui rend aujourd'hui le 93ème Salon des Indépendants, avec pour thème central : "le génie des naïfs"... Un véritable florilège de naïveté à la dimension de la planète ! Ses chefs-d'œuvre exposés - une centaine - viennent des quatre coins du monde et témoignent d'une force singulière et bien vivante. Même s'il n'y a pas si longtemps, au fond, que l'art naïf a trouvé sa vraie place...
En 1900, Georges Courteline en avait composé la première exposition sous le titre de "Musée des horreurs", car il semblait à cet observateur lucide de la sottise humaine, qu'il détenait avec ces toiles, le sel du ridicule et de la bizarrerie. Pourtant, il devait bientôt changer le titre qui devint "Le musée du labeur ingénu". On peut croire que la magie de cette peinture avait joué son rôle. Mais l'ascension de la considération de l'intelligentsia plastique fut lente. En même temps qu'évoluait la terminologie... Pour Wilhem Unde, les naïfs étaient "les peintres du cœur sacré". Maximilien Gauthier les baptisait "maîtres populaires de la réalité". René Huyghe voyait en eux "les peintres de l'instinct", Patrick Walberg "les peintres de l'immédiat", Raymond Naunta, pour l'exposition de 1962 à Paris, "les primitifs d'aujourd'hui". Cependant que paraissait enfin le premier dictionnaire des peintres naïfs. Et que quelques années plus tard, Anatole Jakovski, grand spécialiste en la matière, pouvait écrire : "les toiles naïves sont les véritables vitamines de l'âme. Vous en prenez une, et vous voilà transformés en un tour de main au Pays des Merveilles... Elles nous restituent tous nos paradis perdus !"
"Pays des Merveilles... Paradis perdus" : des mots qui résonnent particulièrement dans l'œuvre de Vaea. Il y a dans sa palette, tout à la fois le choc de l'inattendu par le dépaysement, le fantastique, le rêve et l'imaginaire. Et puis une audace des compositions qui recule chaque fois un peu plus les codes établis, bouscule la bienséance d'un certain académisme, taille en brèche le conformisme. C'est dire si Vaea n'a pas choisi la facilité ! En abordant les grands problèmes métaphysiques qui la hantent, elle fait route vers l'inconnu. Elle est "en recherche" perpétuelle. Et perpétuellement elle lutte contre ses peurs et ses doutes. Car il n'est pas évident de saisir l'autre côté des êtres et des choses.
Témoin cette grande toile (146 x 114 cm) intitulée "Les Immémoriaux" qui, entre les 5140 autres accrochées au Grand Palais par les 2500 artistes présents, brille d'un éclat tout particulier et révèle, s'il en était besoin, que sous le masque de la naïveté se cache parfois celui de la gravité...
Légende du tableau : " Le passé, le présent et le rêve dans la toile de Vaea, " Les Immémoriaux " exposée au Grand Palais.
Dominique CHARNAY
Les Immémoriaux


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (24 avril 1984)

Mieux connaître Vaea Sylvain
Il nous est difficile d'oublier l'exposition rétrospective d'une cinquantaine d'œuvres de Vaea que le musée Gauguin organisa en février 1979.
Curieuse démarche qu'est la sienne : née à Tahiti dans une famille d'artiste, c'est à Paris en 1972 qu'elle prend la décision de peindre. Remarquée très rapidement, elle signe un contrat avec la galerie parisienne Art et Valeur.
Dès 1974 elle exposera en France, en Allemagne, à Monte-Carlo. Bien des critiques d'art se sont penchés sur le cas " Vaea ". Citons quelques avis, Michel Faure écrit dans Libération " Elle a su échapper au syndrome Gauguin, chose pas facile quand on fait de la peinture à Tahiti ". Jean-Marie Tasset du Figaro annonce " des peintures du bout du rêve ". L'Œil magazine évoque " une artiste qui fait souffler sur ses toiles un vent de poésie venu d'ailleurs ".
Toujours en recherche et constante évolution, parfois on la trouve déroutante. Possédant une belle technique, ayant à sa disposition une grande sensibilité, elle sonde le temps, la lumière et les êtres dans un rêve lucide. C'est une peinture ni facile ni complaisante. Déjà bien des collectionneurs possèdent bon nombre de ses œuvres et pour cette année elle a accepté deux propositions d'expositions, l'une en Californie, l'autre à New-York. Nous avons la possibilité de découvrir une vingtaine de ses œuvres de différentes périodes à la Galerie Api. Notons notamment de récents dessins à l'encre de Chine et plusieurs huiles sur papier.
Patrice BREDEL
Emilia 2La lettre déchiréeMaima endormieLes angesNoteha te topita
AutiMahana no Tahiti


Préface de Roger VADIM pour le livre « Vaea – Tahiti Peinture contemporaine » 1985

Quand on parle peinture, TAHITI est synonyme de GAUGUIN. Il serait paradoxal que le public et les critiques qui ne reconnurent jamais, de son vivant, le talent de l'exilé breton, méconnaissent au nom du génie défunt des peintres qui, aujourd'hui, devraient marquer leur époque.
VAEA n'est peut-être pas le seul peintre né aux Iles sous le Vent qui mérite d'échapper à l'ombre du géant mais c'est celui qui m'a le plus impressionné. Je devrais dire " celle " puisque VAEA est une femme.
Malgré son jeune âge, son œuvre s'étale sur plus d'une décennie. Un talent insolite, onirique, exotique, érotique, unique. Tout cela rime fort bien.
Elle a créé un univers où chaque rencontre est une surprise : enfants aux yeux d'adultes, femmes élancées et terriennes dansant le rêve et le péché dans un ballet parfois inquiétant où la grâce est toujours invitée. Son œuvre est habitée de l'obsession du berceau et du lit où se mêlent fantasmes et parfois l'amant masqué, la femme brune et bleue, la blonde sévère, la fillette vêtue d'éternité.
Son inspiration poétique qui balance de l'âme à la chair est ouverte à l'avenir, à la mort, au bonheur. L'oiseau de fin du monde est blanc.
Chez VAEA tout est lascif. Ses personnages attendent l'amour. L'enfant sur le sein de sa mère est chargé d'érotique innocence. Pourtant, d'une subtile façon, son propos est aussi féministe. VAEA échappe aux clichés du folklore, du charme et de la sensualité pour aborder l'angoisse de la femme dans un contexte qui dépasse de loin les gracieuses " vahine " souriant, languides, sous les cocotiers.
Raz de marée de l'improbable - sûrement pas de l'impossible - la mer envahit la dormeuse, le lagon qui se passe des bleus et des verts hors-commerce refusés aux autres océans, se glisse sous l'oreiller.
Un des tableaux de VAEA m'a semblé très personnel. C'est une femme sous un drap, le visage est en partie découvert. On comprend à l'élégant plissé du drap protecteur que ce n'est pas un cocon, ni une matrice, plutôt une armure habillée de sillons ésotériques difficiles à décoder. La femme dort. Elle attend qu'on la comprenne et qu'on arrache le drap. Elle semble penser que personne n'aura jamais ce courage.
Elle est belle VAEA. Ses longues jambes, sa taille fine, ses yeux pers, captivants, son buste d'androgyne sont la preuve que la beauté se marie fort bien au talent, au courage et à l'intelligence.
Je rêve d'un jour où j'aurais une grande maison. Et dans cette maison un mur. Et sur ce mur le tableau d'un peintre célèbre. Et mes amis me diraient, impressionnés : "C'est un Vaea ?"
Roger VADIM - Tahiti, 1985
TEXTE DE ROGER VADIM PARU EN 1985Roger Vadim, VaeaVanessa - Paris - 1977 - Huile sur toile - 92x73 cmLe regard du temps ou à Gaugin, à mon père - Tahiti - 1978 - Huile sur Toile - 73x60 cmLes Immémoriaux - Paris - 1981 - Huile sur toile - 146x114 cmLe masque de l'Echaudé - Paris - 1981 - Huile sur toile - 92x73 cmAlcôve - Tahiti - 1973 - Mélange - 44x58 cmBougainvilliers - Moorea - 1974 - Mélange - 44x58 cmLa femme ensevelie - Tahiti - 1978 - Huile sur toile - 75x46 cm


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES de TAHITI (12 juillet 1985)

Première page : Vaea Sylvain : la vie dans les plis
Vaea Sylvain, façons d'endormi, façons d'éveillé
Aujourd'hui à la Librairie Hachette, Vaea Sylvain dédicace l'ouvrage consacré à sa peinture.

Pourquoi emprunter le titre d'un ouvrage d'Henri Michaux pour rendre hommage au meilleur peintre vivant en Polynésie ? Ce n'est pas par pédantisme. Vaea, gracile sur le fil de la vie, jongle avec les façons d'endormi et les façons d'éveillé. Elle vit dans les plis de l'existence, ces câlins amers ou ces enthousiasmes fugaces qui tissent la toile de nos jours, ce misérable petit tas de secrets. Vaea a du génie. Elle s'en défend comme elle se défendrait d'obéir à un dogme, d'entrer dans le rang des normes, de céder au bovarysme des prétendus artistes actuels. Vaea solitaire. Vaea lumineuse. Vaea rieuse... Vaea, c'est l'humeur du jour révélé par un archange.
Elle sublime tout ce qu'elle approche.
Vaea prolonge les sortilèges de l'enfance. Elle s'abîme, comme William Blake, dans les prières insolentes dont elle seule connaît le rosaire. Ses maîtres sont les pâtres de l'aube, ces peintres qui savaient exalter le frémissement d'une épaule ou d'une hanche caressée par une lueur impudique. "Touchez le nerf", vaticinait le poète... Vaea dépeint toujours ce mouvement subtil de la peau sous la lumière, l'embarquement pour Cythère. Son pinceau trace des litotes : des tifaifai froissés, des mains s'abandonnant sous le voile, des regards absents comme s'ils appartenaient déjà à une vie antérieure. Combien de vies antérieures a-t-elle vécues ? A-t-elle servi de modèle pour Pierre Bonnard ? A-t-elle longé les abysses de Francis Bacon ?
Pétrie de la prose de Bachelard - la poétique du feu ! - des digressions de René Char - capitale de la douleur ! -, Vaea est un créateur authentique. Elle accorde une sorte de grâce pathétique, meurtrie, à toutes les formes d'expression qu'elle aborde. Vaea écrit aussi. Un jour peut-être nous confiera-t-elle ses manuscrits... Ce jour-là, beauté mon beau souci, nous aurons mieux compris ce que l'initiation veut dire.
Lucien MAILLARD
La lettre déchiréeCourbe 1Sortilège engourdiLe marché de Uturoa


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (11 juillet 1985)

Toute l'œuvre de Vaea
L'artiste dédicacera vendredi le livre qui lui est consacré
Il y a des livres que j'aime particulièrement bien, ce sont ceux consacrés à l'œuvre d'un artiste. Des maisons d'édition se sont fait une spécialité et proposent ainsi une manière aisée de se composer un petit musée de poche, pliable et rangeable sur une étagère, permis d'évasion à tout moment à portée de main. Or, un matin, Teva arrive chez sa sœur : " Donne-moi tes clichés, je vais en faire un livre ? ". Un livre ?
Voilà qui lui plaît bien à Vaea qui entasse tout dans un immense " classeur " : articles, reproductions, diapos 6 x 6, c'est déjà tout un monument, le press book d'un artiste. Teva a donc fait sa moisson de clichés. Beaucoup sont de lui ou de papa, on aime bien travailler en famille chez les Sylvain... Roger Vadim passe par là, que la maquette inspire ; sur le champ il offre une préface.
C'était il y a un mois. Cette semaine, Pacific Promotion Tahiti, l'entreprise de Teva Sylvain, présente son produit au public et Vaea signera chez Hachette Vaima, à partir de 15h ce vendredi.
Il s'agit d'un beau livre. On retiendra la qualité de la mise en page et de l'impression. On retiendra surtout que ce pari hardi a été entièrement tenu à Tahiti de la première à la dernière page. On se réjouit de cette sortie car Vaea expose à Paris plus souvent qu'à Tahiti et c'est un bon raccourci sur son talent qui se révèle à travers une centaine de reproductions. Elles couvrent une dizaine d'années de travail et de recherche et nous font participer à l'engagement toujours plus profond de Vaea dans son art.
Depuis les rêveries surréalistes des premières toiles aux tifaifai hyperréalistes à la charnière des années 80, des jardins fleuris et enchantés explosant de couleurs aux dernières toiles où se révèle une nouvelle façon, c'est un doux plaisir que de déambuler de page en tableau, de tifaifai en bouquets de burau, c'est ici et ailleurs à la fois et dans ce monde léger Vaea seule peut servir de guide.
Claude MARERE
Le regard du temps ou 'A Gauguin, à mon père'Le marché de UturoaFemme enceinteJardinVanessa


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (13 juillet 1985)

Vaea Sylvain dédicace son ouvrage chez Hachette Vaima
Les années de la consécration ont été longues à venir mais Vaea Sylvain a atteint son Panthéon et de son vivant. Son ouvrage, qui retrace une carrière déjà longue et fertile en grands moments, est en vente depuis quelques jours chez Hachette Pacifique. Hier après-midi, en présence de très nombreux admirateurs, l'artiste a dédicacé ce merveilleux porte folio, qui comporte d'excellentes reproductions de ses plus beaux tableaux.
Un style aisé, pour une artiste en verve. Des racines profondes, un papa illustrateur de génie, une maman douce et compréhensive, Vaea a de qui tenir, et elle l'a prouvé, à maintes reprises déjà, en signant quelques-unes des toiles les plus mémorables de l'art pictural contemporain local. On se surprend à s'attarder devant quelques huiles finement ciselées. Le souci du détail, l'attrait du symbole, chaque élément d'une toile de Vaea mérite son détour du regard. Rien à redire, si ne n'est que Vaea a fidèlement accompli la première partie de son chemin. Depuis près de quinze ans qu'elle expose un peu partout dans le monde, voilà un ouvrage qui parle de lui-même, sensibilisant chaque amateur à son propre style, fin, aéré, divinatoire.
En vente chez Hachette Pacifique, pour tous ceux qui aiment Vaea et les merveilleuses couleurs de ses toiles.
J.P.M.


