LA DEPECHE DE TAHITI
LA DEPECHE DE TAHITI (23 août 1986)

Peinture au féminin
Vaea à " Atea 45 "
" … élever le niveau de la condition humaine "
Voici le 2ème volet de la série d'articles dressant le portrait des femmes artistes peintres ou sculpteurs du Territoire.
Le premier était consacré à Doris Roucautte, sculpteur.
Dans le monde de l'art où tant de noms naissent et puis s'éteignent celui de Vaea n'est plus à présenter.
Née à Tahiti en 1950, d'une mère tahitienne et d'un père français, cette jeune peintre a acquis, à force de volonté et de travail, une réputation mondiale.
Pleinement artiste, Vaea a gardé de l'enfance une candeur, une transparence, les dons de s'émouvoir, de s'étonner, une révolte aussi, qui donnent aux couleurs de sa palette la luminosité de nos îles et celle du peuple polynésien.
Polynésienne, Vaea, l'est. L'esprit de la fête est en elle, sur ses toiles, ses papiers que ses pinceaux et ses doigts colorent, dans la vie de tous les jours.
" J'aime m'amuser, faire la bringue… ".
Partagée entre Paris, les Etats-Unis et Tahiti, elle donne l'impression de vivre à cent à l'heure, dynamique, disponible aussi, avec une soif de tout connaître, de tout voir, de partager surtout, et de tout donner par ses tableaux.
Sa vocation de peintre, à laquelle elle veut consacrer tout son temps, s'est révélée tardivement :
" J'avais besoin de quelque chose, et à 23 ans, j'ai pris un papier, un crayon, j'ai fait un dessin, et tout à coup le désir de peindre s'est imposé à moi avec une telle force, que je n'ai pas arrêté depuis. "
Une œuvre impressionnante qui s'étale sur seulement 13 ans, avec de nombreuses expositions à son actif.
" Le vernissage d'une exposition est une véritable épreuve pour moi, je le ressens un peu comme un viol, j'ai envie de m'enfuir à toutes jambes ".
" Le snobisme et la superficialité de certaines personnes habituées des vernissages, me sont insupportables ".
" J'aime tellement mieux qu'un copain me tape sur l'épaule et m'invite à boire un pot ".
De son ascension, Vaea dit : " J'ai toujours eu la chance de connaître les gens qu'il fallait au meilleur moment, de m'intégrer facilement ".
Côté projets, Vaea en a beaucoup : la préparation d'une exposition à New-York, d'un livre où seront mêlés ses peintures et ses textes ; enfin elle doit partir bientôt en terre australienne chercher une nouvelle inspiration pour ses peintures.
Et si pour conclure, une phrase doit être dite, que ce soit celle-ci, tirée de son catalogue et qui donne aussi les mots de la fin.
" Nos œuvres forment le réel, l'accroissent, le font évoluer, nos œuvres ne valent pourtant qu'à cause de nous. Quelle est l'œuvre qui s'intègre à la vérité, qui la transforme, sinon celle par laquelle nous nous créons nous-mêmes, nous nous dilatons nous-mêmes, élevant avec nous le niveau moyen de la " condition humaine ". (" La dialectique des images chez Bergson " de Lydie Adolphe)
Nathalie OTTAVY
Pehe pehe maina ou 'la bringue'Te FenuaAuti