LA TRIBUNE POLYNESIENNE
LA TRIBUNE POLYNESIENNE (18 novembre 1994)

Vaea Sylvain exposera à Papeete en décembre
Grande nouvelle pour les amateurs de peinture de Polynésie : Vaea Sylvain, accrochera ses dernières toiles aux cimaises de l'hôtel de ville de Papeete à partir du 19 décembre. Au fait, pourquoi cette artiste polynésienne ne vit-elle pas en Polynésie ?

La Tribune polynésienne :
- Vaea Sylvain, pouvez-vous nous parler de vos dernières toiles et de leurs sources d'inspiration ?
- La peinture est un sujet si vaste ! Ce que je peux vous dire, c'est que lorsque je suis frappée par la beauté d'où qu'elle vienne et où qu'elle soit, je cherche impérativement à la transmettre.
- Pourquoi vivez-vous si loin de la Polynésie ? Vous sentez-vous toujours l'âme polynésienne ?
- Je suis née polynésienne, et ne cesserais de l'être. En ayant l'âme, je n'en ai pas encore épuisé tous les horizons. Car même loin d'elle, j'entends les vagues sur le récif, le doux clapotis de l'eau. Je me promène encore dans les vallées, je sens le parfum des fougères, de fleurs, la douceur de l'air. Je vois en moi la luminosité unique au monde, la grâce infinie des Polynésiens, ma famille, la musique, les danses, les tapas, les tikis, les tifaifai bien sûr… comment oublier tant de beauté ?
Où que j'aille, la Polynésie vit en moi. Mais il est vrai aussi que, comme tous les artistes, je me sens bien à Paris. La liberté de recherche y est particulièrement forte. A ce titre, Paris reste pour moi une nécessité.
- Fréquentez-vous d'autres artistes à Paris… Et cela vous est-il bénéfique ?
- Des artistes, il y en a à foison à Paris. J'ai des amis peintres avec lesquels refaire le monde, mais aussi travailler, est un réel plaisir. Je rencontre aussi beaucoup de peintre polynésiens ou qui s'inspirent de la Polynésie.
- Qu'est-ce qui vous déciderait à venir revivre en Polynésie, sinon toute l'année, du moins un peu plus souvent ?
- L'Office des Postes de Polynésie m'a donné l'occasion de venir exposer à la Mairie de Papeete pour fêter la sortie de trois télécartes et je l'en remercie vivement. Sinon, c'est un emploi du temps chargé qui m'empêche de venir vous voir plus souvent, et ce n'est pas l'envie qui m'en manque.
- Quel avenir y-a-t-il, selon vous pour les jeunes artistes en Polynésie ?
- Les jeunes artistes ont toutes leurs chances, leur avenir est dans ce qu'ils créent aujourd'hui. Je suis frappée de constater que l'engagement dans la peinture est particulièrement fort chez les peintres polynésiens. Ils ne peignent pas pour faire une toile par-ci par-là, il y a chez eux de vrais tempéraments d'artistes. Ce qu'ils peignent a une âme. On ne peut pas encore parler d'école tahitienne, mais je voudrais bien qu'elle existe.
- S'il y avait en Polynésie une communauté artistique plus importante et plus unie, cela serait-il bon pour le développement des arts ?
- Je souhaite que la communauté artistique polynésienne devienne plus importante, je ne la vois pas désunie du tout, bien au contraire. Mais peut-être faudrait-il soutenir davantage les jeunes artistes, et favoriser les rencontres.
- Vous restez très à l'écoute de ce qui se passe en Polynésie. Etes-vous inquiète pour son avenir ?
- Je reste en permanence à l'écoute de ce qui se passe en Polynésie, que ce soit par les journaux, la télévision, les amis de passage… ou radio-cocotier qui émet aussi à Paris. Et comme tout un chacun, je m'inquiète pour son avenir. Cela dit, je regrette de n'avoir que peu d'échos de la Polynésie dans les médias parisiens.
- Etes-vous tentée de vous mêler au débat politique ?
- Tout en étant attentive au débat politique auquel plus personne n'échappe aujourd'hui, c'est au demeurant à la peinture que je consacre ma vie, sinon pratiquement tout mon temps.
Propos recueillis par Louis BRESSON
Vallée