COURRIER 2000, (Septembre 1985) (Edito)

A NOS LECTEURS
Art et culture, deux mots qui, à eux seuls, donnent aux plus grands reporters de revues et magazines la possibilité d'entreprendre les passionnants reportages permettant de différencier les hommes, et cela depuis des millénaires.
La couverture du magazine Courrier 2000 représente " Revivance ", huile sur toile, 1980. Vaea en est le maître d'œuvre. Dans les colonnes de notre magazine, nous vous faisons mieux connaître Vaea Sylvain.
Je voudrais toutefois apporter des détails qui m'ont personnellement frappé. Vaea vient, en ce mois de juillet 1985, de dédicacer un ouvrage " Tahiti, peinture contemporaine ", préface de Roger Vadim. Cet ouvrage est en vente dans toutes les librairies, pour ceux qui ne possèdent pas encore ce chef-d'œuvre, hâtez-vous. Je ne transcris pas cette préface de Roger Vadim, mais quelques phrases m'ont particulièrement marqué. Je cite :
" Vaea n'est peut-être pas le seul peintre né aux Iles du Vent qui mérite d'échapper à l'ombre du géant, mais c'est celui qui m'a le plus impressionné. Je devrais dire "celle" puisque Vaea est une femme.
Je rêve d'un jour où j'aurais une grande maison - et dans cette maison un mur, et sur ce mur le tableau d'un peintre célèbre. Et mes amis diraient impressionnés : "C'est un Vaea". Roger Vadim.
Un ouvrage de l'art, de la culture, mais derrière tout cela se cache un artiste qui a réalisé l'ouvrage, il veut rester dans l'ombre, mais ses talents, ses qualités, son sérieux ne peuvent m'empêcher d'en parler.
Connaître Tahiti c'est un rêve de tous ; faire connaître Tahiti c'est le domaine des artistes. Aujourd'hui, nos artistes se nomment Sylvain.
Vaea, la peinture, l'art. Teva, cet artiste photographe qui permet de faire connaître Tahiti dans le monde entier.
Vaea et Teva doivent leurs talents à un grand monsieur, A. Sylvain, à qui nous réserverons un reportage exclusif dans nos prochaines éditions.

Jean LUCIANI


COURRIER 2000 (Septembre 1985)

VAEA
" Depuis que nous sommes enfants, avec mon père, ça a toujours été la musique, la photo, la peinture, l'art quoi, alors comment ne pas dédicacer ce livre à mon père ? " Vaea commence ainsi notre entretien, en parlant de son père et sa mère, son père qui est pour beaucoup dans sa passion pour l'art.
Le livre sur ses œuvres, c'est son frère Teva qui l'a réalisé, monté, a choisi les caractères, tout fait pour mettre en valeur dans cet ouvrage les très beaux tableaux de sa sœur.
Vaea n'a pas commencé tout de suite par la peinture, elle a d'abord fait du montage de films dont son frère Teva était la vedette avant d'essayer la chanson en faisant deux génériques de films.
A 22 ans, elle prend un crayon, et c'est la découverte : le plaisir de voir la ligne s'étaler sous la main, le plaisir intense de créer une image, toute seule. " A partir de cet instant, c'était tout droit, par là. J'avais trouvé mon élément ". " Le moindre trait jusqu'à aujourd'hui, me révèle à moi-même, je cherche tout le temps ".
Elle pourrait s'arrêter à un style, se cantonner dans une école, ne serait-ce que " l'école Vaea ", mais non, elle laisse son imagination galoper à l'extrémité de son pinceau. Pas de sujets de prédilection mais en gros, on retrouve les grands fantasmes du monde : la vie, l'amour, la mort.
Elle a commencé la peinture à Paris lorsqu'elle s'y est rendue en1972, pour changer d'air, et durant cinq ans, elle a peint en ne regardant pas ce que faisaient les autres ; enfermée dans sa tour d'ivoire, elle a peint des journées, des nuits entières pour son propre plaisir fermant son regard au travers des autres peintres afin de ne pas être influencée, et créant ainsi son style qui est en fait une quête de soi, de vérité profonde : au moyen âge, Vaea aurait sans doute été à la recherche du Graal, elle cherche à se connaître, à faire dire à la toile ce que les mots ne peuvent exprimer et elle y arrive : " J'ai commencé à m'intéresser aux autres au moment où je me suis sentie assez forte dans ma technique. "
Au bout de deux ans de peinture, Vaea décrochait son premier contrat pour des expositions, un " coup de chance " comme elle le dit elle-même, mais quelqu'un d'autre s'occupait de ses expos.
Elle n'a jamais fréquenté une école de peinture ; " je n'aime pas l'école, je suis timide ", elle avait du talent, cela a suffi.
" Je suis toujours fâchée d'avoir fini un tableau, au début je déchirais la plupart de mes œuvres qui ne me plaisaient pas, puis j'ai appris à utiliser mes erreurs. " " A Tahiti, la peinture n'a pas de c... , elle est trop anecdotique, mais il y a des gens qui me plaisent et qui font des choses pas mal. "
" Tahiti pourrait passer sur le marché international de la peinture, ici, on travaille un peu en circuit fermé et ça manque terriblement d'oxygène, on en devient nombrilistes. Les Tahitiens sont doués, il y a des gens qui peignent pas mal, ils sont timides, ils ont pourtant un vécu, un sens atavique qui pourrait être très intéressant. "
La peinture et la vente sont deux choses conflictuelles, il faut vendre pour vivre mais il ne faut pas se trahir, faire dans le commercial : de ce côté-là, pour Vaea, Tahiti est invivable, elle vend à l'étranger mais très peu à des gens du pays. Elle peint et n'a pas de problèmes pour vendre, heureusement pour elle, elle vient de décrocher un contrat avec les U.S.A.
Chacun en ce bas monde recherche sa voie, son mode d'expression qui lui permettra de dire aux autres qui il est, ce qu'il est d'une manière ou d'une autre. Si certains ont du mal à trouver un mode d'expression, ce n'est pas le cas de Vaea, elle a trouvé sa voie, son mode d'expression pour dire au monde entier ce qu'elle ressent, au jour le jour, bon an, mal an, et le résultat est beau, criant de vérité et de simplicité comme elle, sans fard ni postiche, terriblement humain.
Claude SERRA


VOGUE JAPAN
VOGUE JAPAN August 1985

traduction en cours.
Kumi Matsumaru


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (11 juillet 1985)

Quand on parle peinture, TAHITI est synonyme de GAUGUIN. Il serait paradoxal que le public et les critiques qui ne reconnurent jamais, de son vivant, le talent de l'exilé breton, méconnaissent au nom du génie défunt des peintres qui, aujourd'hui, devraient marquer leur époque.
VAEA n'est peut-être pas le seul peintre né aux Iles sous le Vent qui mérite d'échapper à l'ombre du géant mais c'est celui qui m'a le plus impressionné. Je devrais dire " celle " puisque VAEA est une femme.
Malgré son jeune âge, son œuvre s'étale sur plus d'une décennie. Un talent insolite, onirique, exotique, érotique, unique. Tout cela rime fort bien.
Elle a créé un univers où chaque rencontre est une surprise : enfants aux yeux d'adultes, femmes élancées et terriennes dansant le rêve et le péché dans un ballet parfois inquiétant où la grâce est toujours invitée. Son œuvre est habitée de l'obsession du berceau et du lit où se mêlent fantasmes et parfois l'amant masqué, la femme brune et bleue, la blonde sévère, la fillette vêtue d'éternité.
Son inspiration poétique qui balance de l'âme à la chair est ouverte à l'avenir, à la mort, au bonheur. L'oiseau de fin du monde est blanc.
Chez VAEA tout est lascif. Ses personnages attendent l'amour. L'enfant sur le sein de sa mère est chargé d'érotique innocence. Pourtant, d'une subtile façon, son propos est aussi féministe. VAEA échappe aux clichés du folklore, du charme et de la sensualité pour aborder l'angoisse de la femme dans un contexte qui dépasse de loin les gracieuses " vahine " souriant, languides, sous les cocotiers.
Raz de marée de l'improbable - sûrement pas de l'impossible - la mer envahit la dormeuse, le lagon qui se passe des bleus et des verts hors-commerce refusés aux autres océans, se glisse sous l'oreiller.
Un des tableaux de VAEA m'a semblé très personnel. C'est une femme sous un drap, le visage est en partie découvert. On comprend à l'élégant plissé du drap protecteur que ce n'est pas un cocon, ni une matrice, plutôt une armure habillée de sillons ésotériques difficiles à décoder. La femme dort. Elle attend qu'on la comprenne et qu'on arrache le drap. Elle semble penser que personne n'aura jamais ce courage.
Elle est belle VAEA. Ses longues jambes, sa taille fine, ses yeux pers, captivants, son buste d'androgyne sont la preuve que la beauté se marie fort bien au talent, au courage et à l'intelligence.
Je rêve d'un jour où j'aurais une grande maison. Et dans cette maison un mur. Et sur ce mur le tableau d'un peintre célèbre. Et mes amis me diraient, impressionnés : "C'est un Vaea ?"
Roger VADIM
La lettre déchiréeMarevaFolie ou le HealerTifaifai de MamieLe regard du temps ou 'A Gauguin, à mon père'


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (13 juillet 1985)

Dédicace de Vaea Sylvain chez Hachette Pacifique

Hier après-midi à la librairie " Hachette Pacifique " au centre Vaima, Vaea Sylvain dédicaçait l'ouvrage consacré à sa " peinture contemporaine ". Cet instant toujours privilégié qu'est la rencontre de l'artiste et de son public à l'occasion de la parution d'une œuvre avait trouvé le cadre adéquat : le coin des " beaux livres " de la librairie, tout à côté des cartes postales et autres calendriers du " grand " frère Teva et de la devanture du magasin pavoisé d'affiches d'exposition, de tableaux, de posters de Vaea et de jaquettes du livre en question.
L'ouvrage est soigné, " entièrement réalisé à Tahiti ", Roger Vadim, agrémenté de citations de Lydie Adolphe, et comprend dans des formats très différents 60 des 400 toiles réalisées par Vaea depuis 1972.
Teva Sylvain avait eu l'idée de réunir pour la première fois dans un livre les meilleurs tableaux de Vaea et, avait opéré la sélection et conçu l'album. Cette manifestation avait d'autant plus d'importance ici que Vaea expose surtout à Paris.
Eprouvée mais visiblement très satisfaite, cette ambassadrice de la peinture polynésienne en métropole, et dans le monde (elle prépare une exposition à New-York et Los Angeles) devait ensuite convier quelques amis à un pot au " Roll's Club ", où l'on pouvait remarquer Jacques Teheiura. Des toasts étaient portés au succès de cette œuvre. Joignons-nous nous aussi à ce vœu.

Légendes des photos :
Pour respecter la tradition bien polynésienne qui veut que tout se termine par un cocktail, les amis de la famille Sylvain se sont retrouvés le soir au " Roll's Club ".

Vaea dédicaçant l'album de Mme Hugues.

A la librairie " Hachette Pacifique " au Centre Vaima, Vaea Sylvain a signé hier durant toute l'après-midi le livre qui retrace pour elle dix années de travail.


Geo
GEO
Décembre 1985
Who's who


" Vaea, comme la mer toujours renouvelée, avec ses nouvelles toiles, faites de traces qu'elle laisse quelque part dans le cœur et l'esprit. "

Robert ENRICO, 1986


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES de TAHITI (16 mai 1986)

Le rôle d'agitateur n'est pas la moindre fonction de l'artiste dans une société insulaire, engourdie dans ses goûts et trop souvent conformiste dans ses prétendus enthousiasmes. Le triomphe suspect de l'aquarelle prouve d'ailleurs qu'à Tahiti l'on confond fréquemment les chromos et l'art…
Il est heureux, dans ce contexte peu sensible aux révolutions culturelles, qu'un certain nombre de fortes personnalités rompent avec la docilité mercantile et la médiocrité touristique.
Vaea est une insurgée. Elle pratique la rébellion avec une candeur déconcertante. Elle trace son chemin en dédaignant les modes, en méprisant les compromis. Son discernement, c'est ce souci de l'égard… Derrière les visages clos, sous les plis des tifaifai, elle traque le mystère de ces consentements muets, de ces vies suspendues entre ciel et eau. Sa peinture, pétrie de tendresse et d'anxiété, est un perpétuel compliment lancé au jour, à la lumière. Sous le sarcasme, elle perçoit le rire. Sous l'œil sage, la turbulence des nuits.
" Un peu de sens critique et de déconnage " lui soufflait à l'oreille, il n'y a pas si longtemps, Roland Topor, le dernier roi rieur du collège de Pataphysique. Vaea peint et vit au confluent de ces cultures qui ne cessent, d'ordinaire, de s'éviter, de se frôler. Elle force les malentendus, les aveuglements imbéciles. Elle restitue, entre Queneau et Shepard, les leçons d'amour fol de Dylan Thomas, de Francis Bacon. Vaea décèle, dans nos pupilles éteintes, ce que nous n'osons plus voir. Elle surprend nos détresses. Elle les immobilise dans les langueurs de la somnolence…
Dans ses encres de Chine et ses huiles, Vaea a banni l'anecdote. Elle recrée Tahiti comme nous l'avons inventée, enfants, dans nos songes antipodistes.
Lucien MAILLARD
Email taille one3 MusiciensHémisphère SudMon lit à Bora-Bora


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (20 mai 1986)

