LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (20 mai 1986)

Page 3 : Vernissage " Vaea - Jean Claude Michel " à la Galerie Atea 45
C'était la fête à Atea 45 pour le vernissage de Vaea et Jean-Claude Michel, un vernissage qui pour une fois réunissait peinture et sculpture, deux arts qui pourtant n'en font qu'un, la plastique.
Avant que le public ne se présente à la galerie, un peu à l'image d'une ruche, chacun débordait d'activité, se préparant à accueillir ceux qui quelques minutes plus tard, allaient accourir en nombre. Tandis que les uns préparent le punch et de grands plateaux de charcuterie et de petits fours, Vaea tourne en rond, s'affole, en proie à ce que les comédiens appellent le trac. Quant à Jean-Claude Michel, très calme, il contemple heureux et satisfait le résultat de nombreux jours de travail, fier de ce que le public découvrira dans quelques instants.
L'un et l'autre, il est vrai, n'ont ménagé ni leur peine, ni leur temps, apportant à la réussite de cette exposition le meilleur d'eux-mêmes, aidés en cela par le reste de la troupe, les dix autres membres de l'Association Contemporaine des Artistes de Polynésie. Paradoxalement, ces deux artistes totalement différents l'un de l'autre ont réussi à créer une unité, une ambiance très confortable faite de la chaleur des bois de Jean-Claude et des couleurs particulièrement crues de Vaea.
" Ce confort est à l'image de notre relation, dit Jean-Claude Michel, dans laquelle chacun apporte ce qu'il a de façon parfois anarchique, mais dont il sort quelque chose d'harmonieux ".
Lorsque le public aura fait son entrée peu après 18 heures, ce sera encore l'image et l'ambiance de la fête qui s'imposeront, une ambiance affective dont Jean-Claude Michel et Vaea étaient sans aucun doute les instigateurs.
Page 11 : Vaea persiste... et signe
Certains mots, certains noms évoquent à eux seuls cette tendresse, cette sorte de lascivité tropicale qui suscite le rêve, la quiétude et l'amour. Vaea est de ceux-là. Pour le prononcer, les lèvres s'entrouvrent à peine, se referment pour se rouvrir aussitôt, dans un mouvement imperceptible, comme pour se rouvrir, aussitôt, dans un mouvement imperceptible, comme pour un cri étouffé. Il porte en lui poésie et mystère. A Tahiti, on le chante presque. A Paris, il a fait florès, critiques et élégantes de la Capitale l'ont murmuré avec délice, devant les œuvres de celle qui le porte avec ce panache souriant et légèrement ironique des filles du soleil.
Vaea nous est revenue. Elle expose en ce moment à la Galerie Atea 45. Mais notre propos ne sera pas, ici, de revenir sur les toiles exposées, l'ami Henri Crocq y ayant consacré un excellent article dans ces colonnes, tout récemment.
Nous nous contenterons d'évoquer, à l'occasion de l'événement, l'album consacré à la jeune artiste et intitulé : " Vaea - Tahiti - Peinture Contemporaine ", dont on a, à notre avis, trop peu parlé en Polynésie Française.
Cet album de luxe, superbement préfacé par Roger Vadim, présente la reproduction de 91 toiles de Vaea soulignées parfois par quelques très belles citations philosophiques tirées de " La Dialectique des Images chez Bergson ", de Lydie Adolphe.
Homme de goût, fin psychologue de l'âme féminine, homme d'images (puisqu'homme de cinéma) Vadim a su capter les motivations et les secrets desseins de l'artiste, aussi bien que pénétrer les arcanes de son œuvre :
" Elle a créé un univers où chaque rencontre est une surprise : enfants aux yeux d'adultes, femmes élancées et terriennes dansant le rêve et le péché dans un ballet parfois inquiétant, où la grâce est toujours invitée. Son œuvre est habitée de l'obsession du berceau et du lit où se mêlent fantasmes et parfois l'amant masqué, la femme brune et bleue, la blonde sévère, la fillette vêtue d'éternité.
Son inspiration poétique, qui balance de l'âme à la chair, est ouverte à l'avenir, à la mort, au bonheur. L'oiseau de fin du monde est blanc. "
On parcourt cet album avec un plaisir que chaque page, que chaque visage, que chaque attitude ou que chaque objet renouvelle. Les mille facettes du talent de Vaea brillent ici avec un éclat qui fait scintiller les symboles, les plis d'un tissu, les yeux innocents ou pervers de personnages que l'on pourrait croire de légende.
Edité par Pacific Promotion, à Tahiti même, " Vaea " est de ces albums précieux, de qualité, que l'on aime à conserver pour la joie secrète de le regarder souvent, longuement. Il est l'un des témoignages de l'art vivant, celui qui enrichit la mémoire du patrimoine des peuples et qui imprime des traces de Beau dans leur esprit. " Il y a depuis des siècles des hommes dont la fonction est justement de voir et de nous faire voir ce que nous faire voir ce que nous n'apercevons pas naturellement. Ce sont les artistes ".
M. PHILIP
VanessaTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'MiriBobby