OPUS INTERNATIONAL
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Déjà en 1982, Jean-Luc Chalumeau remarquait dans "Arts" que Vaea "posait un regard lucide sur un monde dur, un regard assez vaillant pour tout voir parce qu'il se savait sauvé par la joie de peindre". Et de fait, dans sa récente exposition à l'office Tahitien, en nous montrant un échantillonnage de pièces depuis 1972, c'est-à-dire depuis qu'elle peint, Vaea (Sylvain) se partage entre des stylisations, des scènes de genre, des figures fortes et sombres et des croquis pris sur le vif. Un sens des mystères, une sourde angoisse, une interrogation sur le destin pèsent sur cette peinture que l'on pourrait croire aimable mais qui est habitée et tendue. Au point qu'on se laisse piéger : on prend pour une posture de prostration, de désolation, cette fille accroupie qui est en réalité une monteuse de colliers, une trieuse de coquillages. Dans des tableaux absents qu'un album, publié à Papeete, reproduit, tout le mystère de l'art de Vaea, angoisse et fatalisme, sens du tragique apparaissent : visage gommé, mangé, de "Tête en corolle" ; effigie d'une jeune boxeur dont on découvre soudain qu'il est un autoportrait anxieux, et qui porte le titre étrange et ambigu de "Tendresse et violence" ; tête d'enfant, très réaliste, "Vanessa", qui appellerait un long commentaire tant ce tableau est peuplé de signes, d'objets symboles ; ou enfin cette jeune femme enfouie sous un drap dont seuls un coin de visage et les cheveux dépassent et qui inspirent à Roger Vadim une fine analyse : "On comprend à l'élégant plissé du drap protecteur que ce n'est pas un cocon, ni une matrice, plutôt une armure habillée de sillons ésotériques difficiles à décoder. La femme dort. Elle attend qu'on la comprenne et qu'on arrache le drap. Elle semble penser que personne n'aura jamais ce courage". C'est bien vu et bien dit.
L'œuvre de Vaea est recouverte d'un drap mélancolique qui en obscurcit la signification comme cette tristesse indicible qui, soudain, voile son regard. Et personne n'ose le retirer.
Gérald GASSIOT-TALABOT, 1990
Le 21 juilletTête en corolle folleTendresse et Violence ou 'Les Arrière-Mondes'AmourtumeLa femme ensevelie