Page 3 : Vernissage " Vaea - Jean Claude Michel " à la Galerie Atea 45
C'était la fête à Atea 45 pour le vernissage de Vaea et Jean-Claude Michel, un vernissage qui pour une fois réunissait peinture et sculpture, deux arts qui pourtant n'en font qu'un, la plastique.
Avant que le public ne se présente à la galerie, un peu à l'image d'une ruche, chacun débordait d'activité, se préparant à accueillir ceux qui quelques minutes plus tard, allaient accourir en nombre. Tandis que les uns préparent le punch et de grands plateaux de charcuterie et de petits fours, Vaea tourne en rond, s'affole, en proie à ce que les comédiens appellent le trac. Quant à Jean-Claude Michel, très calme, il contemple heureux et satisfait le résultat de nombreux jours de travail, fier de ce que le public découvrira dans quelques instants.
L'un et l'autre, il est vrai, n'ont ménagé ni leur peine, ni leur temps, apportant à la réussite de cette exposition le meilleur d'eux-mêmes, aidés en cela par le reste de la troupe, les dix autres membres de l'Association Contemporaine des Artistes de Polynésie. Paradoxalement, ces deux artistes totalement différents l'un de l'autre ont réussi à créer une unité, une ambiance très confortable faite de la chaleur des bois de Jean-Claude et des couleurs particulièrement crues de Vaea.
" Ce confort est à l'image de notre relation, dit Jean-Claude Michel, dans laquelle chacun apporte ce qu'il a de façon parfois anarchique, mais dont il sort quelque chose d'harmonieux ".
Lorsque le public aura fait son entrée peu après 18 heures, ce sera encore l'image et l'ambiance de la fête qui s'imposeront, une ambiance affective dont Jean-Claude Michel et Vaea étaient sans aucun doute les instigateurs.
Page 11 : Vaea persiste... et signe
Certains mots, certains noms évoquent à eux seuls cette tendresse, cette sorte de lascivité tropicale qui suscite le rêve, la quiétude et l'amour. Vaea est de ceux-là. Pour le prononcer, les lèvres s'entrouvrent à peine, se referment pour se rouvrir aussitôt, dans un mouvement imperceptible, comme pour se rouvrir, aussitôt, dans un mouvement imperceptible, comme pour un cri étouffé. Il porte en lui poésie et mystère. A Tahiti, on le chante presque. A Paris, il a fait florès, critiques et élégantes de la Capitale l'ont murmuré avec délice, devant les œuvres de celle qui le porte avec ce panache souriant et légèrement ironique des filles du soleil.
Vaea nous est revenue. Elle expose en ce moment à la Galerie Atea 45. Mais notre propos ne sera pas, ici, de revenir sur les toiles exposées, l'ami Henri Crocq y ayant consacré un excellent article dans ces colonnes, tout récemment.
Nous nous contenterons d'évoquer, à l'occasion de l'événement, l'album consacré à la jeune artiste et intitulé : " Vaea - Tahiti - Peinture Contemporaine ", dont on a, à notre avis, trop peu parlé en Polynésie Française.
Cet album de luxe, superbement préfacé par Roger Vadim, présente la reproduction de 91 toiles de Vaea soulignées parfois par quelques très belles citations philosophiques tirées de " La Dialectique des Images chez Bergson ", de Lydie Adolphe.
Homme de goût, fin psychologue de l'âme féminine, homme d'images (puisqu'homme de cinéma) Vadim a su capter les motivations et les secrets desseins de l'artiste, aussi bien que pénétrer les arcanes de son œuvre :
" Elle a créé un univers où chaque rencontre est une surprise : enfants aux yeux d'adultes, femmes élancées et terriennes dansant le rêve et le péché dans un ballet parfois inquiétant, où la grâce est toujours invitée. Son œuvre est habitée de l'obsession du berceau et du lit où se mêlent fantasmes et parfois l'amant masqué, la femme brune et bleue, la blonde sévère, la fillette vêtue d'éternité.
Son inspiration poétique, qui balance de l'âme à la chair, est ouverte à l'avenir, à la mort, au bonheur. L'oiseau de fin du monde est blanc. "
On parcourt cet album avec un plaisir que chaque page, que chaque visage, que chaque attitude ou que chaque objet renouvelle. Les mille facettes du talent de Vaea brillent ici avec un éclat qui fait scintiller les symboles, les plis d'un tissu, les yeux innocents ou pervers de personnages que l'on pourrait croire de légende.
Edité par Pacific Promotion, à Tahiti même, " Vaea " est de ces albums précieux, de qualité, que l'on aime à conserver pour la joie secrète de le regarder souvent, longuement. Il est l'un des témoignages de l'art vivant, celui qui enrichit la mémoire du patrimoine des peuples et qui imprime des traces de Beau dans leur esprit. " Il y a depuis des siècles des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement. Ce sont les artistes ".
M. PHILIP
VanessaTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'MiriBobby


LA DEPECHE DE TAHITI (17 avril 1986)

Inauguration de " Atea 45 " - 12 artistes accèdent à l'autonomie
(…)
Située au 45 de la rue du Commandant Destremeau, la Galerie Atea 45, du nom d'une légendaire déesse du Panthéon polynésien, accueillera en effet à longueur d'année des expositions permanentes de 12 peintres et sculpteurs de Polynésie. Regroupés au sein de l'ACAP, Association Contemporaine des Artistes de Polynésie, ils réussissent ainsi le pari d'accéder eux aussi à " l'autonomie ", en se dégageant en partie du circuit commercial traditionnel, et en réalisant ainsi le vieux rêve du maître Gauguin, l'Atelier des Tropiques. Loin d'être cependant un atelier au propre sens du terme, cette galerie sera pourtant un lieu de création, car lieu d'exposition de la production artistique contemporaine de Polynésie.
Hors de question pour Atea 45 en effet, de tomber dans la " facilité touristique " des paysages et aquarelles mille fois vus et revus, car si une sélection naturelle s'est opérée au niveau des peintres et sculpteurs, cette sélection se poursuivra au niveau des œuvres à exposer.
(…)
Vaea, cet incomparable et énigmatique sourire, à qui l'on demande de parler de son travail, et qui ne sait que dire : " Oh ! Là là !… " dans un grand éclat de rire. Nul doute cependant que son monde de couleurs et de " féminitude " provoquera de la part du public de nombreux commentaires plus prolixes, mais certainement très admiratifs.
(…)

Thierry ROUAULT


TÉLÉGRAMME DE G. ARTUR du 7 mai 1986

Vu importantes œuvres avant-garde au Grand Palais et Salon Montrouge permettant mieux situer originalité ta peinture. Poursuis fortement dans ta voie. Affection.

G. ARTUR


TAHITIRAMA
TAHITIRAMA (12 au 16 mai 1986)

En exposant à Paris, Los Angeles et un peu partout dans le monde, Vaea Sylvain avait, depuis plus de 7 ans, délaissé son public de Tahiti - sa dernière exposition au Musée des Iles remonte à 1979.
Si son livre, au demeurant fort réussi, permit à certains de combler cette attente, d'autres espéraient bien qu'un jour ou l'autre Vaea accrocherait ses nouvelles toiles aux cimaises d'une galerie locale. Un vœu qui va enfin être exaucé.
Déjà présente avec quelques unes de ses œuvres, lors de l'ouverture de Atea 45, Vaea prépare, dans cette même galerie, une exposition de ses dernières huiles, sur papier ou sur toile, ses tifaifai (très beaux, Vaea se veut gardienne des traditions) et d'autres œuvres très originales, symbioses de peinture et de sculpture réalisées en harmonie avec Jean-Claude Michel, un sculpteur sur bois locaux bien connu à Tahiti.
Cette alliance d'un sculpteur et d'un peintre au " feeling " si proche, renouvelle le culte de la beauté. Ces œuvres sont de véritables sources permanentes de mystère où l'amateur aimera plonger à la rencontre de l'inconnu.
Cette exposition sera, sans aucun doute, l'événement artistique de l'année.
Outre les œuvres communes avec Vaea, Jean-Claude Michel, réel animateur de matière, exposera une quinzaine de ses sculptures, des créations insolites issues d'un mariage étrangement réussi de figuratif et d'abstrait.
Comme le dit l'artiste : " Les sculptures de visages humais sont des clés ".
A chacun de découvrir quelles portes ces clés peuvent ouvrir. Gageons que le public saura en faire bon usage.
Vine TatahiMon lit à Bora-BoraLe marché de Uturoa 1985Penser


LA DEPECHE DE TAHITI (14 mai 1986)

La peinture de Vaea qui se situe dans le nouveau réalisme, présente des caractéristiques très différentes de celles de l'hyperréalisme bien qu'elle utilise parfois la photo à titre de document. L'attitude, apparemment passive, qui consiste à reproduire des éléments photographiques est, nous dit Vaea, une méditation devant la réalité (à laquelle le peintre refuse d'imposer son moi) qui ouvre les portes de l'imaginaire.
C'est en effet dans l'inconscient que le jeu pictural se déroule et le tableau naîtra en quelque sorte de lui-même, à la manière d'un puzzle.
L'image représentée dans les huiles sur toile de Vaea, volontairement banale, proche de la carte postale, doit être comprise comme un support suffisant pour déclencher l'impact visuel. C'est de cet impact visuel servi par l'intensité des coloris, que naîtra l'étrangeté du tableau. Ainsi, même lorsqu'elle refuse de dire son émotion au départ, en reproduisant exactement une image, le peintre sait qu'elle apparaîtra mystérieusement au niveau du spectateur troublé.
Dans les huiles sur papier de Vaea, une technique différente favorise le jeu des harmonies chromatiques et la couleur apparaît comme l'argument essentiel. Les tifaifai et les coussins qu'elle utilise sont là pour restituer l'atmosphère de l'intérieur tahitien, et non comme des motifs étudiés pour eux-mêmes. Mais c'est bien plus loin que dans cet intérieur de fare tahitien que nous transportent ces peintures. Le jeu des plis innombrables du tissu et tous leurs rythmes c'est aussi l'eau, le torrent, la forêt ou la mer. Et les coussins deviennent des cimes parées de fleurs géantes, ou encore des personnages énigmatiques.
N'est-ce pas ce second plan de la vision, et non pas la chose montrée, qui constitue le vrai mystère du tableau où, finalement tout est paysage intérieur.

Henri CROCQ


LE NOUVEAU JOURNAL DE POLYNESIE
LE NOUVEAU JOURNAL DE POLYNESIE (16 mai 1986)

Vaea Sylvain et Jean-Claude Michel exposent leurs œuvres à la Galerie Atea 45 à partir de ce soir.
Subtil mélange que celui qui vous est proposé par cette réunion d'un peintre et d'un sculpteur.
Une seule exposition, mais deux œuvres différentes et complémentaires... deux personnages aussi.
- Le tableau hors du temps
Vaea, c'est l'insouciance, la joie de vivre. Elle cisèle ses personnages, les façonne de ses doigts pour mieux les sentir. Elle a déjà participé à de nombreuses expositions. La presse métropolitaine a plusieurs fois parlé d'elle... et avec raison.
C'est une artiste à part entière qui articule sa vie autour de son art.
" Je vis pendant que je peins, oui, je suis vivante ".
Comment mieux définir cette tendresse qui éclate dans tous ses tableaux. Les tifaifai s'envolent sous des coussins de nuage. Cieux bariolés de l'intimité polynésienne. Ses personnages semblent sortir de leur cadre. Ils explosent sans fausse honte aux yeux de l'admirateur.
On les croirait sortis du temps... comme s'ils n'avaient pas d'âge.
Jeune fille assise sur le port et contemplant obstinément l'horizon. Que se passe-t-il derrière la toile ? L'œil s'accroche aux détails qui en eux-mêmes sont une succession de tableaux.
L'émotion, c'est sûrement le maître mot qui dirige l'âme du peintre.
" L'émotion, l'impulsion et la raison se rejoignent ".
L'aboutissement d'une palette aux couleurs magiques. Le rêve réaliste ou la réalité imaginaire ? Impossible de rester insensible. La transcendance d'un désir en tout cas, du désir, celui de pénétrer l'intimité de la toile, d'être un acteur plus qu'un observateur, de toucher le personnage. Vibrer sous le pinceau et revivre une fois encore dans l'œuvre.
Epouser la scène immobile qui peu à peu s'anime dans la pensée. Le tableau s'émeut de lui-même, il vit.
Où se trouve réellement la toile ? Cette jeune fille qui pleure tenant une lettre déchirée... ou alors cet homme immobile le regard traversant la fenêtre du tableau.
(...)
- Sentiments
Les deux artistes exposeront jusqu'au 31 mai. C'est sans doute l'occasion de saisir leurs émotions et leurs sentiments.
Pureté et magie ne sont que deux éléments de cette réunion qui enchantera tous les amateurs éclairés en quête d'un certain renouveau dans la conception de l'œuvre d'art.
Marc NARI


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES de TAHITI (17 mai 1986)

Page 1 : A la découverte d'authentiques créateurs : Vaea et Jean-Claude Michel
Brillant vernissage de Vaea et Jean-Claude Michel
L'expression et les commentaires des nombreuses personnes présentes hier soir au vernissage de l'exposition de peintures et de sculptures de Vaea et Jean-Claude Michel traduisaient un véritable émerveillement. Il est en effet difficile de rester insensible aux suaves exhalaisons de ces tifaifai froissés, tous empreints de la personnalité fascinante qu'est celle de Vaea. Vaea heureuse du plaisir qu'elle faisait à ses invités, à ses parents, présents pour partager le succès de leur fille.
Les sculptures de Jean-Claude Michel disposées harmonieusement dans la galerie ne pouvaient que se fondre dans un ensemble " d'objets à vertiges ". Cette union de talents créatifs constitue indéniablement l'événement artistique de cette année 1986 à Tahiti.


LE NOUVEAU JOURNAL de POLYNESIE
LE NOUVEAU JOURNAL de POLYNESIE (21 mai 1986)

Vaea Sylvain et Jean-Claude Michel ont reçu dans leur univers magique
De nombreux visiteurs ont tenu à assister au vernissage de Vaea Sylvain et de Jean-Claude Michel à la galerie Atea 45, vendredi soir.
Dans la foule d'admirateurs qui se pressaient autour des œuvres des deux artistes, il était possible de remarquer de nombreux peintres du territoire.
Henriette Robin, Christian Deloffre, Jean Dubrusk, Ruy Juventin ont témoigné par leur présence de toute leur sympathie envers Vaea et Jean-Claude.
Un vernissage réussi qui promet pour la suite de l'exposition. Les amateurs d'art s'étaient tous donnés rendez-vous dans cette galerie qui pourrait bien devenir d'ici peu de temps le centre d'une nouvelle culture artistique en Polynésie.
Pour l'heure, il s'agit juste de consacrer - mais en ont-ils besoin ? - ces deux maîtres d'œuvres, ces deux bâtisseurs hors du temps.
Toiles et sculptures sont réunis pour former un fabuleux décor, et modeler une atmosphère magique. Vaea Sylvain et Jean-Claude Michel vous attendent jusqu'au 31 mai à la galerie Atea 45.
N'hésitez pas, courez-y dès que possible, vous ne le regretterez pas.
C'est l'occasion de pénétrer dans un univers étrange où sensations et émotions sont les seules articulations, les concepts originels.
Marc NARI


TÉLÉRAMA
TÉLÉRAMA (Paris, 20 août 1986)

DUEL DANS LE PACIFIQUE.
RECETTE DU BLUE-LAGOON REVUE ET CORRIGÉE PAR LE REPORTER - UNE DOSE DE VAEA BIEN FRAPPÉE - TROIS MESURES DE MILLIARDAIRE UN PEU GIVRÉ - UN ZESTE DE DÉCADENCE - SERVIR AVEC LE GANT QU'ON VIENT DE RELEVER - SUR LA ROUTE DE MOOREA, L'ALCOOL FAIT PARFOIS LES HÉROS...

