ILES (Décembre 98)

Vaea Sylvain
Fille des alizés
(…) De cette dernière famille de peintres de Tahiti, Vaea Sylvain fait alors figure de vivant (et passionnant) paradoxe. Fille des alizés, c'est à Paris qu'à dix-sept ans elle commence à dessiner. D'abord un portrait de Lénine ( !) par fidélité à son compagnon de l'époque. Ensuite une figure de tahitienne. Premier visage d'une quête artistique plongeant en partie ses racines oniriques et lumineuses dans les sortilèges de l'enfance et les mystères d'un paradis perdu.
Naturellement douée, Vaea échappe aux beaux-arts. Elle peint spontanément. Elle a l'œil, celui de son père Sylvain, grand photographe océanien de l'après-guerre. Ses tableaux s'appellent " Le souffleur de nuages ", " Le cheval d'or sauvage " ou L'ange fatigué ". Par un hyper réalisme très sûr ou par d'autres techniques, ils réinventent des tifaifai froissés, évoquent la dualité des êtres et des choses, composent d'étranges mirages surréalistes. Qu'ils soient imaginaires ou d'inspiration tahitienne, ils ont pour admirateurs Folon, Nino Ferrer, Higelin, Vadim, Quincy Jones, Topor ou Gaston Flosse, président du Territoire de Polynésie française et collectionneur averti. Hormis un séjour de trois ans à Bora Bora dans les années 80, Vaea l'inclassable travaille pourtant loin de Tahiti. A Paris ou à San Francisco, elle rentre dans son univers de réflexions inquiète et poétique. Puis revient. Pour repartir à nouveau, laissant dans son sillage à éclipses autant de visions intemporelles que de métaphores plastiques d'une Polynésie ancestrale et contemporaine toute entière rêvée de l'intérieur.
Dominique CHARNAY