LA DEPECHE DE TAHITI (14 mai 1986)

La peinture de Vaea qui se situe dans le nouveau réalisme, présente des caractéristiques très différentes de celles de l'hyperréalisme bien qu'elle utilise parfois la photo à titre de document. L'attitude, apparemment passive, qui consiste à reproduire des éléments photographiques est, nous dit Vaea, une méditation devant la réalité (à laquelle le peintre refuse d'imposer son moi) qui ouvre les portes de l'imaginaire.
C'est en effet dans l'inconscient que le jeu pictural se déroule et le tableau naîtra en quelque sorte de lui-même, à la manière d'un puzzle.
L'image représentée dans les huiles sur toile de Vaea, volontairement banale, proche de la carte postale, doit être comprise comme un support suffisant pour déclencher l'impact visuel. C'est de cet impact visuel servi par l'intensité des coloris, que naîtra l'étrangeté du tableau. Ainsi, même lorsqu'elle refuse de dire son émotion au départ, en reproduisant exactement une image, le peintre sait qu'elle apparaîtra mystérieusement au niveau du spectateur troublé.
Dans les huiles sur papier de Vaea, une technique différente favorise le jeu des harmonies chromatiques et la couleur apparaît comme l'argument essentiel. Les tifaifai et les coussins qu'elle utilise sont là pour restituer l'atmosphère de l'intérieur tahitien, et non comme des motifs étudiés pour eux-mêmes. Mais c'est bien plus loin que dans cet intérieur de fare tahitien que nous transportent ces peintures. Le jeu des plis innombrables du tissu et tous leurs rythmes c'est aussi l'eau, le torrent, la forêt ou la mer. Et les coussins deviennent des cimes parées de fleurs géantes, ou encore des personnages énigmatiques.
N'est-ce pas ce second plan de la vision, et non pas la chose montrée, qui constitue le vrai mystère du tableau où, finalement tout est paysage intérieur.

Henri CROCQ