Toi, le Français, tu viens avec nous, a dit Walker, tu feras l'interprète. Et s'il y a de la bagarre, j'ai demandé. S'il y a de la bagarre, tu bouges pas. Tu restes neutre. Dans cette histoire, t'es comme la Suisse, OK ?
- OK, j'ai dit. Je me lançais sans doute dans une sale affaire, mais je n'avais pas le choix : en tant que représentant de la France, de l'esprit de Genève et de Télérama réunis, il s'agissait de faire bonne figure. Et après tout, Walker, Vaea, les sudistes et moi, on était sur le même bateau.
On était tous sur le même bateau, et ce n'était pas une façon de parler : j'avais embarqué le matin même à bord du Devine Decadence (sic !) splendide voilier de 27 mètres immatriculé à Jersey, propriété de Walker Inman, milliardaire fou, américain de Caroline du Sud.
En fait, pour moi, tout avait commencé la veille. La nuit venait de tomber, je traînais au bar du Beach Comber, le grand hôtel de Tahiti, l'endroit où il faut être quand la nuit tombe, lorsque j'ai rencontré Vaea.
Tahitienne aux cheveux presque blonds et aux yeux tout à fait verts, Vaea (prononcez : Va-ï-a) est un des personnages de l'île. Quand elle entre dans un bar - les bars constituent de toute évidence son lieu de prédilection - on ne voit qu'elle.
Les mauvaises langues disent que Vaea dérape complètement : trop d'alcool, trop de mecs, trop de tout. Les autres reconnaissent qu'elle est un des meilleurs peintres du territoire. Peut-être même le meilleur. Et ici, quelques quatre-vingt-dix ans après le dernier séjour de Gauguin à Tahiti, la peinture, ça compte.
Bon, on s'est assis à une table au bord de la piscine, Vaea a commandé deux bloody-mary, un pour elle et un pour moi, plus un pastis.
- C'est pour qui le pastis ? j'ai demandé.
- C'est pour Walker, elle a dit. Tu vas voir, c'est un type fantastique. L'autre nuit, on était ensemble au troisième siècle, je vais rester avec lui des millions d'années...
- Ah bon ! j'ai fait.
Vaea m'a expliqué qu'elle connaissait Walker depuis à peine une semaine, mais qu'elle était tombée amoureuse de lui au premier regard. Moi, je me suis mis à méditer sur cette histoire de troisième siècle, et puis, tout à coup, j'ai entendu un grand hurlement, une sorte de cri de guerre, qui semblait venu, justement, du fond des âges : Walker venait de nous rejoindre.
- Nice to meet you, j'ai dit.
- RRRRAGE, a hurlé de nouveau Walker. Allez, crie RAGE avec moi. Il faut crier RAGE. C'est la fureur, la passion, le déchaînement. J'ai crié R A G E, le plus fort possible. Nos voisins de table ont déménagé à l'autre bout du bar.
- Pas mal, a dit Walker, qui a alors consenti à me broyer la main.
- Vous êtes Américain ? j'ai demandé en essayant de compter si j'avais encore tous mes doigts.
- Je ne suis pas Américain, il a répondu. Je suis un confédéré. J'habite les C.S.A. (Confederate States of America), tu vois ce que je veux dire ?
Je voyais : Autant en emporte le vent, le Général Lee contre le Général Grant, les champs de coton, tous ces trucs... J'étais tombé sur un vrai sudiste, un de ces types qui se referaient volontiers une petite guerre de Sécession, si l'occasion s'en présentait.
En attendant cette éventualité, Walker, héritier d'une famille richissime (plantations et compagnie) n'avait pas grand chose à faire. D'où l'idée qui lui était venue quelques mois plus tôt, de s'offrir un luxueux bateau et de partir pour un tour du monde.
J'ai regardé mon nouveau copain : grand, fort, moustache à la gauloise et cheveux en bataille, une sorte de géant rabelaisien aux yeux pétillants, capable d'ingurgiter des quantités ahurissantes d'alcools les plus divers. Plutôt sympa pour un sudiste.
Quand il a proposé de m'emmener le lendemain à Moorea, l'île en face, la petite sœur de Tahiti, j'ai dit oui bien sûr. Walker a hurlé un coup, et on est allé sur le voilier écluser quelques bouteilles de Jack Daniels, ou de champagne, je ne sais plus très bien.
Je ne me souviens plus très bien non plus de la traversée. Il faisait beau et chaud, pour citer la célèbre contrepèterie belge. Walker cuisinait des côtelettes au barbecue. Les trois autres sudistes, de vieux potes à lui, jouaient à la pêche au gros.
Quant à moi, allongé sur le pont, un verre de Marguerita à la main, je regardais les voiles claquer dans le ciel du Pacifique, en me demandant comment faire pour épouser une milliardaire. Bref, c'était une bien belle balade, on écoutait Budy Holly chanter Peggy Sue.
Le Devine Decadence ressemblait à un coin de paradis.
Et puis Vaea a commencé à raconter l'histoire d'un type de Moorea qui avait des toiles à elle et qui ne voulait pas lui rendre, et qui se foutait du monde, ou quelque chose comme ça.
Et puis Walker a dit que c'en était trop, qu'un vrai sudiste ne pouvait pas laisser traiter ainsi la femme de sa vie, et que cette affaire avait assez duré, et que l'autre allait voir de quel bois on se chauffait dans les plantations de Caroline du Sud, et qu'on allait régler ça illico.
Justement, on venait de franchir la passe sur la barrière de corail, et on entrait dans le lagon. On a jeté l'ancre et Walker a organisé le commando : l'expédition à terre comprendrait Vaea et lui, deux des sudistes dont l'énorme Ronnie, et moi. Walker m'a tendu deux gigantesques poignards gainés de cuir.
- Et voilà comment une promenade commencée en voilier de luxe finit en galère, j'ai remarqué finement.
- Quoi ? a demandé Walker.
- Rien, j'ai répondu, c'est trop dur à traduire en anglais ; mais explique-moi... ça va être le carnage ?
- Qu'est-ce que t'imagines ? a dit Walker. Je suis un homme d'honneur. Si ce type résiste, ou s'il insulte l'un d'entre nous, je veux le provoquer en duel. Les deux couteaux, c'est juste pour lui laisser le choix des armes.
Sur ce, on a sauté dans le Zodiac. Le soleil se couchait derrière les montagnes de Moorea. C'était très romantique. Un instant, j'ai cru voir flotter la bannière confédérée tout en haut du grand mât du Devine Decadence. J'étais en train d'imaginer Walker en Clark Gable et Vaea en Vivian Leigh quand Walker-Gable s'est mis à rugir :
- Un gant, on a oublié de prendre un gant.
- Un gant de boxe ? j'ai demandé.
- Pour provoquer quelqu'un en duel, il faut un gant, tout le monde sait ça, s'est énervé Walker. Je vais jeter le gant aux pieds de l'autre. S'il le ramasse, c'est qu'il accepte le combat.
On est remontés à bord. On a fouillé tout le bateau à la recherche d'un gant. On a trouvé des gants de vaisselle, des gants de ménage, des gants de pêche... Il nous a fallu une bonne demi-heure et quelques vodka-orange, ou quelques gin-tonic, je ne me souviens plus très bien, avant de dégotter un gant à peu près convenable pour un duel. - Let's go, a hurlé Walker, après avoir examiné l'objet avec des mines de connaisseur.
Il faisait tout à fait nuit quand notre commando est arrivé sur la terre ferme.
- Je veux un taxi, immédiatement, a dit Walker. S'il n'y a pas de taxi, je veux louer une voiture. S'il n'y a pas de voiture à louer, je veux acheter une voiture. Vite, c'est une question d'honneur.
- Et pourquoi pas un hélicoptère ? j'ai dit. On attaquerait comme dans Apocalypse Now... Avec les deux poignards qui dépassaient de mes poches d'une bonne vingtaine de centimètres, je me sentais d'humeur plutôt guerrière.
On n'a pas acheté d'hélicoptère. On a juste pris un taxi, j'étais un peu déçu.
Clark Gable est entré le premier, suivi de Vivian Leigh et de votre serviteur, le traducteur-neutre-porteur de couteaux. Les deux sudistes sont restés derrière, en couverture.
L'autre a rendu les toiles sans discuter, et sans insulter personne. Il n'y a pas eu de duel.
Christian SORG


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (23 août 1986)

Peinture au féminin
Vaea à " Atea 45 "
" … élever le niveau de la condition humaine "
Voici le 2ème volet de la série d'articles dressant le portrait des femmes artistes peintres ou sculpteurs du Territoire.
Le premier était consacré à Doris Roucautte, sculpteur.
Dans le monde de l'art où tant de noms naissent et puis s'éteignent celui de Vaea n'est plus à présenter.
Née à Tahiti en 1950, d'une mère tahitienne et d'un père français, cette jeune peintre a acquis, à force de volonté et de travail, une réputation mondiale.
Pleinement artiste, Vaea a gardé de l'enfance une candeur, une transparence, les dons de s'émouvoir, de s'étonner, une révolte aussi, qui donnent aux couleurs de sa palette la luminosité de nos îles et celle du peuple polynésien.
Polynésienne, Vaea, l'est. L'esprit de la fête est en elle, sur ses toiles, ses papiers que ses pinceaux et ses doigts colorent, dans la vie de tous les jours.
" J'aime m'amuser, faire la bringue… ".
Partagée entre Paris, les Etats-Unis et Tahiti, elle donne l'impression de vivre à cent à l'heure, dynamique, disponible aussi, avec une soif de tout connaître, de tout voir, de partager surtout, et de tout donner par ses tableaux.
Sa vocation de peintre, à laquelle elle veut consacrer tout son temps, s'est révélée tardivement :
" J'avais besoin de quelque chose, et à 23 ans, j'ai pris un papier, un crayon, j'ai fait un dessin, et tout à coup le désir de peindre s'est imposé à moi avec une telle force, que je n'ai pas arrêté depuis. "
Une œuvre impressionnante qui s'étale sur seulement 13 ans, avec de nombreuses expositions à son actif.
" Le vernissage d'une exposition est une véritable épreuve pour moi, je le ressens un peu comme un viol, j'ai envie de m'enfuir à toutes jambes ".
" Le snobisme et la superficialité de certaines personnes habituées des vernissages, me sont insupportables ".
" J'aime tellement mieux qu'un copain me tape sur l'épaule et m'invite à boire un pot ".
De son ascension, Vaea dit : " J'ai toujours eu la chance de connaître les gens qu'il fallait au meilleur moment, de m'intégrer facilement ".
Côté projets, Vaea en a beaucoup : la préparation d'une exposition à New-York, d'un livre où seront mêlés ses peintures et ses textes ; enfin elle doit partir bientôt en terre australienne chercher une nouvelle inspiration pour ses peintures.
Et si pour conclure, une phrase doit être dite, que ce soit celle-ci, tirée de son catalogue et qui donne aussi les mots de la fin.
" Nos œuvres forment le réel, l'accroissent, le font évoluer, nos œuvres ne valent pourtant qu'à cause de nous. Quelle est l'œuvre qui s'intègre à la vérité, qui la transforme, sinon celle par laquelle nous nous créons nous-mêmes, nous nous dilatons nous-mêmes, élevant avec nous le niveau moyen de la " condition humaine ". (" La dialectique des images chez Bergson " de Lydie Adolphe)
Nathalie OTTAVY
Pehe pehe maina ou 'la bringue'Te FenuaAuti


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (22 mai 1986)

Dédicace de Vaea à la Librairie " Archipels "

Vaea dédicaçait hier après-midi son album à la librairie " Archipels ". Des amis, des admirateurs et des curieux étaient venus nombreux pour faire signer cet ouvrage ou l'acheter s'ils ne l'avaient déjà. C'est avec sa bonne humeur habituelle et le sourire que Vaea a apposé sa signature sur la page de garde de son ouvrage pictural.


LE NOUVEAU JOURNAL DE POLYNESIE
LE NOUVEAU JOURNAL de POLYNESIE (22 mai 1986)

Vaea chez Archipels

Vaea Sylvain était hier après-midi à la Librairie Archipels où elle a dédicacé à tour de bras son dernier ouvrage, " Tahiti - Peinture contemporaine ". De nombreux amateurs d'art, mais aussi des clients intéressés de la librairie ont tenu à discuter avec la grande artiste locale. Il est indéniable que Vaea apporte à la Polynésie ses connaissances et l'éclat de quelques-unes de ses grandes œuvres. Une après-midi bien remplie pour une artiste qui travaille sur tous les fronts.


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (20 mai 1986)

Page 3 : Vernissage " Vaea - Jean Claude Michel " à la Galerie Atea 45

C'était la fête à Atea 45 pour le vernissage de Vaea et Jean-Claude Michel, un vernissage qui pour une fois réunissait peinture et sculpture, deux arts qui pourtant n'en font qu'un, la plastique.
Avant que le public ne se présente à la galerie, un peu à l'image d'une ruche, chacun débordait d'activité, se préparant à accueillir ceux qui quelques minutes plus tard, allaient accourir en nombre. Tandis que les uns préparent le punch et de grands plateaux de charcuterie et de petits fours, Vaea tourne en rond, s'affole, en proie à ce que les comédiens appellent le trac. Quant à Jean-Claude Michel, très calme, il contemple heureux et satisfait le résultat de nombreux jours de travail, fier de ce que le public découvrira dans quelques instants.
L'un et l'autre, il est vrai, n'ont ménagé ni leur peine, ni leur temps, apportant à la réussite de cette exposition le meilleur d'eux-mêmes, aidés en cela par le reste de la troupe, les dix autres membres de l'Association Contemporaine des Artistes de Polynésie. Paradoxalement, ces deux artistes totalement différents l'un de l'autre ont réussi à créer une unité, une ambiance très confortable faite de la chaleur des bois de Jean-Claude et des couleurs particulièrement crues de Vaea.
" Ce confort est à l'image de notre relation, dit Jean-Claude Michel, dans laquelle chacun apporte ce qu'il a de façon parfois anarchique, mais dont il sort quelque chose d'harmonieux ".
Lorsque le public aura fait son entrée peu après 18 heures, ce sera encore l'image et l'ambiance de la fête qui s'imposeront, une ambiance affective dont Jean-Claude Michel et Vaea étaient sans aucun doute les instigateurs.


