LES NOUVELLES DE TAHITI
LES NOUVELLES DE TAHITI (11 juillet 1985)

Quand on parle peinture, TAHITI est synonyme de GAUGUIN. Il serait paradoxal que le public et les critiques qui ne reconnurent jamais, de son vivant, le talent de l'exilé breton, méconnaissent au nom du génie défunt des peintres qui, aujourd'hui, devraient marquer leur époque.
VAEA n'est peut-être pas le seul peintre né aux Iles sous le Vent qui mérite d'échapper à l'ombre du géant mais c'est celui qui m'a le plus impressionné. Je devrais dire " celle " puisque VAEA est une femme.
Malgré son jeune âge, son œuvre s'étale sur plus d'une décennie. Un talent insolite, onirique, exotique, érotique, unique. Tout cela rime fort bien.
Elle a créé un univers où chaque rencontre est une surprise : enfants aux yeux d'adultes, femmes élancées et terriennes dansant le rêve et le péché dans un ballet parfois inquiétant où la grâce est toujours invitée. Son œuvre est habitée de l'obsession du berceau et du lit où se mêlent fantasmes et parfois l'amant masqué, la femme brune et bleue, la blonde sévère, la fillette vêtue d'éternité.
Son inspiration poétique qui balance de l'âme à la chair est ouverte à l'avenir, à la mort, au bonheur. L'oiseau de fin du monde est blanc.
Chez VAEA tout est lascif. Ses personnages attendent l'amour. L'enfant sur le sein de sa mère est chargé d'érotique innocence. Pourtant, d'une subtile façon, son propos est aussi féministe. VAEA échappe aux clichés du folklore, du charme et de la sensualité pour aborder l'angoisse de la femme dans un contexte qui dépasse de loin les gracieuses " vahine " souriant, languides, sous les cocotiers.
Raz de marée de l'improbable - sûrement pas de l'impossible - la mer envahit la dormeuse, le lagon qui se passe des bleus et des verts hors-commerce refusés aux autres océans, se glisse sous l'oreiller.
Un des tableaux de VAEA m'a semblé très personnel. C'est une femme sous un drap, le visage est en partie découvert. On comprend à l'élégant plissé du drap protecteur que ce n'est pas un cocon, ni une matrice, plutôt une armure habillée de sillons ésotériques difficiles à décoder. La femme dort. Elle attend qu'on la comprenne et qu'on arrache le drap. Elle semble penser que personne n'aura jamais ce courage.
Elle est belle VAEA. Ses longues jambes, sa taille fine, ses yeux pers, captivants, son buste d'androgyne sont la preuve que la beauté se marie fort bien au talent, au courage et à l'intelligence.
Je rêve d'un jour où j'aurais une grande maison. Et dans cette maison un mur. Et sur ce mur le tableau d'un peintre célèbre. Et mes amis me diraient, impressionnés : "C'est un Vaea ?"
Roger VADIM
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