L'ECHO DU LAGON
L'ECHO DU LAGON (Paris Avril 1977)

VAEA, paraît-il, ne peint que depuis quatre ans. Eh bien, bravo ! Elle avait certainement un don irrésistible pour maîtriser en si peu de temps plusieurs manières et plusieurs palettes. L'étude et l'habileté n'ont rien gommé de ce don original ni d'un talent d'évocation qui fait transparaître à travers les sujets les plus divers les liens intimes de l'artiste avec la Polynésie. La Polynésie du feu et de l'eau, celle des couleurs ardentes et profondes, mais aussi transparentes et fluides, celle des tableaux apparemment innocents de la vie la plus simple et celle des images où la nature est sublimée par le rêve.
Le symbolisme des œuvres récentes semble ne plus résulter d'une recherche voulue, il émane des sources d'inspiration et affleure à travers une surface curieusement lisse et vernissée qui ménage pourtant des reliefs profondément contrastés.
On passe ainsi de la jolie maison sur pilotis où se précise une silhouette féminine à travers le savant filigrane d'un store, à la crique forestière dont le ciel absent est tout entier dans son reflet sur l'eau, au paysage à contre-jour où des enfants sortant du bain ruissellent d'eau fraîche et de soleil tandis que, plus loin, des baigneuses vertes évoluent dans la lumière aquatique des jardins sous-marins.
Quelques images frappantes et opposées forcent le souvenir, celle d'une aube glaciale et surprenante, traduite par quelques à-plats d'une rigueur polaire, celle d'un jaillissement solaire dont les feux flamboient sur fond turquoise tandis que semblent à la fois s'unir et combattre des formes de centaures dont le trait inachevé mais intact garde tout l'élan our et sûr de l'esquisse à jamais parfaite.
Françoise MARCHAND
Les Enfants BlancsMaison sur pilotis