LE NOUVEAU JOURNAL de POLYNESIE
LE NOUVEAU JOURNAL de POLYNESIE (21 mai 1986)

Vaea dédicace chez Archipels

Vaea Sylvain qui vient de remporter un franc succès lors de son vernissage, en compagnie de Jean-Claude Michel, ne s'arrête pas en si bon chemin. Aujourd'hui, elle dédicacera son ouvrage, " Tahiti - Peinture Contemporaine ", à la librairie Archipels. Chacun sait où se trouve cette nouvelle librairie, rue des Remparts, en face de la Mairie de Papeete. Encore un haut lieu de dédicaces pour tous les amateurs d'art et de peinture. Vaea y sera pour vous, tout au long de l'après-midi, entre 14 h et 18 h.
Pour tous renseignements, vous pouvez joindre Archipels au 42 47 30


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI du 21 avril 1986

Atea 45 :
Le futur centre d'art contemporain de Polynésie ?

Pari gagné pour la nouvelle galerie d'art, Atea 45, dont l'inauguration a été saluée par une assistance très nombreuse vendredi soir. De l'avis général en effet, cette galerie est appelée à devenir le centre d'art contemporain de la Polynésie.
Placée sous le haut patronage de Gaston Flosse, Président du Gouvernement, elle accueille déjà 12 des artistes polynésiens des plus en vue.
Bobby, Henri Crocq, Christian Deloffre, Jean Dubrusk, Franck Fay, Christian Goussault, Daniel Halverson, André Marere, Jean-Claude Michel, Vaea, Denise Valentin-Russell et Garick Yrondi sont de ceux là, qui indéniablement ont su étonner, séduire et contenter le public, qui dès 17 heures se bousculait dans les salles et à l'extérieur du joli fare vert dans lequel s'est installée la galerie.
Après cette inauguration très réussie, Atea 45 n'en restera cependant pas là. Tous les mois, selon les vœux des membres qui la composent, des opérations " plein feu " seront organisées autour d'artistes intégrés ou non à l'Association Contemporaine des Artistes Polynésiens. C'est donc un endroit à voir, mais surtout à revoir qui ouvrait ses portes vendredi soir.

Légendes des photos :
1) Toujours souriante, Vaea s'est montrée une hôtesse parfaite.
2) Tandis qu'Henri Crocq et Emmanuel Deschamps sont en grande conversation, le public se presse vers les œuvres exposées.


PREFACE EXPOSITION - L'ERMITAGE Los Angeles

Her talent is extraordinary beyond doubt, a gift of God or Nature.

Sir Robert BOLT - Tahiti, 1988
David Lean, Robert Bolt, VaeaAutera'a - Paris - 1975 - Huile sur toile - 60x73 cmGéométrique bleu - Tahiti - 1978 - Huile sur toile - 73x60 cm Papier-Eléphant - Tahiti - 1975 - Mélange - 64x50 cm


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (30 mai 1988)

Première exposition californienne
Vaea Sylvain fait un tabac à " L'Ermitage " L.A.
Installée depuis 1987 à San Francisco qui est la ville californienne la plus artiste, Vaea vient de célébrer sa première exposition sur le continent américain, et de surcroît dans le cadre élégant et raffiné du célèbre restaurant " L'Ermitage " à Los Angeles. Le choix de ce haut lieu de la gastronomie française à Los Angeles n'est pas, en fait, un hasard. La propriétaire, Dora Fourcade, est d'origine tahitienne, et compte depuis longtemps déjà, parmi les ferventes admiratrices de Vaea. Il faut peut-être, préciser que " L'Ermitage " n'est pas un restaurant comme les autres.
Sa décoration est, en fait, à l'image d'un musée à la française. Les quelques photos que nous publions en témoignent. Le public américain et les amateurs d'art à l'affût de nouveaux talents ont ainsi pu admirer quinze tableaux de Vaea, dans ce cadre romantique, en parfaite osmose avec la source d'inspiration de cette artiste étonnante, et qui n'a pas fini de nous surprendre agréablement. Parmi les tableaux exposés, six sont de création récente, et neuf couvrent la période de 1978 à 1985.
L'ensemble est une explosion de couleurs, un bain de jouvence de sujets, de styles, et de techniques qui étonnent les experts et amateurs américains. Bien que la peinture de Vaea serait plutôt une approche classique, et non d'avant-garde, sa facture est trop personnelle pour être, en fait, classifiée. Vaea, dont l'évolution artistique est remarquable, est néanmoins restée fidèle aux sources les plus profondes de son inspiration : Tahiti. De par le choix des sujets traités, l'intérêt général pour la qualité de ses œuvres, Vaea Sylvain, de toute évidence, est devenue une ambassadrice du " fenua ", renforçant l'image onirique et mystique de Tahiti et de la Polynésie tout entière. La date de cette première exposition aux Etats-Unis est également bien choisie. Elle coïncide à merveille, comme par enchantement, avec la plus majestueuse rétrospective de l'œuvre de Gauguin jamais mise sur pied, qui se tient actuellement à la " National Gallery " à Washington.
Répondant à l'intérêt et aux réactions enthousiastes du public américain, Vaea a dû prolonger son exposition à " L'Ermitage ", jusqu'au 25 juin 88. Indiscutablement, l'un des tableaux les plus remarqués est " Princesse Bleue " dont la beauté exceptionnelle en fait l'œuvre maîtresse de cet événement artistique.
Afin de rendre, d'ailleurs, plus accessible cette composition, une lithographie (édition limitée) est en préparation. Celle-ci sera accessible uniquement par souscription dans les semaines à venir.
D'autre part, Vaea mûrit plusieurs projets d'une grande exposition, dans une prestigieuse galerie aux Etats-Unis, ainsi que l'édition d'un ouvrage couvrant l'ensemble de son œuvre, et incluant ses dernières compositions. Ce recueil qui promet d'être encore plus soigné que celui déjà existant, sera édité en anglais ainsi qu'en japonais.
De toute évidence, Vaea, artiste tahitienne, est bien partie pour créer un impact majeur aux Etats-Unis.
Sachez que si vous entreprenez un déplacement, ou tout simplement un " stop over " à Los Angeles, une visite s'impose au célèbre restaurant " L'Ermitage ". Ainsi, vous y joindrez le double plaisir d'un festival artistique et culinaire. L'exposition a été organisée par Fred Pinkel, agent de Vaea, qui est actuellement de passage à Tahiti et qu'il est possible de joindre jusqu'au 8 juin au 43 79 76.
Christian DUROCHER
Princesse Bleue


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES de TAHITI (24 mai 1988)

Vaea present au restaurant L'Ermitage de Los Angeles
Lors de l'exposition consacrée à Gauguin
Point n'est besoin de présenter Vaea Sylvain. Tout le monde connaît ses toiles aux traits précis qui savent si bien traduire la Polynésie et refléter son hypersensibilité. Tout le monde connaît ses grand yeux verts qui savent si bien capter une atmosphère tranquille, ou angoissante. Après avoir exposé à Tahiti, Paris, Düsseldorf, Monte-Carlo, Vaea présente ses œuvres à Los Angeles dans le cadre du très célèbre restaurant L'Ermitage du 18 mai au 11 juin.
Dora Fourcade, propriétaire de l'établissement n'a pas choisi cette période au hasard. Les Etats-Unis célèbrent Gauguin au travers d'une exposition retentissante au même moment. Vaea contribuera ainsi à la promotion de Tahiti dans une conjoncture tout à fait favorable en faisant connaître au public américain quelques magnifiques toiles telles " La princesse bleue ", " La femme ensevelie ", " La rêveuse ", " Penser ", " Toerau "… Nul doute que celles-ci iront rejoindre les murs de collectionneurs prestigieux. Roger Vadim, Michel Polac, Jacques Martin, Jacques Higelin, Quincy Jones, Folon, Topor, Gaston Flosse… et Olivier Stirn, Carlos, Jean-Claude Brouillet, Tia Barrett font partie de ceux qui ont déjà " craqué ". On les comprend.
Si vous avez l'occasion de faire un saut à Los Angeles, ne manquez pas de vous arrêter à L'Ermitage, 730 N La Cienega Blvd. Tél : (213) 652 5840.
P.B.
The DreamerEssai 'the Dreamer'Penser


PREFACE PAUL-EMILE VICTOR

PRÉFACE EXPOSITION MAISON DE TAHITI (PARIS 1990)

VAEA
Tahiti est un pays magnifique.
Les Tahitiennes sont ravissantes.
Le climat est impeccable
Le tout écrit un poème exceptionnel
Vaea est l'une des plus belles perles de ce poème.

Paul-Émile VICTOR
Bora-Bora 1990
Affiche ExpoLe marché de Uturoa


PRÉFACE POUR EXPO MAISON DE TAHITI
PRÉFACE POUR EXPO MAISON DE TAHITI, PARIS 1990

..."Laisser voir, dans un triangle étendu aux confins, l'arrière-plan d'un arrière-monde."
Victor Segalen, Equipée.
VAEA, entre Tahiti et les Etats-Unis, n'avait pas exposé à Paris depuis 1982. A l'occasion de la parution d'une série de Lithographies et pour la signature de son livre "Tahiti - Peinture contemporaine" (préface de Roger VADIM), elle a choisi "La Maison de Tahiti et de ses Iles" pour présenter également des œuvres de différentes périodes. Cette exposition a le mérite de nous faire retrouver les grandes toiles tahitiennes de VAEA et de nous permettre de découvrir l'inspiration de son travail actuel. Et toujours la même exigence, la même pureté. Dans un premier temps, les couleurs chaudes et les lignes apaisantes enveloppent le visiteur protégé par la douceur d'un regard, comme "Tane koe no'u..." Mais bientôt, des élans se profilent, des soupçons et des présages. Devant la mer interpolée par la nuit, "les joueuses de lune" semblent taire de grands secrets.
On comprend alors comment l'exotisme, que Segalen définissait comme "l'esthétique du divers", peut se déployer, mais en nous-mêmes, hors de ses acceptions communes, de son étrangeté familière, pour favoriser l'enchantement ici-même.
Pierre-Jérôme STIRN
Ils sont venus d'ailleursLes angesAmourTane koe no'uTe pafai Tari'a iore ou Maima


LITHOGRAPHIES

"Les vrais paysages sont aussi bien au dedans de nous qu'au dehors"
(Guyau, Art au point de vue sociologique)
Selon l'heureuse fortune des amitiés anciennes, Vaea est à Paris pour cette exposition, et la conversation reprend comme si elle ne s'était jamais interrompue ! Pourtant, on découvrira bientôt quelle distance sépare l'affection partagée et l'eau profonde de la création. Celle avec laquelle on s'embrasse avant d'aller bavarder, avec laquelle on rit en commentant les nouvelles du jour, en compagnie de laquelle on peut se taire tout aussi bien, n'est certainement pas la même que celle qui a fait, par exemple, entre ses couleurs, ses quatre murs et ses secrets bien gardés, "La lecture des mémoires d'Auguste Renoir...".
Il faut une rectification constante, un ajustement permanent pour ignorer la familière et s'intimider devant la seconde dont on vient de découvrir l'ésotérisme insoupçonné, un atelier habité par une inconnue. Nous n'aimerions pas ceux que nous aimons sans cette anamnèse continue.
Une semblable erreur de perspective fabrique les fausses images de "l'exotisme", cette "esthétique du divers", selon la formule de Ségalen, souvent confondue avec les illustrations invariables qui ne susciteront jamais qu'une rêverie routinière. Après tout, rien n'est plus naturel que le "bovarysme", le prestige d'un ailleurs, d'une autre vie.
Séduction d'autant plus forte quelle concerne les féeries, les paysages d'un impossible délicieusement inaccessible.
Aux signaux répétitifs, aux bibelots et aux affiches, Vaea répond par la capture, l'invitation au voyage adressée à chacun personnellement, c'est-à-dire à ceux qui sont "Venus d'ailleurs..." Ne sommes nous pas encore indistincts, immatures, différents, mystérieux ?
Infiniment plastique et prête à prendre toutes les formes, l'idée en rupture épouse aussitôt les contours des "Venus" inédites et caressantes... Oiseau ou poisson, elle loge déjà à leur enseigne, tantôt assise avec volupté, tantôt dans l'une des sphères en pastel de leurs arrière-mondes, ou bien encore dans l'océan, dans le ciel de leurs rêves en couleurs.
De même, nous mêlerons nos propres gestes aux courbes, aux lignes d'une géométrie de jouissance, dans l'accord parfait du colloque "Amour", tenu non loin des "Joueuses de lune", magiciennes dont les mains fertiles ont apprivoisé la puissance de Hina, comme on peut, à force de douceur et de beauté, réduire une colère aveugle.
Comment ne pas être volontiers engourdi par un charme enveloppant qui fait déborder l'excès de conscience, apaise le souci, le scrupule. Mais peu à peu, cet enchantement global se désigne par une sensibilité nouvelle, avec son désordre et son harmonie.
Ce sont quelquefois, sous l'aile d'un grand oiseau blanc, les couleurs ineffables de ce paradis où chante "Tane Koe Na'u". A d'autres moments, les présages bienveillants voisinent avec les menaces, des confusions de sentiments. Sous la brume parfumée qui nous avait ravi, l'immédiat se brouille, avec toutes les tentations du mystère, la tristesse sans objet de "Vanessa", le sommeil profond de la "Femme engourdie", "l'existence impitoyable et dorée des Tropiques, splendeurs de lumière, grands efforts et abandon...
(1) Victor Ségalen, Maquette pour un avant-propos, préface de Noa-Noa de Gauguin.

Pierre Jérôme STIRN


LE QUOTIDIEN de PARIS

Vrai peintre de Tahiti, Vaea n'est pas de ces épigones de Gauguin qui font de l'exotique pour séduire les vacanciers dans les îles. Cette vahine ne cesse d'exprimer depuis vingt ans l'âme de ce peuple insulaire qui est le sien. La fantasmagorie, le rêve surgi des irisations du lagon, la naissance et l'amour, l'espace et la coquille s'impriment par un art qui flirte aussi bien avec le Douanier Rousseau qu'avec l'hyperréalisme. Syncrétisme étrange, fantaisie ardente animent sa symbolique. Et des couleurs ! Courez à la Maison de Tahiti pour voir ses lithos et ses peintures. C'est mieux qu'un bain au monoi. Un lavage de l'œil.

Gérard SPITERI, 1990

LE QUOTIDIEN DE PARISLes Arrière-Mondes


OPUS INTERNATIONAL
OPUS INTERNATIONAL

Déjà en 1982, Jean-Luc Chalumeau remarquait dans "Arts" que Vaea "posait un regard lucide sur un monde dur, un regard assez vaillant pour tout voir parce qu'il se savait sauvé par la joie de peindre". Et de fait, dans sa récente exposition à l'office Tahitien, en nous montrant un échantillonnage de pièces depuis 1972, c'est-à-dire depuis qu'elle peint, Vaea (Sylvain) se partage entre des stylisations, des scènes de genre, des figures fortes et sombres et des croquis pris sur le vif. Un sens des mystères, une sourde angoisse, une interrogation sur le destin pèsent sur cette peinture que l'on pourrait croire aimable mais qui est habitée et tendue. Au point qu'on se laisse piéger : on prend pour une posture de prostration, de désolation, cette fille accroupie qui est en réalité une monteuse de colliers, une trieuse de coquillages. Dans des tableaux absents qu'un album, publié à Papeete, reproduit, tout le mystère de l'art de Vaea, angoisse et fatalisme, sens du tragique apparaissent : visage gommé, mangé, de "Tête en corolle" ; effigie d'une jeune boxeur dont on découvre soudain qu'il est un autoportrait anxieux, et qui porte le titre étrange et ambigu de "Tendresse et violence" ; tête d'enfant, très réaliste, "Vanessa", qui appellerait un long commentaire tant ce tableau est peuplé de signes, d'objets symboles ; ou enfin cette jeune femme enfouie sous un drap dont seuls un coin de visage et les cheveux dépassent et qui inspirent à Roger Vadim une fine analyse : "On comprend à l'élégant plissé du drap protecteur que ce n'est pas un cocon, ni une matrice, plutôt une armure habillée de sillons ésotériques difficiles à décoder. La femme dort. Elle attend qu'on la comprenne et qu'on arrache le drap. Elle semble penser que personne n'aura jamais ce courage". C'est bien vu et bien dit.
L'œuvre de Vaea est recouverte d'un drap mélancolique qui en obscurcit la signification comme cette tristesse indicible qui, soudain, voile son regard. Et personne n'ose le retirer.
Gérald GASSIOT-TALABOT, 1990
Le 21 juilletTête en corolle folleTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'AmourtumeLa femme ensevelie


MADAME FIGARO
MADAME FIGARO

Vaea : Inclassable.
Avec ses grands yeux clairs, ce teint mat et ce je-ne-sais quoi venu d'ailleurs, Vaea Sylvain aurait bien du mal à dissimuler ses ascendances. Tahitienne de naissance, elle est cosmopolite par essence. Devenue peintre par coup de foudre à l'âge de vingt-deux ans, elle court le monde pour accrocher ses toiles depuis bientôt vingt ans. Définir son style serait une hérésie. Vaea est inclassable. Tantôt petite sœur de Gauguin lorsqu'elle rapporte des îles Sous-le-Vent ces personnages bruns ivres de soleil, tantôt "paysagiste" quand elle saisit la lumière traversant les feuillages touffus... Vaea est changeante et volubile. Elle passe d'un sujet à l'autre, ondule de l'abstrait au figuratif, trempe sa plume dans l'encre ou son pinceau dans la gouache avec la même aisance. Et si le trait change, l'émotion demeure. Hier à Los Angeles, demain à Tahiti, Vaea revient toujours au même point d'ancrage : "J'ai beau partir au bout du monde et déménager sans cesse, c'est à Paris que je me sens le mieux. Ici, tout m'inspire." Impressions furtives, souvenirs ou émotions fortes...
"Les sources sont innombrables. Il suffit de les capter et de les transcrire."
Vaea n'avait pas exposé à Paris depuis 1982. Elle est enfin de retour.

Marie PASCAL, 1990


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DÉPECHE DE TAHITI, (25 avril 1990)

Après huit ans de vagabondage entre Los Angeles, Monte-Carlo, Düsseldorf, San Francisco, toujours ponctués de pointes vers ses deux haltes de prédilection, son Tahiti natal de Paris, plaque tournante et autre source d'inspiration, Vaea vient de battre tous les records d'affluence à la Maison de Tahiti et ses Iles où elle expose sous le parrainage de M. Napoléon Spitz, ministre du Tourisme.
Cette brillante rentrée, après sa première et unique exposition à Paris, en 1982, prouve à la fois l'aisance et la souplesse toujours plus libres de son talent et la fidélité des amis et collectionneurs qui suivent déjà les multiples chemins de ses travaux, parmi lesquels Olivier Stirn, J-M Folon, 0. Bloch-Lainé et R. Topor qui ont prêté des toiles de dates rapprochées mais de caractères divers.
UNE NOUVELLE FACETTE ?
Il semble bien, en effet, que Vaea Puisse travailler comme elle veut,
quand elle veut et passer de la précision de la miniature ou du trompe-l'œil à la composition poétique inspirée de symboles parfois teintés d'ironie, on encore, facette qui semble nouvelle, à la cueillette de rencontres aussi fugitives que les touches transparentes d'une série de petites aquarelles rapportées de Tahiti en 1989. Comble paradoxal de légèreté profonde, à la limite du non-dit, elles peuvent exprimer aussi bien, et dans une même gamme claire, la fantaisie, la gaieté, que la mélancolie, le désarroi ou l'angoisse de quelques silhouettes saisies l'instant d'un seul regard.
LUMIERE ET COULEUR
Vaea nourrit ses couleurs de lumière et de soleil infus. Elle choisit de superbes tons de terre cuite pour des compositions d'un érotisme poétique d'inspiration tahitienne et pour de belles lithographies rejoignant le classique. On pense aux céramiques de Picasso.
Mais ce qui frappe et domine l'ensemble est le rapprochement d'une gamme solaire de rouges-orangés où la vie, circule et de tous les verts et bleus profonds de l'océan ou du bronze. Ainsi pour Ananahi, grande forme féminine cuivrée, lovée dans le trait unique et dépouillé de l'œuf originel entièrement cerné d'un fond sombre. On pense au trait de Matisse.
Pour d'autres toiles, chargées de sens ou de messages à découvrir, comme "Chrise à vide", les deux gammes opposées et complémentaires peuvent se mêler et devenir coulées de métal en fusion, émaux ou cloisonnés, autour d'une tête et d'un regard énigmatiques.
Pour "Taureau et requin en animosité", c'est un éclatement ardent de violence contenue entre couleurs froides et couleurs de sang, mais le regard "vache" du requin est irrésistiblement drôle. Bravo.
UN LIVRE-CATALOGUE
Signé Vaea, intitulé "Tahiti - peinture contemporaine, un bel album présenté par Pierre-Jérôme Stirn, préfacé par Roger Vadim, salué par Paul-Emile Victor, suit la démarche du peintre et de ce qui est déjà une œuvre, "jeune" de dix ans, avec toute sa vivante diversité d'inspiration et d'expression mais aussi toute la force et la fermeté d'un caractère affirmé dès l'origine.
CHALEUREUSE NOTORIÉTÉ
Repérés à grand peine dans la foule du vernissage accueillie par l'état-major de la délégation de Polynésie française, les inconditionnels, Roger Vadim et Roland Topor, déjà nommés. Le cinéaste Robert Enrico, le chanteur Jacques Higelin, la comédienne Danièle Evenou, les écrivains Yvonne Clos, Maurice Bitter, Jacques Chegarray. Les amis de Tahiti, le gouverneur Pierre Angeli et sa fille Dovinia, le général Henrion et Madame, l'amiral Vallaux, M. Granger de Boissel, M. Louis Galtier, Mesdames Louise Peltzer, Paule Laudon, Béatrice Mervin du Bocage.
MM. Jean-Jacques Queyranne, porte-parole du parti socialiste, J-P Jumez, musicien à Radio France, Mme Gladys Say de RFO...
Françoise MARCHAND
Chrise à videTaureau et Requin


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DÉPECHE DE TAHITI, (16 juin 1990)

1ère page : Vaea de retour
Vaea à la galerie " Reva Reva " après deux années d'absence. L'artiste nous revient avec cinq lithographies à tirage limité, extraites de ses plus fameuses compositions comme " Les anges " ou " Venus d'ailleurs ". A noter que quatre signatures sont programmées la semaine prochaine.
Page intérieur : Enfin de retour
Les lithographies de Vaea à la galerie Reva Reva
Deux années d'absence, c'est long pour nous comme pour Vaea, et si nous avons suivi son cheminement artistique à travers les Etats-Unis puis en Métropole, c'est toujours avec immensément de joie que nous retrouvons celle dont le talent et la bonne humeur nous comblent.
Vaea renoue avec Tahiti non sans nous avouer que ses amis lui manquaient. De Paris, elle nous rapporte cinq lithos de grande qualité d'impression (chaque épreuve a nécessité dix huit passages y compris les couleurs transparentes) ce qui leur confère une fidélité de reproduction incomparable.
En ce qui concerne les thèmes, Vaea a choisi cinq titres, cinq compositions qui nous invitent à partager son univers féerique. Avec " L'Amour ", " Les anges ", " Venus d'ailleurs ", " Maima ", " Tane koe no'u ", les connaisseurs et inconditionnels de la peinture de Vaea retrouveront les plus attachantes, les plus mystérieuses, ou les plus poétiques compositions de cette artiste du fenua dont Marie Pascal critique d'art au Figaro Madame écrit : " Vaea est inclassable. Tantôt petite sœur de Gauguin lorsqu'elle rapporte des Iles sous le Vent ces personnages bruns ivres de soleil, tantôt " paysagiste " quand elle saisit la lumière traversant les feuillages touffus. Vaea est changeante et volubile. Elle passe d'un sujet à l'autre, ondule de l'abstrait au figuratif, trempe sa plume dans l'encre ou son pinceau dans la gouache avec la même aisance. Et si le trait change, l'émotion demeure ".
Que ce soit Paul-Emile Victor qui la couvre de louanges, ou Pierre-Jérôme Stirn, chacun est unanime pour reconnaître que depuis vingt ans, cette artiste polynésienne ne triche pas. Vaea est la plus sincère, la plus authentique dans l'œuvre qu'elle élabore, et qui fait d'elle, une vraie peintre de Tahiti, dont la cote est aujourd'hui la plus élevée à juste titre. Les cinq lithographies sont d'ores et déjà disponibles à la galerie " Reva Reva " rue Lagarde.
En outre, le mardi 19 juin et mercredi, jeudi et vendredi 22 juin, Vaea signera ses lithographies et s'entretiendra avec son public et ses nombreux amis. A ne laisser passer sous aucun prétexte.
Christian DUROCHER
Ils sont venus d'ailleursLes angesAmourTane koe no'uTe pafai Tari'a iore ou Maima


LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (19 juin 1990)

Vaea l'art de la fascination contradictoire
A la galerie Reva Reva cinq lithographies de la plus talentueuse des peintres polynésiens.
Evénement pictural, Vaea est de retour au fenua avec cinq lithographies tirées de tableaux marquants dans son œuvre, " Communication ou Les anges ", " Amour ", " Ils sont venus d'ailleurs ", " Te pafai tari'a iore " qui s'appelle aussi " Maima " et " Tane koe no'u ". Il serait hasardeux de s'aventurer à dire que les œuvres proposées à partir d'aujourd'hui à la galerie Reva Reva, sont le reflet de la création du peintre aux yeux mordorés, car le raccourci occulterait beaucoup d'autres aspects montrés depuis la première œuvre en 1972.

La plus parisienne des polynésiennes retrouve le chemin de sa terre pour marquer à nouveau son attachement viscéral au lieu béni de sa naissance. Peindre est une belle histoire d'amour qu'elle tisse avec l'entêtement d'une Pénélope, jour après jour au fil du temps qui s'égrène au rythme d'une création sans cesse remise sur le métier.
" Toute réalité est une route tracée à travers la vérité, mais parmi ces routes, il en dont la direction est marquée par la vérité même ". L'œuvre de Vaea est reflet de vérité, la tangible, et l'enfouie, aux contours incertains, nimbée dans les effluves distillées par l'âme jouant à cache-cache avec elle-même.
L'artiste sera présente à la galerie tous les jours jusqu'à vendredi, de dix heures à midi et de quinze à dix sept heures.
Georges MARTI
Ils sont venus d'ailleursLes angesAmourTane koe no'uTe pafai Tari'a iore ou Maima


TAHITIRAMA
TAHITIRAMA (Juin 1990)

Le bonheur est encore une énigme. Sans relâche, hommes et femmes partent à la quête de ce Graal, et beaucoup d'entre eux rentrent bredouilles. Depuis notre naissance, nous apprenons à aimer dans le désir de nos parents, et notre goût de l'amour dépend de ce que nous avons reçu d'affection et d'attention.
Vaea vrai peintre de Tahiti
" Je suis ce qu'hier a fait de moi, et ce que demain est en train de faire de moi. "
Vaea expose ses cinq lithographie à la Galerie Reva Reva à partir du 19 juin 1990.
Vaea est belle, autodidacte, elle peint sa première œuvre en 1972. Depuis elle a exposé aux quatre coins du monde. Aujourd'hui, ils sont nombreux à apprécier ses œuvres : Roger Vadim, Michel Polac, Paul-Emile Victor, Jacques Higelin, Quincy Jones, Olivier Stirn… et bien d'autres. Vaea est une vrai artiste, on ne se lasse pas de converser avec elle, avec laquelle on s'embrasse avant d'aller bavarder. Dans son regard jaillit ce faisceau d'amour pour ses semblables. Dans le fond, on peut penser que seules les habitudes de vie en société changent, mais que les êtres humains demeurent semblables à eux-mêmes de générations en générations. Que cherchent-ils ces bipèdes doués de langage ? Le bonheur, et lui seulement.
Le grand malheur des humains est que lorsqu'ils évoquent le bonheur, généralement ils pensent au bonheur amoureux. Or l'amour est un phénomène extrêmement complexe. Pour Vaea l'amour est vital, comme la respiration. C'est loin de sa contrée éphémère, elle sent mieux son fenua, parfois le sentiment de nostalgie est un facteur d'apport d'inspiration qu'elle a tout moment. On ne demande pas à un artiste s'il est heureux ou pas, parce qu'il vit autrement.
Néanmoins à travers ses toiles, Vaea aurait sans doute été à la recherche du Graal, elle cherche à se connaître, à faire dire à la toile ce que les mots ne peuvent exprimer et elle y arrive.
A vingt deux ans, elle prend un crayon, et c'est la découverte : le plaisir de voir la ligne s'étaler sous la main, le plaisir intense de créer une image toute seule. " A partir de cet instant, c'était tout droit, par là j'avais trouvé mon élément ". " Le moindre trait jusqu'à aujourd'hui, me révèle à moi-même, je cherche tout le temps ".
Actuellement Vaea vit à Paris, mais elle n'a jamais pu oublier le soleil, les fleurs et la douceur sans pareille de la vie quotidienne dans son pays. Pourtant si elle s'en inspire forcément, puisque chaque création se nourrit de racines profondes, elle est aussi influencée par des tendances bien contemporaines et des recherches personnelles. On y trouve souvent des scènes familières ensoleillées, un mariage, un repas de famille sous les arbres, un bébé qui dort dans son berceau. Mais l'œuvre entière de Vaea, voisine avec une toile " Le regard du temps " qui montre une femme en pareo bleu assise devant un portrait de Gauguin. Depuis sa première exposition à Tahiti en 1979, très recherchées ses œuvres figurent aujourd'hui dans les collections, Paris, Los Angeles, Londres, Genève, Monte-Carlo, San Francisco. De nos jours elle mérite les éloges des grandes publications telles : Le Quotidien de Paris " Vrai peintre de Tahiti, Vaea n'est pas de ces épigones de Gauguin, qui font de l'exotique pour séduire les vacanciers dans les îles. Cette vahine ne cesse d'exprimer depuis vingt ans l'âme de ce peuple insulaire qui est le sien. La fantasmagorie, le rêve surgit des irisations du lagon, la naissance et l'amour, l'espace et la coquille s'expriment par un art qui flirte aussi bien avec le Douanier Rousseau qu'avec l'hyperréalisme. Syncrétisme étrange, fantaisie ardente animent sa symbolique. Et des couleurs ! C'est mieux qu'un bain au monoi. Un lavage de l'œil ".
Le Figaro Madame : " Peintures de rêve ".
Dans cette société nouvelle qui cherche à capter le moindre bonheur, même superficiel, dans sa course folle la principale difficulté à communiquer, à émettre des messages qui soient entendus, Vaea nous démontre par sa peinture que l'art reste et restera la jonction de communication de l'être humain avec la nature.
Courrez à la galerie Reva Reva à partir du 19 juin pour admirer les cinq lithographies qu'elle a d'ailleurs exposées à Paris, et qui ont connu un vif succès. A noter que malgré sa notoriété, qui n'est plus à refaire, le prix de ces lithos sont très abordables, et qu'un certificat d'authenticité est livré avec chaque œuvre, une garantie contre d'éventuels faussaires.
Notre artiste prépare d'ores et déjà sa prochaine exposition dans une prestigieuse galerie parisienne dans deux ans. " Ce sera mon apothéose, une expo béton ". C'est une lacune de ne pas connaître ses œuvres, et par là l'artiste qui est un régal de sympathie et de courtoisie.
Durant notre entrevue avec Vaea, j'avais l'impression d'avoir face à moi le soleil par ses yeux, et la mer par sa voix qui semblait mimer le bruit des vagues, une artiste quoi ! Un vrai peintre de Tahiti !
R. LILIAN
Ils sont venus d'ailleursLes angesAmourTane koe no'uTe pafai Tari'a iore ou Maima


VOGUE
VOGUE N° 707 Juillet 1990

L'oeil de Vogue :
Entre quatre yeux :

La flambée des prix ne cesse d'inquiéter ceux qui redoutent l'inflation. Nous avons encore ce mois-ci distribué des récompenses à tour de bras. En veux-tu en voilà : à la Closerie des Lilas, un jury présidé par Sophie Marceau décernait le Prix du meilleur scénariste ; quelques-unes de nos meilleures plumes, réunies au Ritz à l'initiative d'Alain Boucheron, ont attribué le Grand Prix Littéraire de la Femme ; et chez Ledoyen, Philippe Dorange recevait la Clef d'Or qui ouvre la porte des honneurs au meilleur chef de l'année, selon le Gault et Millau. C'est Régine qui doit être contente. Après cette distribution de prix nous avons fait l'école buissonnière à la Maison de Tahiti où l'on vernissait les oeuvres de Vaea, une jeune artiste polynésienne.
Paquita Paquin
Huahine ou 'L'accueil'La statue de PierreLes TouristesLe 21 juilletMon rideau ailé


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (19 avril 1990)

1ère page : Vaea et deux de ses amies de la 5, Véronique Bétrancourt et Sylvie Tardat.
Vaea Sylvain sur la 5

Avant son vernissage qui se déroule à Paris du 3 au 20 avril, Vaea est l'invitée des télévisions et des radios de la capitale. Après FR3, la voilà sur la 5, télévision qui diffuse en ce moment et pour 3 mois sur Tahiti et ses îles avec un concours où l'on gagne ou une perle noire des îles ou un voyage à Tahiti. Pour cela , différentes questions sont posées tous les jours sur Tahiti. Dans le cadre de l'émission qui s'appelle Public, diffusée tous les jours de 11h30 à 12h30 en direct par François Desplats, Françoise Gaujour et Jean-Claude Laval, Vaea fut l'invitée du jour.
A la fin du concours, une grande émission sur Tahiti, " sur la 5 bien sûr " en direct, les lauréats se verront remettre les prix par le ministre du Tourisme polynésien et une équipe de la 5 ira sur place à Tahiti faire un film qui sera projeté par la suite en France.


Légendes :
1-Dans le studio, sur les murs, les tableaux de Vaea Sylvain filmés dans le cadre de cette émission.
2- Vaea Sylvain interrogée sur la 5 par Jean-Claude Laval, animateur de l'émission " Public ".


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (14 mars 1990)

1ère page : Vaea Sylvain invitée de " Mascarines "

Dans la nouvelle émission " Mascarines " Vaea Sylvain a eu l'honneur de passer en direct sur FR3 pour parler de sa peinture et de son île et de son exposition qui aura lieu à Paris le 30 avril à la Maison de Tahiti et ses îles 28 Bd St Germain. Elle était interviewée par Gladys Say.

Légendes :
1- Séance de maquillage pour Vaea Sylvain.
2- Vaea Sylvain en compagnie du PDG de RFO, René Gicquel.
3- Vaea Sylvain interrogée par Gladys Say pour l'émission " Mascarines ".


TELERAMA
TELERAMA (du 3 au 9 mars 1990)

Mascarines 10h30 à 12h
Magazine de RFO, préparé par Yves Bruno et Gladys Say.

La vie et l’actualité de l’Outremer : des reportages, un journal d’information, le calendrier des événements culturels, des variétés et du sport. Avec Vaea Sylvain, fille du grand photographe polynésien Sylvain, elle-même peintre.


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE (5 octobre 1991)

Dernière création de P.E.V.
Ouverture d'un " Atelier d'Arts " à Bora-Bora

Agé de quatre-vingt deux ans, Paul-Emile Victor reste un créateur aux multiples talents et sa dernière œuvre consiste en l'ouverture d'un " atelier d'arts " qui porte son nom. Il va sans dire que le siège de cette association régie par la loi du 1er juillet 1901 est à Bora Bora..
Celle-ci s'est fixée pour objectifs : de créer un atelier d'arts très ouvert sur la création artistique, accueillant toute personne désireuse de trouver un lieu où matérialiser tout projet dans le domaine des arts plastiques (dans la limite, cependant, des capacités matérielles de l'atelier). Inciter également les participants de l'atelier à des démarches de projets ambitieuses leur donnant le sens de l'autonomie et le goût de l'entreprise. Ouvrir d'autre part aux participants de l'atelier l'accès à des démarches artistiques au-delà de la Polynésie française. Enfin, recevoir de toute provenance extérieure toute participation jugée enrichissante pour rechercher, étudier et proposer aux instances communales, toutes réalisations proches à favoriser le développement artistique, économique, social et culturel de l'île de Bora-Bora et de la Polynésie.
Quant au bureau, il est constitué d'un président d'honneur qui n'est autre que le maire de Bora Bora Gaston Tong Sang, d'un président Paul-Emile Victor, d'une vice-présidente Colette Victor, d'un secrétaire Jackie Bourdin, d'un trésorier René Teena, et de quatre membres, Hélène Pothier, Miriama Tropée, Jeanne Bourdin et Vaea Sylvain.

Légende de la photo : PEV à Bora-Bora. Ceux qui croyaient qu'il se laissait vivre au soleil se trompaient. Paul Emile Victor vient de créer " l'Atelier des Arts ". Une initiative heureuse, qui fera sans doute son chemin.


DICTIONNAIRE DES PEINTRES POLYNÉSIENS

DICTIONNAIRE DES PEINTRES POLYNÉSIENS (Paru à Tahiti en 1992)

Vaea Sylvain.
Des racines ma'ohi et vikings, un tempérament excessif et indiscipliné, une animalité sensuelle, une perpétuelle recherche introspective et poétique forment le monde de Vaea, née à Papeete en 1950. Peintre, elle cherche des paysages, des compositions en accord avec ce monde intérieur qu'elle traite en surréaliste ou rend avec une précision figée.
Princesse Bleue


LA TRIBUNE POLYNESIENNE
LA TRIBUNE POLYNESIENNE (18 novembre 1994)

Vaea Sylvain exposera à Papeete en décembre
Grande nouvelle pour les amateurs de peinture de Polynésie : Vaea Sylvain, accrochera ses dernières toiles aux cimaises de l'hôtel de ville de Papeete à partir du 19 décembre. Au fait, pourquoi cette artiste polynésienne ne vit-elle pas en Polynésie ?

La Tribune polynésienne :
- Vaea Sylvain, pouvez-vous nous parler de vos dernières toiles et de leurs sources d'inspiration ?
- La peinture est un sujet si vaste ! Ce que je peux vous dire, c'est que lorsque je suis frappée par la beauté d'où qu'elle vienne et où qu'elle soit, je cherche impérativement à la transmettre.
- Pourquoi vivez-vous si loin de la Polynésie ? Vous sentez-vous toujours l'âme polynésienne ?
- Je suis née polynésienne, et ne cesserais de l'être. En ayant l'âme, je n'en ai pas encore épuisé tous les horizons. Car même loin d'elle, j'entends les vagues sur le récif, le doux clapotis de l'eau. Je me promène encore dans les vallées, je sens le parfum des fougères, de fleurs, la douceur de l'air. Je vois en moi la luminosité unique au monde, la grâce infinie des Polynésiens, ma famille, la musique, les danses, les tapas, les tikis, les tifaifai bien sûr… comment oublier tant de beauté ?
Où que j'aille, la Polynésie vit en moi. Mais il est vrai aussi que, comme tous les artistes, je me sens bien à Paris. La liberté de recherche y est particulièrement forte. A ce titre, Paris reste pour moi une nécessité.
- Fréquentez-vous d'autres artistes à Paris… Et cela vous est-il bénéfique ?
- Des artistes, il y en a à foison à Paris. J'ai des amis peintres avec lesquels refaire le monde, mais aussi travailler, est un réel plaisir. Je rencontre aussi beaucoup de peintre polynésiens ou qui s'inspirent de la Polynésie.
- Qu'est-ce qui vous déciderait à venir revivre en Polynésie, sinon toute l'année, du moins un peu plus souvent ?
- L'Office des Postes de Polynésie m'a donné l'occasion de venir exposer à la Mairie de Papeete pour fêter la sortie de trois télécartes et je l'en remercie vivement. Sinon, c'est un emploi du temps chargé qui m'empêche de venir vous voir plus souvent, et ce n'est pas l'envie qui m'en manque.
- Quel avenir y-a-t-il, selon vous pour les jeunes artistes en Polynésie ?
- Les jeunes artistes ont toutes leurs chances, leur avenir est dans ce qu'ils créent aujourd'hui. Je suis frappée de constater que l'engagement dans la peinture est particulièrement fort chez les peintres polynésiens. Ils ne peignent pas pour faire une toile par-ci par-là, il y a chez eux de vrais tempéraments d'artistes. Ce qu'ils peignent a une âme. On ne peut pas encore parler d'école tahitienne, mais je voudrais bien qu'elle existe.
- S'il y avait en Polynésie une communauté artistique plus importante et plus unie, cela serait-il bon pour le développement des arts ?
- Je souhaite que la communauté artistique polynésienne devienne plus importante, je ne la vois pas désunie du tout, bien au contraire. Mais peut-être faudrait-il soutenir davantage les jeunes artistes, et favoriser les rencontres.
- Vous restez très à l'écoute de ce qui se passe en Polynésie. Etes-vous inquiète pour son avenir ?
- Je reste en permanence à l'écoute de ce qui se passe en Polynésie, que ce soit par les journaux, la télévision, les amis de passage… ou radio-cocotier qui émet aussi à Paris. Et comme tout un chacun, je m'inquiète pour son avenir. Cela dit, je regrette de n'avoir que peu d'échos de la Polynésie dans les médias parisiens.
- Etes-vous tentée de vous mêler au débat politique ?
- Tout en étant attentive au débat politique auquel plus personne n'échappe aujourd'hui, c'est au demeurant à la peinture que je consacre ma vie, sinon pratiquement tout mon temps.
Propos recueillis par Louis BRESSON
Vallée


PREFACE CHANTAL SPITZ


PRÉFACE EXPOSITION MAIRIE DE PAPEETE, TAHITI DÉCEMBRE 1994

Vaea,
Ils ont écrit. Pour toi. Sur toi. De toi.
J'ai lu. Tout ce qu'ils avaient écrit
C'est bien
C'est plein de jolies choses
C'est plein de gentils mots
Je t'ai cherchée
C'était toi
Je te voyais sur les photos
Tu souriais. Tu te ressemblais
Je t'ai cherchée
C'était toi
VAEA Femme. Tahitienne. Peintre.
Je t'ai cherchée
Tu n'étais pas dans leurs phrases
Peut-être que tu y étais
Sûrement que tu y étais
Puisqu'ils le disaient
Je t'ai cherchée
C'était toi mais tu ne te ressemblais pas.
Ils t'avaient changée
Ils parlaient du ciel clair dans tes yeux
Sans voir les orages qui dissonent ton âme
Comme ils discordent ton monde
Ils racontaient tes femmes lascives
Sans écouter les douleurs qui misèrent leur vie
Comme elles morosent leurs nuits
Ils disaient ta peinture exotique
Sans lire les angoisses qui ombrent tes images
Comme elles paysagent ta réalité
Je t'ai cherchée
Je voulais te sentir dans ces textes
Te saisir derrière tous leurs mots
A travers eux, au-delà d'eux
Te trouver... malgré eux
Ces mots qui voulaient expliquer
Raisonner résumer résigner
Tu sais, j'ai vraiment cherché
Mais tu n'étais pas là

Alors j'ai regardé tes tableaux et tu étais là
Partout

Dans les couleurs qui cisèlent l'éternité de l'éphémère
Dans les formes qui colorent la présence de l'absence
Dans les images qui souffrent la placidité de la violence

C'est toi
Tifaifai au désordre ordonné
Comme un hurlement silencieux
Soupirant les corps communiés d'amour
Qui s'excommunient dans la désunion
Tu te ressembles
Là, à fleur de plis
Visage... Masque...
Déguisant d'engourdissement
Ta muette détresse

Ils te ressemblent
mori teitei sagement éteints
Drapés de chaudes modulations
Comme une nostalgique mélodie
Aux senteurs d'un actuel hier
Pour composer d'aériens lendemains
Tu leur ressembles
Femmes fécondées de lumière et d'océan
Fécondes d'amour et de compassion
Qui tentent au fil d'une vie
La dignité du temps qui s'enfuit
Laissant sur leur corps l'outrage des ans

Tu es là
Partout

J'aurais voulu
De mes mots te parer
De mes mots...
Mais je ne sais si
Enfantés d'émotion
Ils te ressemblent
Tu es là VAEA. Peintre.
Tu m'as manqué... l'artiste...
Chantal T. SPITZ


LA TRIBUNE POLYNESIENNE
LA TRIBUNE POLYNESIENNE (16 décembre 1994)

Vaea à la mairie de Papeete : époustouflant et poétique
Comment avoir chez soi tout le charme d'un tifaifai négligemment drapé, jamais poussiéreux, aux couleurs toujours fraîches… tout le charme de la Polynésie ? Avec une toile de Vaea Sylvain. A l'hôtel de ville de Papeete du 19 au 28 décembre.
Quel regard ! Quelle technique ! On a beau connaître déjà son goût très ancien pour les coussins brodés, les lampes à pétrole, et les portraits hyperréalistes, les dernières œuvres de Vaea nous donnent une fois de plus une démonstration éclatante de la maîtrise qu'elle a de son art.
Vaea Sylvain, c'est aussi tout un univers poétique, que nul mieux que son ami Roger Vadim n'a expliqué. Voici ce qu'il écrivait en 1985 dans la préface du livre consacré à Vaea. ( Lire l'article de Roger VADIM )
Louis BRESSON
TangoIntérieureValléeEclats de soleil


LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (30 décembre 1994)

Exposition de Vaea Sylvain
La magie a pris fin
Avec cette exposition sur le territoire, Vaea Sylvain a su reconquérir, après de longues années d'absence, le public polynésien grâce à des œuvres au charme d'antan et à des reproductions des objets usuels de la vie.
Vaea Sylvain est une artiste-peintre qui sait dompter les couleurs de la vie et des objets. Après avoir travaillé sur le territoire, Vaea a poursuivi sa vie d'artiste sous d'autres cieux.
Jamais elle n'eut l'idée d'abandonner ses activités picturales et tableau après tableau, elle est devenue une " ouvrière " chevronnée et surtout a acquis une réputation. Cette réputation lui vaudra l'appréciation des médias métropolitains.
Sa spécialité : les objets usuels, mais aussi les scènes de la vie quotidienne d'antan. D'ailleurs, quelques-unes de ses œuvres retracent dans les moindres détails des objets qui existaient dans les îles ou à Tahiti. Nous avons l'exemple des vieilles lampes à pétrole, utilisées au siècle dernier, appelées en langue tahitienne " mori arahu ".
Il y a aussi ces " tifaifai " magnifiquement reproduits, à tel point que l'œil les croit réels. L'hyperréalisme est tout proche.
L'exposition de Vaea a remporté un franc succès et s'est clôturée avant-hier sur des avis unanimes : ses œuvres sont de véritables chefs-d'œuvre. Après avoir peint un millier de tableaux, l'artiste exposera à nouveau dans le sud de la France et peu après dans d'autres pays.
YSR
Lampe rougeLa lune à TemaeVallée


LA DEPECHE DE TAHITI (17 décembre 1994)

La Une : 3 cartes et 1 expo pour Vaea Sylvain

Elle n'avait pas exposé à Tahiti depuis dix ans, et son retour est doublement célébré. D'une part, avec une exposition magistrale qui aura lieu à l'Hôtel de Ville de Papeete, d'autre part avec l'édition par l'OPT de trois télécartes, dont nous vous offrons la primeur.

Page intérieure :Exposition à la mairie de Papeete
Le mythe de l'élégance par Vaea Sylvain
Suspension du temps, abstraction de la lumière, création picturale foisonnante et complexe, les œuvres que Vaea Sylvain expose à partir du 19 décembre à l'hôtel de ville de Papeete, soulignent sa boulimie de tout explorer, de tout connaître, d'appréhender le monde polynésien dans sa totalité.

Ses compositions, qu'elles soient à l'huile ou de techniques mixtes, nous entraîne dans l'univers vertigineux des drapés de tifaifai, piqués de lumière. Vaea s'y engage dans un style hyperréaliste. Et si elle n'aime pas trop entendre prononcer ce qualificatif quand il s'agit de décrire " sa patte ", c'est uniquement parce que sa quête est tout autre.
Ce n'est pas effectivement la reproduction fidèle des plis de ces drapés de tifaifai qui l'intéresse, mais plutôt l'expression abstraite que l'on peut en tirer. Vaea s'aventure de toile en toile dans le domaine fragile de l'illusion, et c'est du mariage entre la distorsion des plis et la lumière, qu'elle impose une image nouvelle et une harmonie somptueuse. Avec subtilité, elle détourne des formes, démonte totalement parfois la construction naturelle des plissages des tissus pour les recomposer savamment. Certes, Vaea n'a pas exposé depuis maintenant dix ans en Polynésie puisqu'elle s'était exilée volontairement aux Etats-Unis, puis en Métropole. Cependant, pendant " laps " de temps, elle a énormément travaillé. Et dans toutes les directions. Elle se lance sans cesse de nouveaux défis, et dans ses archives, on peut y voir l'évolution de ses recherches. Et à ce propos, on pourrait peut-être lui souffler à l'oreille d'organiser une rétrospective.
Aux cimaise de la mairie de Papeete, elle nous invite à découvrir le mythe de l'élégance. Une bouffée de bonheur en somme, et par une enfant du fenua, que l'OPT rend hommage par l'édition de trois télécartes qui seront dévoilées au public lors du vernissage de l'exposition lundi soir à 18 h à l'hôtel de ville. A voir absolument.

Christian DUROCHER


PREFACE DE Paul-Émile VICTOR
POUR EXPOSITION HOTEL de VILLE de NEUILLY - 1995


"Lorsque je suis arrivé la premiére fois en Polynésie Française, il y a... (déjà) plus de 30 ans, y vivaient quelques peintres. Leurs oeuvres étaient souvent acquises par des acheteurs qui craignaient de "louper un nouveau Gauguin"... !
Depuis, les peintres se sont multipliés. Nombreux sont les popa'a (les blancs, les Européens), mais les peintres locaux, originaires du pays sont venus s'ajouter à la foule. De cette foule, (et je ne compte pas les peintres de "l'extérieur" qui ne viennent à Papeete que pour exposer), rares sont ceux qui ont émergé.
Parmi ces derniers, Vaea est dans les tout premiers. Elle accumule gentillesse, intelligence, talent (et quel talent !) et beaucoup d'autres qualités, dont l'une, qui, pour moi est importante : elle est tahitienne.

Paul-Emile VICTOR - Bora-bora, 1990
Pr�face exposition hotel de ville de NeuillyParis-MatchLes danseurs lumineux - Tahiti - 1990 - Huile sur toile - 92x73 cmPresque le soir - Tahiti - 1985 - Huile sur papier - 91x64 cm


ILES (Décembre 98)

Vaea Sylvain
Fille des alizés
(…) De cette dernière famille de peintres de Tahiti, Vaea Sylvain fait alors figure de vivant (et passionnant) paradoxe. Fille des alizés, c'est à Paris qu'à dix-sept ans elle commence à dessiner. D'abord un portrait de Lénine ( !) par fidélité à son compagnon de l'époque. Ensuite une figure de tahitienne. Premier visage d'une quête artistique plongeant en partie ses racines oniriques et lumineuses dans les sortilèges de l'enfance et les mystères d'un paradis perdu.
Naturellement douée, Vaea échappe aux beaux-arts. Elle peint spontanément. Elle a l'œil, celui de son père Sylvain, grand photographe océanien de l'après-guerre. Ses tableaux s'appellent " Le souffleur de nuages ", " Le cheval d'or sauvage " ou L'ange fatigué ". Par un hyper réalisme très sûr ou par d'autres techniques, ils réinventent des tifaifai froissés, évoquent la dualité des êtres et des choses, composent d'étranges mirages surréalistes. Qu'ils soient imaginaires ou d'inspiration tahitienne, ils ont pour admirateurs Folon, Nino Ferrer, Higelin, Vadim, Quincy Jones, Topor ou Gaston Flosse, président du Territoire de Polynésie française et collectionneur averti. Hormis un séjour de trois ans à Bora Bora dans les années 80, Vaea l'inclassable travaille pourtant loin de Tahiti. A Paris ou à San Francisco, elle rentre dans son univers de réflexions inquiète et poétique. Puis revient. Pour repartir à nouveau, laissant dans son sillage à éclipses autant de visions intemporelles que de métaphores plastiques d'une Polynésie ancestrale et contemporaine toute entière rêvée de l'intérieur.
Dominique CHARNAY


CONTACT
CONTACT (septembre 1998) de Louis BRESSON
(Le Who's who Polynésien)

SYLVAIN Vaea
"Artiste-peintre, figurative et symboliste, a participé à de nombreuses expositions de peintres contemporains en Polynésie et à Paris. Une des valeurs sûres de l'art polynésien. Réside à Paris.
Contact à Tahiti : BP.349 Papeete, tél. 43.95.80"


Extrait d'un interview de Pierre MAZEAUD

LE " FAUCIGNY " (6 mai 1999)
(...) Toujours un peu austère, le décor du bureau du Conseil Constitutionnel s'est égayé. Au milieu des reproductions du " Quatrocento " italien et de ses sempiternelles photos dédicacées de Chirac et de Debré, une femme en tunique verte apporte une touche exotique au-dessus de la cheminée : " Bora-Bora 83 "...
- Je croyais votre amie photographe. Elle peint aussi la Polynésie ?
- Oui, un peu. Vous aimez ?
- C'est bien. Une vraie peinture. Pas un simple barbouillage du dimanche...
(...)
Pierre PLANCHET - Paris, 1999
Pierre MazeaudLE FAUCIGNYPenser - Bora-Bora - 1983 - Huile sur papier - 32x46 cmMaison dans bois - Paris - 1993 - Huile sur carton - 17,5x17,5 cm


LETTRE DE WALTER BONATTI
Dubino, 12 avril 2003
Cara Vaea,

Come tutte le tue rappresentazioni pittoriche, anche questa, splendida, afferma e intreccia i più delicati sentimenti.
Una cosa nuova pero vi traspare, e mi chiedo se dovuta al caso o non invece a un segreto inconscio. Io propendo per la seconda opzione, come se il tuo intimo istinto avesse percepito che, un giorno, Pierre ed io avremmo decifrato nel tuo dipinto il profilo del " nostro " Monte Bianco.
Insomma, la tua " Femme ensevelie " é avvolta nel candido manto del Monte Bianco, nel cui profilo si riconoscono, da sinistra verso destra, l'Aiguille Noire de Peuterey, les Dames Anglaises, l'Aiguille Blanche de Peuterey, il Col de Peuterey, l'Arête de Peuterey, la cima del Monte Bianco ; e di questo infine la cresta che discende al Col de la Brenva.
E' tutto straordinario, Vaea, tu innanzitutto.
Un affettuoso abbraccio.
Walter Bonatti
Lettre de Walter BonattiLa femme ensevelie


LETTRE DE WALTER BONATTI - Traduction I. Chiari
Dubino, 12 avril 2003
Chère Vaea,

Comme toutes tes représentations picturales, même celle-ci, splendide, affirme et entrelace les sentiments les plus délicats. Toutefois quelque chose de nouveau ressort en transparence , et je me demande si cela est dû au hasard ou non pas plutôt à un inconscient secret.
Je prefère la deuxième option, comme si ton instinct intime avait perçu qu'un jour, Pierre et moi aurions déchiffré le profil de " notre " Mont Blanc à l'intérieur de ta peinture.
Finalement, ta " Femme ensevelie " est enveloppée dans le manteau candide du Mont Blanc, et dans son profil on peut reconnaître, de gauche à droite, l'Aiguille Noire de Peuterey, les Dames Anglaises, l'Aiguille Blanche de Peuterey, le Col de Peuterey, l'Arête de Peuterey, le sommet du Mont Blanc ; et enfin de celui là la crête qui descend vers le Col de la Brenva.
Tout est extraordinaire, Vaea, toi avant tout.
Je t'embrasse avec toute mon affection.

Walter Bonatti
Lettre de Walter BonattiLa femme ensevelie - Tahiti - 1978 - Huile sur toile - 75x46 cm



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